I. Jay, traduction de Bottari, p
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LE PAYSAGE AU TEMPS DE LA RÉVOLUTION 2o3
des jeunes artistes autant que chez des amateurs. En l'an IX, à la vente Robit, le plus haut prix, celui de 29.000 francs, fut atteint par un Potter et, la même année, à la vente Tholozan, un autre tableau du même peintre, de petites dimensions, fut adjugé pour la somme de 27.000 francs, partageant avec un Rembrandt Thonneur des plus fortes enchères. Sous l'Empire tous les témoignages s'accordent sur le « goût exclusif » des acheteurs pour les peintures de paysage et de genre des écoles néerlandaises. Quant aux artistes, ils se prirent d'une telle passion pour la copie de celles qu'exposait le Louvre que l'administration dut prendre la précaution de les « placer sous verre dans des boëtes ! ' » Rien d'ailleurs n'est plus significatif que l'adjonction au titre d'œuvres envoyées aux salons de l'époque, de mentions comme celles-ci ; « peint dans le genre flamand », « peint dans le genre hollandais ! »
Ayant défini les influences auxquelles se trouvèrent soumis les paysagistes de l'époque révolutionnaire et impériale, nous allons rechercher dans quelle mesure ils les ont subies. Nous commencerons par établir l'importance et la direction de leur activité, puis nous procéderons à une courte revue des hommes et des œuvres.
Bien que les exemplaires en soient actuellement fort rares, la production de ce temps fut très considérable. L'ensemble des paysages exposés aux salons ouverts de
I. Séance du conservatoire du Muséum, 19 ventôse III (archives du Louvre),
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Presque tous les paysagistes d'alors imitent une des manières consacrées par l'art du passé ; d'après le modèle choisi, on peut les classer en trois groupes selon qu'ils suivent Poussin, Vernet ou les Flamands. Les originaux ne figurent qu'à titre d'exception.
Suivant la loi ordinaire, les pasticheurs n'atteignent pas leur but. C'est surtout par la couleur qu'ils pèchent, comme d'ailleurs tous les peintres du temps. Trop finis, trop léchés, leurs tableaux ont un aspect émaillé qu'aggravent chez les disciples des Flamands et de Poussin la noirceur et l'opacité du ton général. Chez ces derniers, l'imitation se montre naïve et s'attache à reproduire non le style et le procédé de tel ou tel peintre, mais son œuvre telle que le temps l'a faite. Trop souvent, on est frappé du contraste que présentent pour un même artiste, ses études, pleines de vérité, de sentiment, de lumière et de couleur et ses compositions achevées, défigurées par la roideur des végétations, la lourdeur du ciel et la ressemblance de la peinture avec un empois vernissé.
On rencontre cependant, ça et là, môme chez les plus systématiques, des exemples d'analyse précise, de traduction sincère et môme de vision émue.
Le style conventionnel de Poussin, a pour principal représentant Valenciennes (1750-1819) originaire de Toulouse et élève de Doyen, avec qui nous avons déjà fait plus haut ample connaissance. Ses œuvres que nous avons peu d'occasions d'apprécier, étaient, par les uns égalées à celles de Poussin, par le plus grand nombre critiquées
pour la monotomie du feuillage, la lourdeur de la touche, l'opacité de la couleur.
C'est sous sa direction que se formèrent la plupart des paysagistes en renom de l'époque. Il s'en faut toutefois qu'ils aient tous adopté sa doctrine ; le plus renommé fut Bertin (i 773-1 842) qu'un apprentissage consciencieux et un incontestable sentiment de la nature écartèrent parfois de la manière de son maître. Souvent sec et dur dans le traitement du feuillage, inhabile à aérer ses espaces, il sait généralement éclairer ses tableaux ; dans ses études il fait preuve de vision fine et, quand il consent à oublier la théorie, il se tire d'une composition à son honneur ; il n'eut d'ailleurs qu'à se louer de ses contemporains. A son tour, il fonda école et parmi les élèves qui, dans la seconde moitié de TEmpire, fréquentèrent son atelier, il faut signaler Boissellier, Gogniet, Corot, Enfantin, Michallon, ce dernier premier lauréat du paysage historique en 181 7.
