‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 103 sur 130 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

i^ellement une colonie : ils recrutent des émigrants et transportent leur charte en Amérique où ils organisent un gouvernement politique. Par leur contact avec les séparatistes de NeW'Plymouth, ils deviennent séparatistes eux-mêmes, et quoique la royauté veuille entraver leur entreprise, ces hommes résolus, en excipant d'une équivoque de leur charte, se maintiennent et se consolident même, à la faveur des troubles d' .Angleterre et de l'ascendant du Parlement dont les sympathies leur étaient acquises. Tel fut Massachusetts.

Rhode-Island et Connecticut s'établissent dans la Nouvelle- Anglelerre, dans des circonstances identiques, el ils ne soIt licitent de charte qu'après avoir pris un peu de consistance.

New-Plymouth, Massachusetts, Rhode-Island et Connecticut, qui constituèrent la Nouvelle-Angleterre, appartenant aux sectes dites indépendantes, il leur fut facile de créer des gouvernements républicains, car ils se mettaient ainsi en accord avec celui de la mère patrie.

Toutes les autres provinces, la Géorgie exceptée, étant concédées à des favoris de la royauté soit avant soit depuis la restauration d'Angleterre, leurs gouvernements se ressentent du caractère de chacun des concessionnaires :

Lord Baltimore et William Penn étant animés d'idées gént-rcuses et très-avancées, les chartes royales contiennent des garanties sérieuses en faveur des colons : on dirait qu'elles sont dictées par ceux-là mêmes à qui on les octroie.

La charte de New-York réfléchit le caractère dur et absolu du prince qui t'obtient : aucun avantage politique n'est stipulé au prolit des habitants.

Le duc à son tour, cède à deux de ses amis la province de New-Jersey, mais ceux-ci mieux avisés que leur cédani, accordent des libertés aux colons qu'ils espèrent, non point par conviction, mais pour altirer des émigranls qui feront prospérer leur domaine princier.

La charte de la Caroline laisse aussi une latitude très-

DntzedbyGoOglc

S94 RAPPORTS DES COtO.MfSS AVEC L'ANGLETERRE, grande aux concessionnaires qui sont de grands dignitaires du royaume, et ces hommes de privilège bâtissent sur cet acte toutun échafaudage Téodal enranté par Locke, et que le souffle populaire détruit promplement.

Quant à la Géoi^e, créée dans un but moitié militaire moitié philanthropique, sa cliarte se ressent de celte double destination, et soumet les colons à un régime absolu, civil et politique.

Ces points de départ variés indiquent le peu d'intérêt que l'Angleterre attacha dés l'abord, aui formes gouvernementales des colonies. Elle désirait les voir se peupler [mtmptement, et repoussant en principe les chaînes de ce premier essai, elle laissait beaucoup de latitude pour aider au succès. Il lui fallait des tributaires, et fout fut mis en œuvre pour en augmenter le nombre. C'est ainsi qu'elle fit fléchir sa règle égoïste en faveur de ses possessions de l'extrême Sud dont elle se promettait de grands avantages, en accordant des encouragements 6 des émigrants de France et d'Allemagne dont la coopération pouvait faire produire à la terre d'Amérique des denrées qui consLiluaient la principale richesse du Sud de l'Europe. Mais ces sacrifices furent toujours de très-courte durée : d'une part, les discordes religieuses ; d'autre pari, l'extrême pauvreté de quelques contrées de l'anden monde, rendirent l'émigration abondante et vinrent en aide au peu* plement de ces colonies. Celles-ci furent donc obligées de subvenir à tous leurs besoins, même à des nécessités dont les causes leur étaient en bonne partie étrangères, telles que les guerres avec la France et l'Espagne, dont le théâtre était transporté d'Europe en Amérique.

Lorsque les établissements américains furent assez bien assis, l'Angleterre comprit que le moment était venu de s'immiscer dans leurs affaires et de tâcher d'en prendre la direction pour mieux assurer le tribut des taxes dont elle voulait les accabler. La déchéance de la compagnie de Virginie fil ren-

