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LE PAYSAGE EN ITALIE AU XV" ET AU XVP SIECLE

Et c'est ce que Vasari, historien médiocre, mais bon critique d'art, a fort bien compris lorsqu'il a écrit que l'artiste ombrien peignait des paysages « alla maniera dei Fiamminghi. »

En face de cette conception du paysage, exacte, pittoresque, mais un peu terre à terre, mettez l'œuvre d'un Léonard de Vinci. Certes ce grand esprit, curieux de toutes choses, du jeu des musculatures comme du détail anatomique, ce génie épris de précision scientifique, a observé, analysé la nature avec la même attention profonde qu'il mettait à décomposer les mouvements du corps humain. On a conservé tel dessin de lui, datant de 14/3, qui est un paysage admirable de vérité, et le carton du Péché originel^ décrit par Vasari, répond au même goût d'observation minutieuse et serrée. Nul mieux que Léonard n'a saisi et rendu la silhouette des grands arbres tranquilles ou échevelés par l'orage. Seulement, — et c'est là sa supériorité sur les peintres qui ne sont que des réalistes, — Léonard transforme ces éléments pris dans la vérité ; de ce réel il coaipose un paysage de rêve, qui semble animé des mêmes pensées que les personnages, et qui, en les traduisant dans un autre langage, concourt à l'impression de l'ensemble. Regardez la Vierge aux rochers^ ces sombres architectures de pierre, à travers lesquelles l'œil voit des lacs bleuâtres, des montagnes noyées dans un brouillard lumineux, de vastes horizons infinis. On ne saurait, comme tout à l'heure, retrouver ici le point précis où le maître a pris son esquisse ; et pourtant tout est vrai dans ce paysage. Mais de la nature simplifiée, sublimée en quelque manière, l'artiste n'a retenu que les traits qui sont en harmonie avec ses figures, qui en sauront exprimer la rêveuse et tendre gravité. Le paysage, à la façon de Pinturicchio, est l'œuvre excellente, souvent charmante, d'un bon copiste;

le paysage, tel que le comprend Léonard, est une œuvre de pensée, et c'est pourquoi on a pu dire de lui avec raison : « Voilà le créateur du paysage moderne ».

Ainsi Florence et TOmbrie avaient, par des voies différentes, compris et réalisé dès le xv^ siècle tout ce qui pouvait donner naissance à une véritable et glorieuse école de paysagistes. Si ce grand effort avorta, si ce mouvement si intéressant tourna court, la faute en fut essentiellement à l'esthétique que professa le xvi^ siècle.

Michel-Ange a écrit dans un passage célèbre : « En Flandre on peint de préférence pour tromper la vue extérieure... D'ordinaire ce sont des masures, des champs très verts, ombragés d'arbres, des rivières et des ponts, ce qu'on appelle paysages, et par ci par là des figures. Quoique cela fasse bon effet à certains yeux, en vérité il n'y a là ni raison, ni art, point de symétrie, point de proportions, nul soin dans le choix, nulle grandeur. » La condamnation est sévère, absolue, et d'autant plus grave que cette opinion individuelle représente un sentiment à peu près général. Un art surtout préoccupé de l'homme, et de l'homme idéal, qui a constamment visé à éliminer le détail pittoresque, costumes ou architectures, qui localiserait la scène dans le temps, ne pouvait prendre souci du détail pittoresque, emprunté à la nature, qui localiserait la scène dans l'espace. C'est en dehors de la réalité que se meuvent les sublimes créations d'un Michel-Ange ; c'est dans un monde supérieur à l'humanité que vivent les admirables figures de VEcolc cT Athènes ou de la Dispute du Saint-Sacrement. Ceci ne veut point dire que le paysage soit absent de

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