‹ Histoire du paysage en FranceChapitre 58 sur 59 · EDOUARD MANET ET LES IMPRESSIONNISTES · texte numérisé non relu

EDOUARD MANET ET LES IMPRESSIONNISTES

point, comme ravalent fait tant d'autres, si elle était limpide et apte à refléter les objets, mais il la saisissait sous tous ses aspects, la trouvant aussi intéressante par les temps gris et la pluie, qui la rendent jaune et opaque, que par le soleil qui en fait un miroir transparent.

Le paysage sorti des exemples donnés par Manet et les Impressionnistes doit donc son caractère particulier à deux innovations : à la pratique de peindre en tons clairs , débarrassés d'ombre et à celle d'exécuter les tableaux en plein air, directement devant la scène à représenter.

Manet, tout en étant en révolte contre la tradition classique et la peinture d'histoire que son maître Couture avait voulu lui inculquer, devait rester avant tout un peintre de figures et se tenir le plus souvent dans l'atelier. La peinture de plein air entrerait dans sa production, mais n'en formerait cependant pas la part dominante.

C'était un véritable Parisien, un citadin sans goût pour la vie des champs. Il ne pouvait se passer du Boulevard. Rien ne le disposait donc à devenir un peintre de paysage et, au sens strict du mot, il ne l'a guère été. Il a peint très peu de toiles, que l'on puisse tenir pour de véritables paysages. Mais il s'est caractérisé, comme un des grands initiateurs de la peinture en plein air. Du reste il n'a point pensé à s'y livrer aux champs, il n'a nullement senti le besoin de s'établir à la campagne. Paris et ses environs immédiats, les plages de la Manche ont été les lieux où il s'est placé de préférence, pour exécuter ses tableaux de plein air.

Manet avait commencé à peindre des études au dehors dès 1854, alors qu'il fréquentait encore l'atelier de Couture. Il peint en 1809, un paysage à Saint-Ouen, qui s'est appelé la Pêche^ où l'on voit la Seine avec ses bords et un pêcheur dans un bateau. Il peint en 1861 des études

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dans le jardin des Tuileries, qui devaient lui servir à composer son tableau de la Musique aux Tuileries. Son paysage du Déjeuner sur V herbe a été exécuté, en i863, d'après des études faites à l'île de Saint-Ouen.

Puis les échanges d'idées au café Guerbois entre Manet et ses amis, les ont amené tous ensemble à pousser à ses dernières conséquences le procédé de peindre en plein air. Manet n'exécutera donc plus seulement de cette manière de petits tableaux ou des études à transformer en tableaux, il peindra de grandes œuvres, qui seront achevées entièrement devant la scène à représenter. En 1867 il peint ainsi une Vue de V Exposition Universelle . Elle s'étend, prise du Trocadéro, sur le Champ de Mars, où cette année là l'Exposition était placée.

Il passe, en 1868 et 1869, une partie de l'été à Boulogne. 11 y peint des marines et des vues du port. Il peint, en 1871, le bassin d'Arcachon et le port de Bordeaux, à son retour des Pyrénées, où il est allé chercher sa mère et sa femme, qui s'y étaient réfugiées pendant le siège de Paris. Ses tableaux de plein air sont, en 1873, particulièrement nombreux. Il passe une partie de l'été à Berck-sur-Mer. Il y peint les Hirondelles. Sa mère et sa femme ont posé pour les dames représentées. 11 les a réduites à des proportions si restreintes, que le tableau est ainsi devenu presque un paysage pur. Le titre est tiré de quelques hirondelles volant, par-dessus le terrain couvert de gazon. Il peint encore à Berck les Pêcheurs en mer. Il s'est embarqué avec eux et les a saisis sur le vif à leur travail, pendant que l'embrun de la mer venait mouiller sa toile. Il peint encore en plein air^ en 1878, la Partie de Croket et le Chemin de Fer.

Manet, dans ses œuvres de plein air, devait marquer sa manière personnelle, distincte de celle de ses amis les Impressionnistes. Eux, qui étaient principalement des

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