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POLITIQIIK. »S

Irer le gouveraement de cette province dans les mains du roi, dès 1621 . Il en fût de même de New-Hampshire après quarante ans d'annexion au Massachusetts. L'avènement de Jacques II à la couronne devint le signal d'une croisade contre les chartes qui restaient encore debout. New-York qui était sa propre province ne cliangea point de condition, mais toute la Nouvelle-Angleterre fut soumise au régime du bon plaisir, el les autres gouvernements se trouvèrent menacés. La révolution de 1688 arrâta ce mouvement rétrograde, mais sans entrer dans un système franchement libéral. Guillaume et le Parlement conservaient la politique envahissante qui était de tradition, malgré quelques faits qui lui donnaient une apparence d'inconséquence. Ainsi l'on rétablit les chartes de Rhode-Island et de Conneclicut qui donnaient à ces provinces le droit de se gouverner elles-mêmes, tandis que le Massachusetts était soumis à un gouverneur royal et à des restrictions qui le plaçaient dans une infériorité relative vis-à-vis de ses voisins. C'est qu'il était puissant et menaçait la métropole d'une concurrence redoutable ; il fallait le surveiller de près, pour comprimer son élan si cela devenait nécessaire. Déjà en 1681,1a ciiarte de Pensylvanic portait l'empreinte de la domination de plus en plus accusée de l'Angleterre : d'une part on remarquait l'omission de la clause qui, dans les chartes pr(;cédcntes, conservait les droits de sujets anglais aux émigranls de celte origine ; d'autre part, il était fait réserve au profit (lu Parlement, du droit d'imposer des taxes à lacolonie. Enfin aucun acte de la législature coloniale n'était pbligatoire qu'aprôs avoir reçu l'approbation du roi en Conseil, approbation qui devait être refusée chaque fois qu'on y remarquait une dérogation à la loi anglaise. Mais il paraîtra fort étrange que certaines colonies telles que New-Jersey et les Carolincs, ne devinrent provinces royales que sur la demande des colons ou des Propriétaires concessionnaires enx-môincs, tant les uns cl les autres comprenaient peiles moyens d'accom-

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390 RAPPORTS DES COLONIES .IVEG L'ÀlIGLGTERnE.

modement propres à 6viler cette sorte de gouverneinenl. Le pouvoir du roi d'Angleterre était de deux natures : temporel et spirituel. U premier ne souffrait aucune restriction, ettout individu habitant les colonies était soumis à son autorité. Celle résidence ne conférait aucun droit politique aux émigrants étrangers à l'ÂnglcIerre, car nous avons vu qu'il leur IflUait la naturalisation partout, naturalisation que les législatures coloniales prétendirent d'abord conférer ellesmétnea selon le caprice ou les passions du moment, mais que l'Angleterre régla par une loi générale en 1740. Quant à la suprémalie en matière religieuse, il était difficile de l'imposer rigoureusement dans des contrées qui se peuplaient surtout de non-confurmistes. La règle s'accommoda à louleslcs circonstances, quelquefois même, chose bien remarquable! elle fut totalement repoussée ; et dans la Nouvelle-Angleterre on eu( ce singulier spectacle, d'une religion d'État épiscopale qui ne put se faire tolérer pendant longtemps, alors qu'un culle dissident trAnait et la bravait impunément. Dans certaines colonies, le culle èpiscopal domina d'une manière absolue ; dans d'autres, il entra en partage avec les dissidents ; enfm dans les pays mêmes où il n'était point toléré d'abord, il parvint à prendre sa place quand la royauté plus puissante, pesa rortemcnt sur les colonies. Ce travail fut d'autant plus aisé, qu'à une époque correspondante, la première généialion d'cmigranis était éteinte ou à peu pn'>s, et la deuxième plus occupée d'intérêts cid'affaires, se montrait mieux disposée à transiger sur les questions de suprématie.

Quant a l'application des lois anglaises aux colonies, les publicisles et hommes d'État d'Angleterre n'éloicnt point d'accord : les uns prétendaient que l'Amérique était un pays conquis sur les Indiens ou sur d'autres nations d'Europe, et qu'elle rclevail à ce titre, du bon plaisir du roi et du Parle • ment. D'autres au contraire, soutenaient que cette contrée avait été non point conquise, mais découverte ; s'il en était

GUERRES CONTllE L'EUROPE. 7,61

autrement, ajoutaient-ils, pourquoi achèterailon le droit de possession des tribus? Il Taudrait plutôt le leur ravir. Suivant ceux-ci, les liabitanis des colonies devaient être appelés à jouir des mêmes droits et privilèges que les Anglais du conlinent européen. Une opinion intermédiaire se fit jour, el c'est elle qui prévalut dans beaucoup d'occasions : elle niait le droit de conquOte, mais elle subordonnait la régularité du ' litre de propriété du sol américain à une concession spéciale du souverain d'Angleterre, ne fût-ce qu'à cause de la variété des origines de population. Dans l'économie de cette théorie, il y avait nécessité sous certains rapports, d'un droit public particulier pour ces possessions. Mais la loi commune d'Angleterre formait toujours le fond du droit civil, de l'aveu des colons et de la métropole, saufles modifications que l'usage etlcs besoins locaux pourraient introduire, sans trop s'éloigner dé la loi mère.

