CATHOLIQUES DEVENUS PARIAS. Î
Stone et en le remplaçant par le purilain Fuller. Un aulre purilaîn du nom de Durand fut nommé secrétaire, et tout lé conseil subit un renouvellement dans une pensée anticaliiolique. Il s'agissait de convoquer une nouvelle assemblée : c'est alors que, foulant aux pieds les lois fondamentales, et détruisant toutes les garanties qu'elles consacraient, le nouveau gouverneur autorisé par les commissaires, proclama qu'aucun Individu ne serait appelé à voler dans les élections,' et aucun membre élu député, n'aurait droit dé siéger, qu'autant qu'ils ne profetseraient point la religion catholique '.
Les élections faîtes sur ces bases restreintes, la nouvelle législation s'empressa de modifier l'acte de tolérance religieuse qui avait servi de point de départ a la colonie, et enleva les franchises à ceux-là mêmes qui les avaient accordées volontairement aux protestants. Cette loi parait être l'œuvre ■ exclusive des Puritains, si l'on en juge par son texte. Elle porte en effet « qu'aucun catholique ne jouira de la protection des lois d'Angleterre, et que la liberté religieuse ne sera accordée qu'à ceux qui croiront en Dieu, mais sans qu'on puisse l'invoquer en faveur des individus qui se soumettent au Pape et à la Prélature '. » Les Épiscopaux s'ils eussent dominé dans l'assemblée, n'auraient point introduit dans la loi celte dernière expression qui était une sorte de proscription de leur secte fondée sur la hiérarchie cléricale. Ces mesures réactionnaires au surplus, ne faisaient que reproduire celles déjà adoptées en Angleterre depuis la prédominance du parti puritain.
Ce n'était point assez d'avoir détruit cette précieuse garanlie de la liberté religieuse, on attaqua le droit de souveraineté de lord Baltimore. On voulait copier jusqu'au bout la révolution d'Angleterre, malgré l'absence complète d'assimilation des deux pays, car il était impossible de gouverner
' Boiman, 2* vol., p. 605.
* le même, p. 512.
m UARYLAND.
la colonie d'une manière plus paternelle que ne l'avait fait lord Ballimore! C'est qu'en réalité, la haine puritaine poursuivait en lui tout aussi bien le catholique, que le souverain. Avec le eoncours du gouverneur nommé par les commissaires de Cromwell, la législature passa une loi dans la même session (1654), pour supprimer lo serment d'allégeance nu lord-Propriélaire et pour lui cimier tout droit de souveraineté'.
Une violation si flagrante de la charte, sans aucun raotît appréciable si ce n'est un instinct de convoitise qui cherchait à s'enrichir des dépouilles du vaincu, ne pouvait s'accomplir sans protestations et sans résistance. Stone le précédeni gouverneur nommé par tord Baltimore, s'était retiré à &iinte- Marie, foyer catholique de la colonie, où il organisa une expédition qu'il dirigea contre Providence, établissement purement puritain. Mais sa petite armée composée de deux cents hommes environ, ne tint pas pied contre, la résistance vigoui^use de l'ennemi; elle fut entièrement dispersée, à la première rencxîntre, laissant sur le terrain une cinquantaine de tués ou blessés et bon nombre de prisonniers. Stone et ses principaux officiers passèrent devant une cour martiale qui en condamna dix à mort ; quatre seulement furent exécutés. Slone et les autres n'eurent !a vie sauve, que grâce aux supplications des femmes et des soldats du parti vainqueur, qui trouvaient qu'assez de sang avait été répandu. Mais les biens de tous les opposants furent séquestrés, comme si cette révolution devait avoir pour caractère particulier la spoliation et l'intolérance. Cette confiscation odieuse en elle-môme, donna lieu & des fraudes et à des concussions qui font peu d'honneur au parti dominant. Le scandale de celte curée s'éleva à de telles proportions, que la législature fut obligée dénommer iin comité pour avoir raison des dilapidations*.
' Hildrelh, 1" vol.. p. 360; * Le même, p. 363.
