LE PAYSAGE EX ITALIE AU XY^ ET AU XVI° SIECLE
la peinture du x\f siècle : un Andréa del Sarto, un Fra Bartolommeo ont senti et traduit le charme des campagnes toscanes. Mais, au vrai, Florence et l'Ombrie ont laissé au xvi^ siècle se flétrir tout ce côté charmant de l'art que le Quattrocento avait créé. Au xvi® siècle il n'exista en Italie qu'une seule école de paysagistes : ce sont les Vénitiens. Mais, dans cette partie de l'art, ils furent tout à fait supérieurs.
Pourquoi Venise, plus que toute autre ville, fut-elle le berceau de la peinture de paysages ? Cela est aisé à comprendre, et on l'a dit souvent. Tout le monde sait le charme du décor vénitien, les vues pittoresques et charmantes ouvertes sur la mer et sur la terre ferme, la transparence de l'atmosphère lumineuse, le miroitement infini des eaux sombres ou éclatantes de soleil. Un œil de peintre n'y pouvait demeurer indifférent. Dès le commencement du XV® siècle, les étrangers que leur destinée mena à Venise, un Gentile da Fabriano, un Pisanello y devinrent paysagistes. Les Vénitiens de race subirent naturellement, et plus fortement encore, l'influence d'un tel milieu. De bonne heure ils s'essayèrent à traduire le charme de la nature qui les environnait ; avec quel succès, avec quelle sincérité surtout, le firent-ils? c'est ce qu'il importe de déterminer.
Dès l'origine de l'école, chez les grands maîtres vénitiens de la fin du xv® siècle, chez un Jean Bellini, chez un Mantegna, on rencontre un sentiment très vif de la nature. Le charmant panneau de Bellini, qui représente Venise dominatrice du monde, a pour cadre un lac bleu du Veneto encerclé de montagnes ; le Martyre de Saint Pierre de Vérone, qui est à Londres, se déroule dans un paysage tranquille et joyeux qui est une vraie merveille. Parfois même, chez ces grands précurseurs, on observe comme une correspondance intime entre le
paysage et le sujet. Regardez le Christ aux Oliviers de Mantegna, à Londres ; la scène se passe dans un jardin triste, à l'heure douteuse et angoissante du crépuscule ; et ce choix du site ajoute une singulière puissance à l'épisode et en fait jaillir une émotion plus profonde. En tout cas, on voit par ces quelques exemples la grande place que les premiers Vénitiens donnèrent au paysage et l'étude très sincère qu'ils firent de la nature.
L'influence de Bellini fut grande, on le sait, sur le développement ultérieur de l'école : elle se marqua dans le paysage aussi. Dans sa Madone du Louvre, Cima de Gonegliano a représenté au vrai un paysage qui lui était familier et cher, la vallée de la Livenza dominée par la ville natale de l'artiste. Dans les deux tableaux, de Venise et surtout de Vienne, où il a peint la Vocation des fils de Zébédée^ Marco Basaiti a donné pour cadre à la scène le pittoresque décor d'un lac du Veneto. Giorgione davantage encore a cherché ses inspirations dans la nature qui avait cliarmé ses yeux d'enfant, dans ce pays de Gastelfranco sur le Musone, où l'on retrouve aujourd'hui encore quelques-uns des sites qu'il aima et dont il traduisit le charme en perfection. 11 a eu une prédilection particulière pour les eaux courantes, il a curieusement recherché et exprimé les jeux de l'ombre et de la lumière, les effets de clair-obscur, et de tous ses paysages se dégage un parfum de poétique rusticité. Dans le Moïse des Offices, dans le Concert champêtre du Louvre, le site est d'un charme indicible ; il est plus admirable encore dans la Famille du palais Giovanelli, à Venise, où l'artiste a reproduit avec une exactitude élégante les abords de son village natal.
Mais le grand paysagiste de l'école vénitienne fut Titien. De lui aussi on a pu dire, et plus justement encore que de Léonard, qu'il fut « le véritable créateur du pay-