Le pouvoir judiciaire fut modelé sut" le type anglais, surtout dans les gouvernements royaux oïl un recours était assuré contre les décisions des tribunaux supérieurs, par appel au roi en Conseil.

Dans toutes les colonies, même celles dites royales, il était difficile de préciser oîi cessait la prérogative souveraine du roi et du Parlement, et là où commençait l'indépcndance des établissements américains. Cet état indéterminé rentre tout à fait dans le génie anglo-saxon qui laisse au temps et aux circonstances une suffisante liberté d'action pour im-. primer leur trace quand ils le peuvent, dans les institutions du pays.

«eollsn II

ttEL:ITITG ADI GDERRES StlRTEKDES COKTItE LES FUISSA^CES d'eDROPE.

L'Espagne fui longtemps à reconnaître la légitimité de l'occupation par l'Angleterre de l'immense territoire où

338 RAPI'ORTS DKS COI.OMES AVLC L'AîttiLETEBRE. furent fondées les Carolines, car suivant elle, c'était une dépendance de la Floride. Le voisinage immédiat de ces deux provinces vivantsous des maîtres différents, causait un danger permanent pour chacune d'elles. 11 est vrai que la Floride n'était encore au dix-seplième siècle, qu'une espèce de désert gardé par un fort appelé Saint-Augustin; mais il protégeait des Indiens hostiles à la Caroline du Sud, e1 de plus il pouvait faciliter par terre une diversion utile, pendant qu'une expédition maritime serait dirigée de Cuba sur les côtes et spécialement sur le port de Charleston. Le hasard seul, on l'a vu, empêcha la réussite d'une expédition de celle nature.

J'ai déjà parlé d'engagements qui eurent lieu enire la Horide et les possessions anglaises. Ce ne furent point les seuls : et en se reportant aux causes de ces conflits, on est obligé de les l'attacher plus ou moins aui rivalités de l'Espagne et de . l'Angleterre, bien plus qu'à des circonstances locales. Cepeiidaiil les secours fournis par cette dernière puissance furent faibles comparativement auxsacritices à faire, et il en résulta un long alanguissemcnl de la Géorgie qui était alors à son berceau. Celte situation précaire ne cessa qu'en i 763, par lo traité do Paris qui fit cession par l'Espagne à l'Angleterre de la partie Est de la Floride, c'est-à-dire de la Péninsule louchant immédiatement aux établissements anglais dont la sccuritëse trouva garantie pour l'avenir.

Mais ce cùlé n'élait point le seul qui réclamât protection : La France était d'un voisinage bien plus redoutable soil par l'importance de ses forces de terre et de mer, soit par la grande étendue de ses possessions américaines qui enveloppaient à l'Est, au Nord et à l'Ouest, toutes les autres colonies anglaises. Déjà avant la fondation de la Nouvel le-Anglel erre, cette nation occupait l'Acadie et le Canada dont les limites étaient indéterminées, et qui paraissaient comprendre tout le pays occupé aujourd'hui en partie au moins, par l'Ouesl de l'Étal de New-Yorfc, par le Wisconsin et le Michigan, lin peu

i.,L.OC">glC

GUEBUES COiNTRK L'ECUOl'E. S90

plus tard, les Français s'avancèrent sur TOhio et le Mississîpi jusqu'au golfe du Mexique. Ainsi enserrées par eux, les colonies anglaises avaient toujours à craindre une surprise, à une époque surtout où l'Angleterre et la France étaient dans un élat d'hostilité presciuepermanent. Une autre circonstance ajoutait encore à la gravité de la situation : les Français et surtout leurs missionnaires étaient parvenus à gagner la confiance de beaucoup de tribus indiennes qui pouvaient à l'occasion, leur devenir des auxiliaires très-utiles. D'un autre côté cependant, il lâut le reconnaître, la France avait des ennemis presque irréconciliables dans les Iroquois ou Cinq-Nations qu'elle avait expulsésdu Canada, et qui, de toutes les peuplades d'Amérique, formaient la plus puissante conrédération, localisée dans te voisinage des grands lacs, et formant, à l'Est et au Nord, une barrière très-forle qui protégeait les provinces anglaises; Puis, l'immense étendue des territoires réclamés par la France sur d'autres points, ne formait à vrai dire, que des possessions nominales, car à part quelques forts qui dominaient des passages importants, ces contrées étaient désertes el ne donnaient aucun sujet d'inquiétude sérieux a l'Amérique anglaise. Le danger réel était à l'Est et au Nord où les établissements coloniaux des deux pays vivaient dans un voisinage trop rapproché pour pouvoir échapper à de fréquentes renconlresi sans compter celles dont la cause était en Europe.

