I. Ce chapitre a été écrit par M. Charles Diehl
de loin, Poussin, Ruysdacl ou Corot. Il convient du reste d'avouer tout de suite que, Venise mise à part, le paysage n'est qu'un épisode dans l'histoire de la peinture italienne. Mais cet épisode vaut qu'on l'étudié. Déterminer dans quelle mesure et dans quel esprit l'Italie a traité le paysage, et pourquoi assez vite elle l'abandonna, c'est écrire un chapitre d'histoire d'art comparée, qui peut être instructif pour l'histoire du paysage français. Et par ailleurs encore cette étude peut avoir son importance: on y trouvera un exemple concret de la grande évolution qui, des formes traditionnelles du moyen âge, mena à cette conception d'un art plus individuel, plus libre, qui est le trait caractéristique de l'art moderne.
En Italie, comme en France, l'art du xiv* siècle ignora le paysage, ou du moins il le traita d'après des formules toutes conventionnelles. Le Traité de la Peinture, que Gennino Gennini composa vers la fin du xiv® siècle et qu'on peut tenir pour le bréviaire de l'artiste de ce temps, contient, à côté des conseils de morale et d'hygiène dont l'auteur est prodigue, la recette que voici pour composer un bon paysage: « Si tu veux faire des montagnes d'un bon style et qui paraissent naturelles, prends de grandes pierres pleines de brisures et non polies, copie-les d'après nature en faisant venir la lumière et l'ombre dans la direction qui te convient. » On sait TefTet de ces préceptes : c'est le paysage de rochers, si parfaitement artificiel, qu'a aimé et répété à satiété l'école giottesque. Tout au plus trouverait-on alors chez les maîtres siennois un sentiment un peu plus vrai de la nature. Le bois d'oran-