‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 10 sur 130 · CARACTÈRE DE LA LÉGISLATION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA LÉGISLATION

senle un aspect permanent. Il esl vrai qu'il en est souvent ainsi de tout état naissant, mais il y avait de plus dans le Maryknd, une répugnance décidée pour toute loi qui aurait eu une durée illimitée. Aucun changement ne pouvant avoir lieu que de l'agrément du Propriétaire, cl les assemblées législatives ne voulant point dépendre de sa volonté pour le rapport d'une mesure que l'expérience aurait démontrée mauvaise ou oppi'essive, on recourut à une législation d'expédient ou d'essai, si je peux m'csprïmer ainsi, et dont on fixait la durée. De sorte que si )a loi avait répondu au besoin qui l'avait fait nailrc, on la renouvelait, tandis qu'on la laissait expirer si elle blessait les intérêts ou seulement les idées du moment '. Pour ce qui était au contraire, des actes d'intérêt privé, on leur donnait une permanence qui tenait à l'avantage particulier de celui qui les sollicilait *. Il y avait entre les membres des assemblées, un échange de services qui, par la solidarité souvent peu loyalo des moyens employés, a imprimé à cette tactique la qualification de Log-rolling, très en vogue de nos jours, aux États-Unis, au grand chagrin des hommts d'honneur qui n'y voient qu'une conspiration des intérêts privés contre la fortune publique.

Après avoir montré les péripéties du gouvernement politique, voyons la marche de la colonie, au point de vue de son développement intérieur.

De même que la Virginie, le Maryland se composait alors d'établissements dispersés, avec peu ou point de communications. Les planteurs uniquement occupés delà production du tabac, employaient au défrichement et à la culture, des serviteurs engagés {mhnted servants], de race blanche, et des noirs dont l'importation pouvait remonter presque au début de la colonie. Ces serviteurs, aussi bien que les hommes libres, furent pendant très-longtemps privés de lout moyen dinslruc-

' llildrelh, l"ïol,. p. 54*.

« JlacMalwii, l"vol,, p. aSS.

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tion, car comment y pourvoir dans un pays où la population n'a que peu ou point de centres de réunion. Ce n'est guôreque vers la fln du siècle (1694), que la législature établit des écoles libres à Anapolis comté purilain de la colonie.

L'immigration européenne ne se fit point par masses, comme cela eut Heu dans quelques colonies, par suite de con- Ire-coups de la politique étrangère. Elle monfa lentement, et selon toute apparence, c'est l'Angleterre et le nord de l'Irlande qui contribuèrent pour la presque totalité à peupler le Maryland. Ce mouvement fut assez soulenu, et \ers la lin de la période que nous venons de clore, la secte protestante y eut la plus large part. On a constaté qu'à l'époque de ta restauralion de Charles 11, le nombre des habitants blancs pouvait s'élever à i2,000 environ, chiffre important si l'on ctmsidère que la colonie débuta avec deux cents et quelques individus et qu'elle n'eiistait que depuis vingt-six ans '.

L'abondance étaitloin de régner partout ; l'imprévoyance du planteur qui sacritîait toute culture à celle du tabac, et la concurrence que se firent longtemps le Maryland et ta Virginie pour l'exportation de celte sorte de produit, occasionnèrent des crises qui pesèrent surtout sur la classe inférieure. On trouve la trace de cette misère dans un âcle de 1650 destiné à venir au secours des pauvres de la colonie *. Il fallait que la détresse fût grande pour que la charité individuelle se trouvât en défaut, chez une population qui faisait profession de pratiquer largement les maximes de l'Évangile.

Telle était la physionomie générale de cette province à l'époque de la restauration. Si nous en résumons les traits principaux, nous voyons que le Maryland fut le premier territoire dont la quasi-souverainelé fut concédée à un seul homme, et le seul aussi où s'implanta une colonie catholique.

* MacMalion, i"vol.,p. 222.

* Bozrnan, p. 406.