Mais quelles que furent les tentatives faites des deux côtés, ce n'est' guère que de Favénemcnt au trône de Guillaume 1", que datent l&s grandes guerres que la France et l'Angleterre voulurent vider en partie sur le nouveau continent. Pendant près d'un siècle la lutte fut à peine interrompue : el indépendamment des auxiliaires indiens que l'Angleterre sut gagner à sa cause, elle requit les colonies de lui fournir des conlingents d'hommes armés el équipés. Quoiqu'elles fussent élran* gères aux causes premières de ces différends, sujettes d'Angleterre, elles ne pouvaient refuser leur concours; et d'iin

400 RAPPORTS DES COLONIES AVEC L'ANGLETCRUP. autre câté, la lutle étant engagée sur leur continent, môme sur leur territoire, elles avaient un grave intérôtà proléger. Je n'entrerai dans aucun détail à propos de ces guerres qui digéraient à elles seules toute une histoire, mais je dirai que les colonies anglaises payèrent largement le iribut du sang de leurs enfants, engagés qu'ils furent pariout où il y avait danger, et dans des proportions notables. Outre ces perles très-sensibles, les sacriflces malériels étaient immenses : l'Angleterre, il est vrai, donna une indemnité, mais qu'était-ce en comparaison de toutes les pertes éprouvées et qu'on ne pouvait faire entrer en ligne de compte? Les sources de la fortune publique si elles n'étaient point taries, coulaient bien peu abondamment, et la dette réunie de toutes les Proviuces s'élevait, à la fin de la dernière guerre avec la France, à plus dé dis millions de dollars' (plus de cinquante millions de francs), dette énorme pour l'époque et pour le petit peuple qui la supportait 1 Mais ce qui avait plus de gravité encore, c'était l'épuisement des ressources, et la grande difficulté d'en réunir d'autres; car on verra bientôt la rare fécondité du génie anglais pour varier en les multipliant, toutes les taxes dont il écrasait en même temps ces populations.

Il est juste cependant de dire que ces guerres ne furent pas sans compensation pour les colonies, car l'AnglcteiTâ étant parvenue à chasser les Français du nord de l'Amérique, les possessions anglaises acquirent une sécurité complète môme TLs-à-vis des Indiens hostiles qui se ressentirent gravement de celte déftiite, et ne furent plus h redouter. D'un autre côté, les habitonls des colonies en partageant les mêmes fatigues, les mêmes soufTrances, en bravant les mêmes dangCB's en face de l'ennemi, sentirent se resserrer leurs tiens de frateiTiité; ils apprirent le métier des armes, ils eurent des cadres tout prêts, et un courage à peine refroidi pour faire

■ Samuel Eliot, d^A cité, p. 178.

UESURES FISCALES. 401

un efforl suprême, quand l'Angleterre bien peu après, les força à conquérir leur indépendance I

taolloa Itl KESOBES FIUmunnES BT ÏIEULES DE L'iNOUTItUlE.

Jusqu'au régne de Charles I*', le Parlement n'avait qu'un rOlc secondaire, mais de la lutte qui s'engagea entre lui et le souverain, sortit une révolution qui consacra son triomphe, cl lui assura pour l'avenir une part prépondérante dans les affaires de l'Angleterre. Les colonies éprouvèrent trop tôt les cffels de cette influence nouvelle, car on se rappelle que c'est . le Parlement qui, dans son omnipotence, lit en 1651, le premier des trois actes de navigation destinés à entraver le commerce des colonies entre elles el avec l'étranger.

Ce n'était point assez d'avoir contre elles le roi et le Parlement, elles allaient trouver un troisième adversaire plus redoutable encore, car à beaucoup d'égards, les deux premiers n'étaient que ses instruments: je veux parler de l'industrie et du commerce de l'Angleterre qui épiaient toutes les occasions de mettre à contribution ce pays si heureusement favorisé du ciel, mais plus riche encore alors d'espérances que de fortunes acquises. Une lutte contre ces trois puissances devait être bien inégale, car les colonies, isolées les unes des autres, ne pouvaient rien contre un faisceau si fortement uni ; elles subirent longtemps la tyrannie, jusqu'au jour où le courage suppléant au nombre, elles renversèrent le despote aux trois tétcs pour vivre enfin dans leur complète indépendance. Mais afin d'inU-resser davantage à leur situation, faisons le dénombrement des iniquités dont elles eurent à souffrir.

