‹ Histoire du paysage en FranceChapitre 26 sur 59 · Salons de 1785 el de · texte numérisé non relu

Salons de 1785 el de

2. Je dois ces renseignements sur Desfriches à son arrière-petit-fils, M. Paul Rathouis de Limay qui depuis a publié la correspondance de l'amateur Orléanais précédée d'une intéressante étude et accompagnée d'illustrations [Paris, Champion 1907).

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dans sa propriété de la Cartaudièrc, formant une belle collection surtout de peintres des Pays-Bas. Il était en relations avec les meilleurs artistes de son temps qui Tencourageaient. « Dessinez toujours avec le même goût et la même ardeur » lui écrivait Hubert Robert (28 mai 1776). Perronneau fit son portrait (chez M. Rathouis), Pigalle son buste (au musée d'Orléans). Il eut deux procédés : la mine de plomb ou la pierre noire d'Italie, puis le dessin sur une sorte de papier préparé^ ou papiertablette^ qu'il avait inventé pour son usage, et où il enlevait les blancs au grattoir ou à la pointe de pierre-ponce. 11 peignit peu. Les paysages de Desfriches, choisis le plus souvent sur les bords de la Loire ou du Loiret, ont été gravés par Ghedel, Ghoffard, Demarteau, Paris, et par quelques amateurs. On en a vu passer dans les ventes De Concourt, Beurdeley, etc.. Quelques-uns sont conservés au Louvre et au musée d'Orléans. Il dessinait bien les arbres, leurs ramures tourmentées, leurs feuillages où glisse la lumière. Son art est timide et trahit l'amateur, mais il gagne la sympathie par une certaine ingénuité.

La Normandie a été peinte par Pérignon (i 727-1 782), qui fit aussi des vues du Valais pour le Voyage pittoresque de la Suisse et des gouaches représentant le château de Ménars et les environs de Blois (au Louvre, parmi les dessins non exposés). Dans le Lyonnais travaillait De Boissieu (1736-1810)% dessinateur et graveur précis, vigoureux, qui étudiait les crevasses d'un tronc d'arbre ou les lézardes d'un vieux mur comme les rides d'un visage. Avant de se fixer à Lyon il avait étudié à Paris et voyagé beaucoup. Il visita l'Italie en compagnie du duc de Larochefoucauld et du naturaliste Desmarets, non

I. Catalogue de son œuvre, Lyon 1878, et Notice sur lui (par son petitfils Lyon, 1879).

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sans s'être arrêté à Ferney où il vit Voltaire, et en Savoie où il dessina des glaciers. Au retour d'Italie Desmarets proposa, dit Mariette « de visiter l'Auvergne qui renfermait bien d'autres merveilles qui n'étaient pas assez connues. Il fallait un dessinateur exact et précis pour en avoir une idée complète et M. De Boissieu y était tout à fait propre ; on lui en fit la proposition qu'il accepta, et, pendant tout le cours de l'année 1766, il s'occupa à dessiner dans cette province une infinité de singularités par rapport à la formation des montagnes et aux débris des anciens volcans... » Mais De Boissieu sut dépasser quelquefois la simple exactitude documentaire.

A Paris et dans l'Ile-de-France nous trouvons Lantara^ (i729-i778),Lallemand (1710-1805), J.-B. Raguenet, Louis Nicolas de Lespinasse (i 734-1 8o3), Alexandre-Jean Noël (i 752-1834), artistes dont le musée Carnavalet a recueilli quelques çues généralement plus intéressantes pour leur précision que pour leur beauté , d'autres encore dont on pourrait relever les noms aux Salons de la Correspondance et du Colisée et enfin un vrai peintre, Gabriel-Louis Moreau, frère aîné du célèbre graveur qui fit tant de spirituelles vignettes pour les libraires de son temps. Moreau l'aîné (1740-1806J est très imparfaitement connu ^ 11 était élève de De Machy ; il fut reçu à l'Académie de Saint-Luc en 1764 sur un paysage avec architecture, eut le titre de peintre du comte d'Artois et se présenta vainement deux fois (en 1787 et 1888) à l'Académie royale, assez indifférente alors à tout ce qui ne rappelait pas l'antiquité : voilà à peu près tout ce que nous connaissons de sa vie. Quelques-uns de ses paysages (Vue de Pontoise, Feglise de Montmorency, la ville de

