Décade, t. XVIII
Et d'abord le public était avec eux !
En substituant à l'ancienne aristocratie supprimée, émigrée ou ruinée, une aristocratie de parvenus, industriels négociants, militaires, politiciens, la Révolution avait assuré le triomphe des genres secondaires et du réalisme. Tandis que les « honnêtes gens » de l'ancienne France étaient par leur éducation tout imprégnés de l'antiquité gréco-romaine et préparés par les « humanités » à en goûter l'évocation plastique dans le « tableau d'histoire », les (( nouveaux riches », comme on disait alors, se détournaient de toute œuvre dont le sujet ne leur était pas immédiatement intelligible ou dont le style conventionnel leur refusait le plaisir de retrouver dans l'image la réalité familière.
Quelques faits manifesteront, en en précisant la modalité, une révolution qui compte au nombre des causes les plus efficaces des transformations de l'art au xix® siècle. Quand les sectaires de la société républicaine des arts s'érigèrent en section esthétique du tribunal révolutionnaire et prononcèrent la déchéance du paysage et du genre, ils s'attirèrent de vives attaques en prose et en vers dont Détournelle nous a conservé le souvenir'.
Dans la Décade de Tan V, Amaury-Duval nous apprend que « plusieurs personnes lui ont reproché de ne pas s'être assez étendu sur les paysages. »Lorsqu'en l'an VII, l'Institut prétendit réserver les récompenses officielles aux seuls peintres d'histoire, sa décision souleva de telles protestations que le ministre de l'Intérieur intervint en faveur des parias. Sur quinze tableaux achetés par la société des Amis des Arts au salon de l'an X, six étaient des paysages. Les documents relatifs aux expositions de l'époque impériale attestent que les grandes machines