C'est Charles 1" qui débuta dans la voie des exactions. On se rappelle que, le premier entre tous, et dans un but de sordide avarice, il voulut en 1654, exercer d'une manière

«2 RAPPORTS DES COLONIES AVEC L'ANGLETEnRE. permanente, un droit de pictinpfîon sur lout le tabac produit par la Virginie, indépendamment des taxes dont celte branche de commerce élait déjà grevée.

Le Parlement et Charles It publièrent les trois acies dits de navigation qui assuraient à la marine anglaise le monopole de tout le fret américain (années 1651, 1660, 1663). Ce n'était là qu'un début, mais il était plein de promesses : le Parlement tint à les justifier.

Un peu plus tard, le commerce et la marine de la Nouvelle-Angleterre allirèrent l'attention et excitèrent la jalousie de la métropole, qui ne vit pas sans crainte en effet d'autiTS marines que la sienne, fréquenter les ports de la Virginie, du Maryland, d'Antigues et des Barbades. Ellene pouvait admettre que la Nouvelle-Angleterre approvisionnât ces contrées, de marchandises d'Europe, et reçût des retours en produits des tropiques, qu'elle vendait ensuite en Espagne, en Italie et Hollande. Pour décourager ces opérations, le Parlement publia en 1672, un bill qui frappa le transit d'un certain nombre d'articles de commerce, d'une colonie à l'autre, des mêmes droits que ces objets auraient à payer pour leur introduction en Angleterre. Comme on ne pouvait compter sur les habîlanls pour la perception de ces taxes, le même bill ordonna la création de bureaux de douanedans les provinces anglaises, BOUS la direction de commissaires anglais.

Ces mesures alTectant plus spécialement le commerce et la marine de la Nouvelle-Angleterre qui n'étaient point résignés à céder à cette pression, on imagina d'exiger des gouverneurs de ces colonies, un serment spécial dont l'objet était de prêter main-forte aux actes restrictifs du commerce. Mais le gouverneur du Massachusetts s'y refusa péremptoiremeni, et la Cour générale passa une résolution portant que les actes de navigation étaient une invasion des droits et privilèges des colons, et sans aucune force obligatoire, attendu que ceux-ci n'étaient point représentés dans le Parlement

HESUHES FISCALES. 403

(1676-1679). Cependanl si le droit était de ce côté, il ne pouvait s'appuyer encore sur la force ; il fallut se soumettre.

Le Maryland ne supportait pas moins impatiemment ces actes arbitraires, et deux des collecteurs de taxes périrent de mort violente par suite de diflîcultés nées de l'exercice de leurs fonctions (1684),

Un se rappelle aussi le refus persistant des habitants de Virginie à créer des villes, pour mettre en défaut la surveillance des douaniers, et échapper ainsi aux mesures fiscales de l'Angleterre.

Les mômes résistances se manifestèrent dans la Caroline du Sud en 1685. Partout l'intérêt froissé puisait de l'énergie dans le sentiment du droit méconnu.

Les colonies cherchant par tous les moyens à se soustraire au joug du Parlement, les marchands anglais se répandirent en plaintes amères sur le mépris dans lequel étaient tenus les actes destinés à les protéger. C'est alors (1696) que l'on créa le Comité du commerce et des plantations, comité permanent composé d'un président et de sept membres connus sous la dénomination de lords du commerce. Ses attributions consistaient à surveiller d'un œil très-attentif l'action des législatures coloniales afin d'y faire prévaloir toujours l'autorité du Parlement, d'y fortifier le pouvoir des gouverneurs royaux, et de tenir les colonies dans un état de soumission complet à la politique commerciale de l'Angleterre.

On était entré dans les voies de rigueur pour ne point s'y arrêter. A une époque rapprochée de cet acte significatif, le Parlement fit plus encore : il prohiba tout commerce enire les colonies et l'Irlande, excepté pour l'exportation de ce dernier pays, de serviteurs, de chevaux et de provisions alimentaires. L'Irlande, on le sait, était considérée sous les rap" ports commerciaux, comme un pays tout à fait étranger Ji l'Angleterre, elle ne pouvait espérer un meilleur traitement que les colonies ; et si plus tard eu 1 732, on améliora un peu

404 RAPPORTS DES COLOSIRS AVEC L'ANCLETErtltE. pour elle celle situation, l'avantage fut si mince qu'elle eut peu à s'en applaudir.

