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Sensier. Op. cit., p

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de 1 idée. Les animaux ne sont que des taches informes qui font corps avec les terrains, les arbres, les herbages. Par cette conception Rousseau se rencontre avec Diaz, en tout si opposé à lui, avec sa facture trop sûre d'elle, parfois lâchée. Un commun amour de la nature puissante et loin de Thomme crée entre eux, malgré la divergence de leurs génies, comme une parenté.

Parfois l'impression exacerbée se traduit par la grandiloquence. Decamps, dans les Cha>aux de Halage, peint une silhouette d'homme se détachant sur le ciel couchant dans le recueillement et la solitude des choses. L'homme, vu à contre-jour, enveloppé d'ombre, détache sa vigueur sobre sur l'eau du canal, la maison, les nuages fouillés, tourmentés de mille recherches. Son bras élevé est solennel : cependant c'est un humble roulier, l'emphase de son attitude devance « le geste auguste du semeur ».

Une autre tendance plus durable, plus dangereuse, naît de l'exaltation du moi. C'est la tendance lyrique qui se communique au paysage. Par une pente insensible, les artistes déforment la nature pour mieux exprimer leur personnalité. Loin de se perdre en elle, ils la subjectivent. A leurs yeux, selon le mot de Fromentin, « un paysage qui n'est pas teinté fortement aux couleurs d'un homme est une œuvre manquée ' ». Amiel a dégagé l'essence même de cet art romantique dans la formule célèbre : « Un paysage est un état d'âme'. »

L'art tourmenté, inquiet de Rousseau trahit le modèle qu'il a sous les yeux. Des additions, des retouches, des surcharges n'arrivent jamais à satisfaire sa fébrilité. Sa pensée s'interpose entre son regard et son œuvre. Ce

I. Fromentin. Les maîtres d'autrefois, p. 2o5. a. Amiel. Journal.

n'est pas la nature seule qu'il cherche à peindre, ce sont les conceptions de son cerveau sur elle. Thoré pressentait recueil, quand il lui écrivait : « Tu créais des mirages qui te trompaient souvent dans ta peinture sur la réalité des effets naturels. Tu te débattais ainsi par excès de puissance, te nourrissant de ta propre invention que la vue de la nature vivante ne venait point renouveler ^ » Cet éloignement de la réalité, ce perpétuel retour sur soimême enferment le romantisme dans des limites étroites et parfois le rendent dangereux ; ils tendent à créer dans certains cas un nouvel académisme.

Malgré ces dangers, il ne reste pas moins à l'influence romantique la gloire durable d'avoir insufflé une àme au paysage ; il a aussi celle qui est, peut-être, en art plus essentielle, d'avoir créé une technique nouvelle. En ce point, ce sont les peintres d'histoire qui ont innové et c'est par eux qu'ont été influencés les paysagistes. Géricault exposa le Radeau de la Méduse en 18 19 ; Delacroix débutait en 1822, Paul Huet, Rousseau, les aînés de la pléiade paysagiste, ne figurèrent pas au Salon avant 1827 et i83i.

Rubens, sur les peintres d'histoire comme sur les paysagistes, eut une influence décisive. Parmi les contemporains, Bonington fut un initiateur : les aquarelles de ce jeune homme mort à vingt-sept ans, toutes vibrantes d'une chaude symphonie de couleurs et faites d'un pinceau hardi, préparèrent les succès de Gonstable au Salon de 1824.

La Charrette à foin traversant un gué ^ le Canal en

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