La postérité artistique de Vernet, même abstraction faite des artistes qui, par leur date de naissance appartiennent au xviii*^ siècle, est considérable. Hue (1751-1823), diversement jugé par ses contemporains, très discuté, chargé, néanmoins, d'achever la série des Ports de France, offre trop souvent des feuillages figés et une couleur vitreuse ; toutefois certaines de ses toiles ont du lointain et de l'harmonie. Crépin (1772-1851) fut au nombre des artistes les plus admirés, honoré comme l'héritier direct de son maître, lauréat des Salons, bénéficiaire des commandes officielles. Boguet (1755- 1839) émigré à Rome, chargé en l'an X de la commémoration des combats de Bonaparte en Italie, fort malmené par la critique et par le premier Consul, rebute souvent par des verdures en carton, par des crudités de chromos, mais il réussit les
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fonds et parfois attrape Tcffet juste. Cassas (1706-1827) contribua par la publication de ses albums de voyage à la révélation de la nature et des monuments méditerranéens ; ses aquarelles, parfaites sous le rapport du dessin topographique, pèchent par le défaut de lumière et de transparence. Remarqué mais contesté, Dunouy (1757- 1843) unit quelques qualités à de graves défauts.
Constant Bourgeois {1767-1836), très admiré, titulaire de récompenses, favorisé d'achats de l'Etat, baigne certains de ses paysages d'une belle lumière dorée. Au même groupe se rattachent la plupart des méridionaux. Pierre-Xavier Bidauld (1743-1 81 3) et Joseph-Xavier Bidauld (i 708 -1 845) , manquent de sentiment ; mais le second réussit les fonds ; il eut d'ailleurs beaucoup de succès et passa pour un « instigateur du retour à la nature ». Castellan (1772-1838) un des plus renommés pour le paysage historique, entra à l'Institut en 1825. Plus connu dans le Midi qu'à Paris où il obtint cependant une médaille en 1810, directeur de l'école d'Aix, Constantin (1756-18G4) a laissé des tableaux qui manquent d'atmosphère et dliarmonie, mais en revanche des vues au lavis bien en perspective, fmes et moites, des études de rochers et d'arbres lavées ou dessinées à la sanguine, dans une manière large, grasse, alerte et sûre qui interprète avec vérité et sentiment.
Dans le Nord et l'Est de la France l'influence de Vernet fut contrebalancée par celle des Flamands et des Hollandais italianisants, par celle de Berghem en particulier. Nous omettons comme étrangers à la France proprement dite des hommes comme Ommeganck d'Anvers qui fut un des artistes les plus en vogue de l'époque ou comme Swagers d'Utrecht à qui l'on reprochait d'exagérer le fini et le brillant de ses modèles hollandais. César Van Loo
(1743-1821) n'eut à se plaindre ni du public, ni de la critique, ni du gouvernement. Il laisse regretter de la froideur; néanmoins dans ses effets de neige, son motif favori, la nature du sujet atténue jusqu'à un certain point ce défaut et permet d'apprécier la sincérité de l'imitation. Bruandet (i755-i8o3) généralement loué et quelquefois proclamé excellent, déplaît trop souvent par la sécheresse de son dessin et la maigreur de sa facture. Mais nous connaissons de lui des vues que recommandent des perspectives étendues, de beaux fonds ouatés de vapeurs, un faire large associé à un sentiment poétique. Grobon (1770-1853), peintre de genre et de paysage, est un traducteur sincère de la nature dans ses lignes et dans sa couleur. Il fut avant tout un artiste provincial, mais il conquit à Paris quelques admirations enthousiastes. Watelet (i 780-1866), titulaire d'une médaille de deuxième classe en 18 10, manque la plupart du temps d'abandon dans la composition et dans l'exécution, mais il se rachète quelquefois par des qualités de grâce, de finesse, voire de sentiment et de couleur.
Enfin, une place à part et en bon lieu doit être réservée à deux indépendants que leurs contemporains ignorèrent ou méconnurent, à Louis Moreau et à Georges Michel. Le premier (i 740-1806), dit Moreau l'aîné pour le distinguer de son frère le dessinateur, manifeste à un degré parfois éminent la faculté de caractériser les aspects d'un site et surtout de sentir et d'exprimer les phénomènes aériens ; malheureusement, sa matière est parfois un peu lourde et sa facture monotone. Michel (i 768-1843) était un peintre de tempérament qui adorait la nature et en faisait l'image avec passion ; il a réussi plus d'un ciel superbe, accordé des harmonies sobres et graves, et d'une main sûre conduit un pinceau hardi.
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A défaut des éloges de la critique il obtint du moins l'admiration enthousiaste et fidèle de quelques artistes et amateurs.
En somme, bien qu'elle n'ait guère contribué à laccroissement du patrimoine du paysage français, l'époque de la Révolution et de l'Empire a sa place marquée dans l'histoire du genre. Dans toute la force du terme, elle fut une ère de transition, ayant fait, côte à côte, fleurir l'idéal classique et germer l'idéal moderne.