Les provinces qui, en veiiu de leurs chartes, avaient droit de se gouverner elles-mêmes, ne présentaient aucune garantie pour l'observation des mesures fiscales. Il fallait combler cette lacune qui était grande, car elle s'appliquait h des pays très-commerçants. Un bill de 1696 répondit à ce besoin: il soumit à l'approbation du roi te choix des gouverneurs de ces colonies, et il esigea d'eux le serment spécial qu'avoit précédemment rerusé le gouverneur du Massachusetts. Le nombre des ofiiciers de la douane fut augmenté, et l'on mil à leur tôle un directeur général pour régulariser ce service. Le réseau qui enveloppait ces possessions s'étendait de plus en plus, et l'on avait soin en même temps, d'en serrer les mailles pour que rien ne put échapper h la convoitise du marchand anglais.

La surveillance était bien organisée, mais elle pouvait être mise en défaut; il fallait pourvoir à la répression. Confier Ji des Jurés des colonies la connaissance des infraclioDS commises, c'était s'exposer à voir la loi foulée aux pieds par des acquittements scandaleux. Les agents du fisc étaient anglais : les cours de justice furent composées des mômes éléments. De là vint qu'en 1()97 le Parlement créa des cours de vice-amirauté dans toutes les colonies, pour connaître des causes intéressant la marine et la perception des taxes. Cet acte provoqua des résistances très-énergiques : les colons le considéraient comme une violation de leurs chartes, car ces cours devaient siéger sans jurés. Mais le Conseil privé, appelé à apprécier tes plaintes qui lui furent adressées, les rejeta comme étant sans fondement, attendu que rien ne pouvait empêcher le roi d'établir des juridictions d'amirauté partout dans toute l'étendue de son empire.

Les Provinces, dans le bul de s'affranchir du tribut qu'elles payaient aux manufactures anglaises, essayèrent de se livrer

HKSUriF.S FISCALES. 405

à rinduslrie pour tes objets de première nécessité; mais les actes législatifs coloniaux qui avaient en vue de favoriser ce mouvement, excitèrent la jalousie anglaise, et en 1699, un biti du Parlement prohiba expressément le transport d'étoffes de laine d'une colonie où elles auraient été fabriquées, dans une autre, comme aussi d'exporicr dans un pays étranger aucune laine coloniale fabriquée ou non.

Le commerce d'esclaves noirs, monopolisé dans les mains d'une compagnie anglaise dite Compagnie royale africaine, devint une branche d'alTaires si étendue, qu'elle admit plus (ard un grand nombre de personnes à la participation de ses avantages commerciaux. Ce fut un intérêt anglais de premier ordre qui s'appuya sur la politique : aussi, le traité de paix d'Utrecht de 1713, contenait une disposition spéciale aux termes de laquelle, l'Espagne accordait à la Grande-Bretagne exclusivement, le privilège de fournir d'esclaves ses colonies. Le marché des provinces anglaises était abandonné à ce monopole qui le stimulait incessamment ; et quand les côlons commencèrent à redouter l'invasion d'une si grande population noire, et voulurent l'arrêter en frappant de taxes celte nature d'importation, l'Angleterre annula ces mesures restrictives et prohibitives, comme portant un grand préjudice à son commerce,

Mais les préoccupations des colons se portaient avec non moins de sotlicifude sur une autre nature d'individus que l'Angleterre imposait a ses possessions d'Amérique. Cette nation avait résolu d'expulser de son sein tous les criminels que renfermaient ses prisons, et elle imagina de conclure des traités avec des armateurs pour la Iransporlation et la vente de ces malfaiteurs dans ses colonies. Celte résolution fut en effet mise à exécution comme on l'a vu en Maryland et en Virginie notamment, malgré les pressantes réclamations des habitants qui ne voulaient infuser dans leurs veines que du sang irréprochable. Mais ces protestations comme beaucoup

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400 RAPPORTS DBS COLONIES AVEC l'AKClETERRE. d'âulres restèrent sans effet. 11 semblait qu'on voulût humilier les colonies, en altèrent les sources de leur population ; et pour le leur mieux faire sentir, on appelait leurs habitants des descendants de eonvtctt. L'outrage, on le voit, se mêlait assez bien à l'oppression gou\-ernementale et fiscale.