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Plus libéral que sa charte, lord Baltimore appela les émigranls sans dislinction de sectes, en proclamant la liberlô religieuse pour tous les cultes chrétiens. 11 ouvrit aussi la voie politique à tous les colons, quoique la charte ne fil mention que des propriétaires fonciers {freeholderi). Les catholiques qui, jusqu'en 1649, formaient la majorité, surent défendre pied à pied leurs franchises, et parvinrent sans ^rouble à en agrandir le cercle, grâce à l'esprit débonnaire du lord-Propriétaire. Tout marchait d'nne manière prospère lorsque les Episcopaux d'abord, et les Puritains ensuite, vcnant à s'emparer du pouvoir à la faveur des circonstances dont ils surent tirer parti, renversèrent par deux fois, la liberté rdigieuse qui ne reprit son empire que lors de la restauration de Charles II, et du rétablissement de lord Baltimore, t^tte première épreuve de gouvernement fut toute favorable aux catholiques, qui ne se démentirent pas un seul jour dans la pratique de la liberté religieuse, et dans l'exercice régulier des institutions démocratiques. L'adoption du droit d'aînesse n'eut point pour objet, comme dans Rhode- Island, d'enrayer h liberté politique, il lit partie d'un ensemble de lois civiles et criminelles empruntées à l'Angleterre, sans aucune préoccupation d'une autre nature. On peut dire en général, que le gouvernement du Maryland était plus libéral que tous ceux de la Nouvelle-Angleterre, car on y était citoyen de droit, jouissant des avantages politiques de toute nature, par le seul fait de la résidence, tandis que dans les colonies puritaines il fallait d'abord se foire admettre membre de l'Église, puis solliciter par la vole du scrutin, la qualité defreeman. Si dans Rliodc-lsland on n'exigeait pas de preuves d'orthodoxie, aucun habitant ne pouvait jouir des privilèges de freemoriy qu'après avoir été soumis h l'épreuve du volfi de tous les citoyens. Cette distinction est fort impor^ tante à relever, à une époque surtout où les préventions de toute nature élaicnt très 'énergiques dans cliaque centra

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nouveau. On n'a point fait ressortir ces distinctioas qui sont capitales, et montrent la grande supériorité de la base fon- <laraentale duMaryland comparée aux autres colonies,

Dira-t-on encare que le principe catholique est en désaccord avec la démocratie, tandis que le puritanisme s'y rattache par des liens intimes, comme le prétend M. Laboulaye avec toutes les précautions oratoires destinées à atténuer sa thèseî (p. 246 et suiv.) La réfutation de celle double proposition se trouverait dans le fonctionnement comparatif des institutions du Haryland catholique avant l'invasion du puritanisme, avec celles de la Nouvelle-Angleterre. Je comprendrais la discussion de cette théorie si l'on admettait encore l'inféodatïon de l'État à l'Église, car Ton pourrait croire jusqu'à un certain point, à la nécessité de la similitude des deux termes, pour les faire co-exister. Mais dès que l'on reconnaît aujourd'hui la séparation de ces deux puissances avec des domaines différents, qu'est-il besoin de l'identité? Est-ce que les questions religieuses se traitent de la- même manière que les questions politiques? Si le raisonnement suitit à celles-ci, croit-on qu'il ne faille pas davantage pour les choses de l'ordre spirituel? Ne peut-on dire que plus la liberté sera grande en politique, plus il deviendra nécessaire que la religion rappelle à l'homme, que sa raison a des limites et qu'il ne doit s'en servir qu'avec modération et circonspection? Où donc irait l'esprit abandonné ù lui-même dans l'oixlre spirituel et temporel, si aucun frein n'était mis à sa course vagabonde? La colonie de Rhode-Island en fit une rude épreuve, et l'on'sait de quel prix elle l'expia. Demandez aux Puritains eux-mâmes, si la foi ne jouait pas un rûle important dans leurs croyances, et si ce ne fut pas la cause de leurs ardentes persécutions? et quand plus tard, ils opérèrent la séparation de l'Église et de l'Étal, ils n'en demeurèrent pas moins fermement allachèâ à des doctiincs qui sortaient du cercle de la raison pure.

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