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I. La Presse, 8 mars

a4o HISTOIRE DU PAYSAGE EN FRANCE

Malgré tout, ce sont encore les maîtres du paysage : Rousseau, Corot, Daubigny qui ont le plus efficacement préparé le réalisme. Ils ont pratiqué le plein air comme en font foi les estampes du temps, de Marvy ou de Français, où Ton voit des peintres vêtus de blouses, de guêtres, prêts à affronter les expéditions difficiles, les intempéries pour surprendre les beautés les plus rares de la nature'.

Une anecdote témoigne que Corot, ainsi accoutré, fut pris par les paysans pour le domestique de son ami Dutilleux.

Ces études faites devant le réel sont multipliées parfois avec une sorte d'acharnement. Corot suscitait le scandale à la Rochelle parmi ses confrères provinciaux en reprenant cinq fois de suite le même sujet.

Cette assiduité à l'étude de la nature ne fut pas, il faut le dire, purement volontaire. Corot, Rousseau seraient rentrés dans leurs ateliers y composer de grands tableaux s'ils avaient trouvé des acheteurs ; le manque de commandes les obligea à s'en tenir à ces notations qui dans leur pensée n'étaient que des travaux préparatoires.

Ainsi, par un hasard curieux, l'inintelligence de leurs contemporains fut bienfaisante. Faute de tableaux à faire, l'art s'enrichit de joyaux inestimables et inconsciemment la cause du réalisme progressa.

Par toute une partie de son génie Rousseau est éloigné du réalisme. Sa technique inquiète surchargée d'inten-

I. Etudes de paysages par Marvy, frontispice 1841 ; Un été à la campagne par le même, frontispice, 1844. — Les artistes contemporains, frontispice par Français, 1846.

lions, sa conception étroite du tableau à coupe régulière, où dans une petite toile de 4» il s'efforce de faire tenir tout un panorama, l'habitude qu'il a de peindre des lointains , son antipathie pour Tliomme qui joue dans son œuvre un rôle secondaire sont autant de barrières à l'expression simple, directe de la nature. Mais, par ailleurs, l'acuité, la netteté de ses « grands yeux fixes et voraces qui n'en avaient jamais assez ^ », son besoin de vérité, son cerveau sain le conduisent vers le réalisme.

Le signe caractéristique de cette évolution, c'est l'éclaircissement de la palette. Il faut que les tons clairs du printemps ou lavés de l'automne évincent cette « noirdure » qui assombrit les œuvres romantiques. Il faut que le peintre, selon le conseil de Corot donne « l'aspect de la couleur vraie, sortant de votre œil, sans penser à aucune autre peinture^ ». Les néo-classiques y préparaient par l'aftectation des tons pâles qui, malheureusement restaient chez eux, conventionnels.

Rousseau inaugura le vert du printemps à l'exposition de 1849 P^^ ^^ Intérieur de forêt^ . « Enfin le décor vivant, nuancé par les saisons et par les heures, commençait de frémir sur la toile '*. »

Rousseau qui avait indiqué la voie ne s'y engagea pas. Il était trop grand et trop personnel pour cette terre promise ; d'autres artistes d'une personnalité moins puissante se laisseront aller davantage au courant qui les domine. Déjà Fiers, contemporain de Rousseau, est plus proche de nous par la naïveté de ses impressions et sa mentalité plus prosaïque. Daubigny, Chintreuil, moins

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