Les ressources des colonies ne recevant pas d'accroisse-' ment en proportion des charges qu'elles' s'imposaient pour diverses causes, elles avisèrent au moyen d'y pourvoir au moyende billets de crédit dont l'importance relative était trës-inègale, et dont lâ valeur de circulation était sujette à beaucoup de fluctuations. Ce fait qui semble au premier abord, ne concerner que )es colonies elles-mêmes , avait un contre^coup immédiat en Angleterre, à causé du moiiopole commercial réservé à cette puissance, et de la nécessité où se trouvait le cohfimerce de payer avec la monnaie du pays. Les émissions se multiplièrent, et lés valeurs qu'avaient reçues les marchands anglais se dépréciant par lé fait de leurs débiteurs, des plaintes nombreuses arrivèrent au Comité du commerce qui, après examen, fit adopter par le roi et le Parlement une mesure dont l'objet élait de déterminer la valeur légale de ces billets et de la monnaie espagnole dont ils étaient la représentation. Mais on ne réussit qu'à jeter un peu plus de confusion dans les transactions : force fut de laisser l'intérêt privé régler lui-même des malièi'es qui, de leur nature, échappent à la législation (1704-1707).

On a vu qu'un billde 1699 contenait de graves restrictions h l'exportation des iQincs fabriquées en Amérique, mais les chapeaux n'y étaientpasnommément désignés. Les chapeliers anglais, remarquant le grand succès de cette fabrication dans quelques colonies du Nord, obtinrent aisément l'extension . d^ termes du bill à cette branche d'affaires ; et pour mieux assurer l'exécution de cette protection, défense fut faïle à font chapelier américain, d'employer plus de deux ouvriers à lafois(n32).

UEECRES FISCALES. 407

■ Avant de parler d'envahissements de plus en plus odieux, disons que le Comité du commerce était descendu de la position élevée qu'on lui avait faite d'abord, et qu'il devint dès 1714, une simple dépendance du ministère d'État appelé alors département dit Sud. Il fut réduit au râle de bureau d'enquête et d'information destiné à éclairer le Parlement dans ses rapports avec les colonies.

La Nouvelle-Angleterre qui é!ail généralement moins favorisée que le Sud comme climat et comme fertilité du sol, n'avait guère de ressources que dans la marine et l'industrie. La première était déjù bien atleinto par les mesures que je viens d'exposer; restait la deuxième que l'intelligence des habitants cherclmit h féconder dans diverses diredions. Newport notamment, s'était livré à la fabrication du rhum avec des mélasses que lui fournissait la France; mais l'Angleterre, voyant dans ce fait une concurrence redoutable pour ses colonies des Antilles, voulut y mettre un terme, et en 1733 le Parlement par un nouveau bill, établit des taxes assez élevées sur le sucre, les mélasses et le rhum importés des Indes occidentales françaises ou hollandaises. Bbode-Island se sentait rudement frappé, il protesta en soulenanl qu'on portail atteinte aux privilèges qu'il tenait de sa charte; il né fut point écouté. New-York réclama de son côté, en disant qu'on fermait ses meilleurs débouchés, car comment pouvait-il continuer à commercer avec les colonies étrangères, si par des taxes élevées, on empêchait celles-ci de payer avec leurs propres produits les exportations d'Amérique ? Ils ajoutaient que les colons étant tous sujets dii roi d'Angleterre, et n'étant point représentés dans le Parlement, aucune taxe ne pouvait valablement leur être imposée tant qu'ils n'étaient point admis légalement à faire valoir leurs droits. Mais ces raisons qui, au point de vue de la conslilulion angKiise, étaient indiscutables, venaient se briser aux pieJs de l'insatiable marchand d' .Angleterre. Celte nouvelle exaction produisit un ré-

403 «APPORTS DES COLONIES AVEC LASCLETERRE. sultat lout différent de eelui qu'on s'en promeltail : la contrebande se iit sur une très-grande échelle, et déjoua toutes les précautions prises contre cette industrie. Les mélasses arrivùreiiten abondance, et les taxes payées furent insignifiantes.

L'industi'ie du fer élait trop étendue pour ne pas soHîciter à son tour, une protection efUcace. Elle lui fut accordée en 1750, par un bill qui proliibait absolument l'érection d'aucune forge et d'aucun haut fourneau dans les colonies pour le ti'aitcment soit du fui' soil de l'acier.

