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par Hubert Robert^ sous les pins et les cyprès de V Italie, où les villas solennelles de Vignole lui fourniront^ en outre, pour les ébats de ses lavandières, les cadres contrastés qu'il affectionne. Le XVIIP siècle se clora enfin sur les fraîches rusticités de Moreau Vaine et sur les loyales représentations de Joseph Vernet, peintre attitré des ports de France. A celui-là aussi le soleil romain apprit quelque chose : les colorations délicates de la lumière et le baiser pieux quelle met sur les vieilles pierres effritées...
La Révolution, V Empire, en fournissant aux imaginations un violent dérivatif, détournèrent les uns des voies de l'Art, ou imposant de vive force aux autres leur austérité martiale, engendrèrent ce déplorable style civique dont David et ses élèves n'ont que trop multiplié les monuments. Le paysage souffrit, plus que tout autre genre, de cette mainmise, et l'on vit les grâces négligées de la Nature ramenées à l'alignement rigide des bataillons.
Un isolé et un sauvage., Georges Michel, lui voua par bonheur un culte clandestin, et ses toiles sont autant d'hymnes frustes à Cybèle délaissée. C'est le rude annonciateur du Romantisme, qui rendit ses droits à la vérité agreste, mais sans toujours les respecter assez. Il y a dans les œuvres, souvent hâtives, de l'Ecole nouvelle, à côté d'un sens très Juste de l'effet d'ensemble, d'une intuition souvent pénétrante des caractères spécifiques des sites, une part d'improvisation hasardeuse, cil la construction logique des plans est trop sacrifiée. Aussi le rythme quasi religieu.r des compositions de Poussin reprend-il faveur auprès d'un groupe, que domine le front inspiré de Corot. C'est par lui que la tradition du paysage classique, aux lignes choisies, aux masses savamment balancées, se marie à la poétique nouvelle, éprise des énergies vivaces de la Nature, comme de ses négligences abandonnées. Il fait courir sur les instables feuillages, sur la nappe mouvante des eaux, le tremblement d'un rayon combattu, le frisson furtif de la brise. Par lui tout s'anime, aux bois et aux champs, d'une vie diffuse et légère. Ses toiles sont une caresse, un rafraîchissement des yeux. Près de lui le robuste cou-
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structeuj' cVarbres et de terrains quest Théodore Rousseau, avec Véquilibre savant de ses toiles, semble parfois lourd et figé ; Courbet dont les froides rivières mouillent les vertes branches pendantes, entre des roches tigrées de mousses, a des ombres trop denses, un métier trop compact.
Les successeurs véritables de Corot sont les impressionnistes ; mais qu'ils ont grossi son héritage! A eux la vie changeante des surfaces, sous le va-et-vient du rayon; la virginité des éclosions pr intanière s : neige rose et blanche des arbres fruitiers, jeunes verdures à la fraîcheur acide ; la danse subtile des reflets, mélangeant, brouillant les colorations de mobiles tatouages. Tout V instantané, le fugitif, le décevant, Vinsaisissable de la Nature, ils Vont surpris et fixé, avec des mains lourdes parfois, rudes même. Dans la bariolure fragmentée des touches, les objets semblent chavirer, perdre l'équilibre ; trop souvent leur consistance propre, leur matérialité substantielle fait mine de s'évaporer et se dissoudre ; on a soif en quittant les impressionnistes, de tonalités tranquilles et stables, de formes bien assises. Ils n'en ont pas moins le mérite essentiel d'avoir découvert, exploré à fond, un domaine nouveau, cet empire du mirage, ou se joue la féerie des heures. Corot, toutefois, reste le maître unique par V exquise pureté de sa vision, la grâce agile de sa main. S'il exprime, comme pas un, la vie frémissante des choses sous le caprice des éléments, sous les jeux fantasques de la lumière, il en respecte la trame solide, V ordonnance logique et stable, et jamais, chez lui, la structure intime ne s'évanouit derrière le léger rideau des apparences . C'est lui qu'on retrouve dans la grâce élyséenne des ordonnances de Puvis de Chavannes, comme dans les dunes mélancoliques, rosées par U adieu du soleil, oii se complaisait Cazin.
Qu' adviendra-t-il du paysage, après tant de phases et d'avatars? Déjà une réaction s' esquisse contre la virtuosité rapide et à fleur de peau de l'impressionnisme ; le dessin reprend faveur, le modelé tournant, les articulations précises , la masse dense des objets dans V atmosphère retrouvent plus que des par-
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tisans, déjeunes et persuasifs interprètes. L'espèce de coup de soleil g u avait reçu la peinture fait place à un éclairage plus tranquille^ plus sobre de reflets et nioins ennemi des ombres. Nous avons., nous aussi, nos Bolonais, cette fois sans recettes d'atelier, sans canons d'école. La voix rauque et comme avinée de Cézanne a été plus entendue que la leur, mais sa forme titubante ne résiste pas au plus léger contact. Il ne sera pas, en dépit de ses prétentions, le promalgateur de la loi nouvelle. Puis quand celle-ci aura régi les esprits pendant une géné~ ration ou deux [moins sans doute, car le mouvement de la terre semble s'accélérer à vue d'oeil), la peinture de sensation, avec sa grâce brusque et sa beauté du diable, redeviendra, sans doute, pour quelque temps, la forme élue de notre rêve. Et ce sera indéfiniment ainsi, en vertu de cette obscure loi d' alternance qui semble l'assise de ce monde, pour la perpétuelle déception des esprits de pure logique, épris de synthèse totale, qui oublient, dans leur pourclias de l'absolu, que la vie n'est que l'équilibre instable de forces contraires, un passage incessant d'éléments substitutifs dans un cadre, mobile lui-même, et qu'a en vouloir arrêter le cours, on ne fait que des cadavres, ou, tout au plus, des momies.
Henry Marcel.
Maladresse des premiers paysagistes. — La tapisserie de Bayeux. — La tradition au moyen Age. — L'Italie commet les mêmes erreurs que la France. — Les tapisseries permettent de juger des habivudes et du goût. — Le paysage réaliste n'est pas une invention de Van Eyck. — La représentation des châteaux du duc de Berry. — Origine du paysage aérien, de la vue réelle. — La Vierge au donateur, d'Autun. — Les traditions du paysage réaliste se perpétuent en France. — En Italie et en Flandre le paysage reste décoratif. — Les principales œuvres françaises.
L'art du peintre, qui remonte aux préhistoriques des cavernes, est né, comme la roue de chariot tournant sur un essieu, à peu près définitif à son origine. Si cette roue nous a fourni la brouette, la roulotte, la diligence, la locomotive, la bicyclette et l'automobile, le schéma de figures grattées sur un caillou ou sur un os par un troglodyte ingénieux, le dessin en un mot, n'a varié, du troglodyte à nous, que par les applications. La couleur n'en fut jamais que l'accessoire, un embellissement apporté par un praticien plus avisé ; la ligne, le contour, la silhouette des êtres ou des choses est demeurée, en dépit de tout, le principe essentiel sur lequel brodent les artistes. Ni les Egyptiens, ni les Grecs, ni les Romains n'entendirent la peinture autrement que sous