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Sensier. Rousseau, p. Sa

ai6 HISTOIRE DU PAYSAGE EN FRANCE

rêverie. Avec Chateaubriand, avec les poètes, ils s'accoutumèrent à goûter en elle une sorte de fraternité. On s'éprit de ce miroir, muet, docile, on Taima et cette sympathie alla parfois jusqu'à l'exaltation. De la Berge s'écriait devant Roussseau : « 11 faut aimer la vie jusqu'à en perdre l'esprit*. » Cela seul suffit à recréer le paysage.

Le peintre classique, qui voyait la nature inerte, supprimait les causes de trouble, de variation. Sensible seulement au côté architectural d'un paysage il recherchait les aspects permanents, se désintéressait des particularités, des accidents par où s'exprime l'originalité d'un lieu. Au contraire l'orage, le vent mobile, les accidents naturels, pittoresques, les détails heureux sont la joie des romantiques. Leurs recherches se font subtiles parce que leur sensibilité est plus affinée.

Poètes toujours penchés sur eux-mêmes, analystes aigus de leur cœur, ils projettent leur personnalité sur la nature : ils ne lui demandent pas une communion vague, mollement panthéiste, elle est pour eux la lyre douloureuse accordée au son de leur chant intime. Ils cherchent chez elle un écho à leurs rêveries inquiètes, à leurs angoisses, à leurs troubles, à leurs joies, et elle répond à leurs vœux. Elle leur livre le secret de ses forêts mystérieuses, de ses marais grouillants, des heures imprévues où le matin s'éveille, des minutes où le soleil projette au couchant ses féeries pourprées. Cette interrogation passionnée des peintres a recréé le sens du paysage national. Emus par des beautés proches, ils ont délaissé l'Italie solennelle, impersonnelle, pour retrouver l'accord de leur âme avec les sites de leur patrie.

Par un effet tout contraire, d'autres, épris de pitto-

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