RESTAURATION DE LOBIl BALTIMORE. 51
Les commissaires de Cromwell avaient dépassé ses instniclions. Peut-être celui-ci nourrissait-il l'idée de modifier le gouvernement du Maryland, mais il ne voulait point le bouleverser pour la- satisraction de quelques intérêts privés ou de passions toutes locales. Ses idées étaient plus hautes. Sui" les réclamations dont il fut saisi (1655), il nomma deux commissaires chargés d'entendre tes deux parties et de lui faire un rapport sur toutes les circonstances de l'affaire. Après enquête, le rapport fut favorable h lord Ballimore. Soit que le Protecteur voulût mûrir sa résolution, soit que le temps lui manquât, les choses restèrent en suspens pendant près de deux années. Cependant le lord-Propriétaire toujours enclin aux voies de conciliation, négocia avec le parlï puritain de Maryland. Deux considérations principales lui venaient en aide : d'une part, le préjugé favorable du rapport des deux commissaires; et d'autre part, la crainte que pouvaient concevoir les colons, d'une nouvelle forme de gouvernement qui leur serait imposée parCromwell, à l'instar peut-être de celle de la Virçinie, beaucoup moins favorable que l'organisation dont ils avaient joui jusque-là. Après de nombreux pourparlers, on tomba d'accord sur la restauration de lord Baltimore moyennant 1° une amnistie complète pour le passé. 2" La confirmation des litres de propriété des terres que chacun possédait plus ou moins régulièrement. 5* Une modification essentielle à la formule du serment qui ne devait plu» consister qu'en une aoumission à l'autorité légale da Propriétaire, elTaçant ainsi tout ce qui pouvait préjuger une autorité absolue de ce dernier. 4" la conservation par les colons des armes dont ils étaient en possession. 5° Enfin le rétablissement de la liberté religieuse que^ vainqueurs, ils avaient foulée aux pieds, et qui leur importait au moment on ils allaient être replacés sous l'autorité d'un lord catholique. Sous ces conditions acceptées des deux parts en 1657, la colonie reprit ses anciens errements sous le gouvernement
.i:,Goog[c
52 MARÏLANFt.
deFendal alors chargé des pouvoirs de lord Ballimore'.
Ce pacte longuement discuté et solennellement juré devait ôlrc considéré comme sacré pour tous, mais Fendal qui voulait jouer dans la colonie, le même rôle que Cromwell en Angleterre, eut la mauvaise pensée de copier ce modèle, au moment même (1659) où le protecteur mourait el laissait son autorité en des mains débiles qui allaient la compromettre pour toujours. D'accord avec les membres influents de la chambre basse, il signifia à la chambre haute que son. rôle avait cessé, et que le pouvoir suprême désormais, résiderait dans une assemblée unique de laquelle il relèverait luimême. Le parti puritain qui organisa celle révolution que rien ne justifiait, montra combien peu il savait respecter un engagement, puisqu'il le violait presque au lendemain du jour oîi il l'avait contracté. Mais cet essai de révolution fut de courte durée : il avorta par la restauration de Charles II qui, bienveillant pour lord Baltimore, le rétablit immédiatement dans ses droits sur sa province. (1660.)
On n'aurait qu'une idée incomplète du gouvernement du Maryland si l'on ignorait une particularité vraiment curieuse de sa législation, et qui achève de caractériser l'esprit d'indépendance des colons de cette première période.
Par suite de la délégation du lord-Propriétaire, le gouverneur le représentait partout même dans la législature; et quoiqu'il prit part avec sou conseil aux délibérations de cette assemblée, il n'en avait pas moins un droit de veto absolu indépendamment du vélo particulier réservé à lord Baltimore lui-môme. Ces prérogatives constituaient pour les colons une double dépendance qui les rendait inquiets et soupçonneux. Us cherchèrent à y échapper, et ils ont laissé lalrace de ces préoccupations dans la législation de celte époque, qui se fait remarquer par son élat de fluctualion incessant. Rien ne pré-
■ Bozinan, S* vol., [>. 555.