1. Bellier de la Chavignerie : Recherches ... sur le peintre Lantara,

2. Adrien Moureau : Les Moreau {Collection des Artistes célèbres), iSgS.

iga HISTOIRE DU PAYSAGE EN FRANCE

Montmorency, l'obélisque et la cascade du jardin de Bagatelle, le pont et l'Ermitage du même jardin) ont été gravés dans le Voyage pittoresque de la France. Il peignit à l'huile, à la gouache, à l'aquarelle des coins de parcs et des paysages suburbains presque tous dispersés dans des collections particulières : le catalogue de son œuvre est assez difficile à établir. Mais nous savons que Louis Gabriel Moreau est l'auteur de deux chef-d'œuvres conservés au Louvre, une Vue des coteaux de Meudon prise du parc de Saint-Cloud et une Vue prise aux environs de Paris (exactement, des hauteurs de Montreuil), — et cela sufiit à lui assurer une place très honorable dans 1 histoire du paysage français. La vue de Meudon est or et vert. Des vapeurs blondes glissent derrière les coteaux dans le ciel d'un calme soir d'été. Au premier plan, où l'on voit des groupes de promeneurs habillés comme à la veille de la Révolution, deux grands arbres, peints avec naturalisme, réunissent leurs branches en voûte et forment un cadre sombre au ciel et aux coteaux que dore une lumière sereine. — La vue prise des hauteurs de Montreuil est au contraire dans des tons froids. L'orage menace. Un grand nuage violet, étudié dans les formes de ses volutes, dans ses plans successifs, avec une attention digne de Ruysdaël plane très bas; son ombre court sur plaine où des verdures bleu foncé alternent avec la terre rousse. On a l'impression de l'espace comme àaXiUntV Espace àç, Chintreuil. Ces deux émouvants chefsd'œuvre font penser un peu aux Hollandais, mais encore plus aux paysagistes français de l'Ecole de i83o: on est presque surpris de les rencontrer au Louvre dans la salle du xviii® siècle.

Ainsi, bien que le paysage « tout court », comme disait Diderot, soit alors généralement considéré comme un

LE PAYSAGE AU XVIII<^ SIECLE APRES WATTEAU igS

genre secondaire et trop souvent abandonné à des artistes de second ordre, l'histoire de ce genre au xviii^ siècle après Watteau ne laisse pas d'être encore assez riche et digne d'intérêt. Après la tentative réaliste d'Oudry, puis la réaction de Boucher, voici que de grands peintres, Fragonard et Hubert Robert crayonnent comme en se jouant des études pleines d'air et de lumière dont ils se souviendront dans leurs compositions. Joseph Vernet représente avec éclat ce que les théoriciens appelaient en ce temps le « style pastoral et champêtre » et, quand il oublie d'arranger la nature, quand les circonstances le contraignent à suivre de près son modèle, il lui arrive de faire œuvre émouvante et personnelle. Enfin les peintres de vues précises deviennent de plus en plus nombreux et au milieu de bien des tâtonnements, de bien des imitations stériles, nous voyons l'un d'eux, Moreau l'aîné, atteindre à une conception de son art très voisine de celle qui va triompher au cours du siècle suivant. Le réveil du sentiment de la nature à la fin de l'époque qui nous occupe ne s'est donc pas fait sans le concours des peintres et à leur insu. Mais nous arrivons à la Révolution, à la tyrannie de David : le retour à Fart antique dont nous avons montré les débuts, développant ses conséquences extrêmes, provoquera une renaissance du paysage historique et fera oublier les timides précurseurs de ceux qui s'attacheront uniquement à peindre la beauté changeante des jours.

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