A d'autres ^rds encore, le Parlement voulait tenir toutes les colonies en lulellc : ainsi l'administration des postes d'Angleterre s'étendit à l'Amérique, et ce furentdes agents anglais auxquels on remit ce service important (1710). Il régla d'une manière uniforme les conditions de la naturalisation (1740), et il intervint de nouveau pour réglementer le système de circulation monétaire, et arrêter les trop grandes émissions de papier-! monnaie auxquelles s'abandonnaient un peu trop facilement peut-être, presque toutes les colonies (1740-1751).

Jusque-là, les taxes établies semblaient trouver leur explication dans la nécessité de protéger le commerce de la métropole par des droits différentiels, lorsque la prohibition n'était point jugée nécessaire. Cette charge était très-lourde, toutefois un long usage y avait façonné le peuple, et la contrebande ainsi que d'auti-es moyens évasifs l'avaient rendue supportable. On allait entrer maintenant dans un autre ordre d'idées qui devait aggraver la situation de manière à la rendre intolérable.

Mais avant d'aller plus loin, disons quelques mots des rapports d'affaires existants entre les colonies et l'Angleterre, et dont le profit principal revenait à cette puissance en vcilu des privilèges commerciaux qu'elle s'était arrogés. En voici le résumé tel que le donne un auteur américain d'après des documents officiels pour l'année 1770, un peu avant la révolution américaine.

COMMERCE AVEC L'ANGLETERRE. Mfl

D'après ces données, le mouvement commercial se répartissait ainsi entre tes colonies :

ESPORTATIOSS DAKS LA GlUNDE-DRBTAfiHE

de la Nouvelle-Anglelcrre pour. . . 148,011 lîv. st.

de New-York 09,882 ■

de la Pcnsylvanie . , . 28,109

delaVirçinie et duMaryland. . . . 455,094

des deux Carolines 278,097

de la Géorgie 55,552

Total 1,014,725 liv. st.

ou 25,568,125 francs environ.

nirO^TATlONS DE U GRAKDB-BRETACSE.

pour la Nouvelle-Angleterre 394,451 liv. st.

New-York 475,991

Pensylvanie 1 34,881

Virginie et Maryland 717,782

les deux Carolines 146,272

Géorgie 56,193

Total l,925,570]iv.st.'

ou 48,139,250 francs environ.

En comparant ces échanges, on trouve que la balance en faveur de la Grande-Brelagne était pour cette seule année, de 22,771 ,125 francs, somme considérable si l'on se reporte à l'époque et BU chiffre de la population qui ne s'élevait pas alors à trois millions.

Ce tableau fait encore ressortir un fait essentiel, e'est-à-

• Bildretl), S' roi , p. 559.

D.nt.zedbïG00g[c

416 RAPPORTS DSS -.OLONIES AVEC L-ANCLETEHRE. dire qu'alors comme aujourd'hui, la majeure partie des eïportations d'Amérique, était fournie par les colonies du Sud dont l'Europe se disputait les riches produits. Mais depuis la déchéance de l'Angleterre, cd commerce est échu aux Étals du Nord principalement, qui y ont trouvé de grands éléments de fortune.

Abordons maintenant les nouveaux moyens d'extoraon imaginés parl'Angleteiire pour ouvrir des sources plus abondantes de profit aux dépens de ses colonies.

(^tle puissance pliait sous le poids d'une lourde dette occasionnée notamment par ses guerres avec la Frnnce. Son aristocratie trouvait juste de rejeter une partie de ce fardeau sur les colonies qui, disait-on, avaient retiré tout l'avantage du succès des luttes dont l'Amérique avait été le théâtre. C'était se méprendre gravement sur la situation : les colons avaient contribué largement en hommes et en subsides à ces guerres, et ménne une partie de leurs embarras pécuniaires n'avaient point d'autre cause. Mais l'Angleterre ne condescendit jamais à discuter raisonnablement les arguments de ses sujets d'outre-mer, et elle donna suite à l'idée d'imposer les Provinces, non plus seulement dans un but de protection commerciale, mais pour enrichir purement et simplement le trésor anglais. Cependant des débats s'ouvrirent dans le Parlement, et un certain nombre de bons esprits doutaient pour le moins, de la justice et de l'opportunité de cette politique; mais ils étaient en minorité et ne purent rien empêcher. Dana une séance de la session de 1764, là chambre des Communes, comme préliminaire, déclara en termes généraux le droit qu'avait le Parlement de taxer les colonies, et elle recommanda la présentation du projet de loi du timbre dont il avait déjà été question.

Bientôt après, vint l'acte appelé Sujor dCt qui, féduisant d'un cinquième le droit sur les mélasses et le sucre étrangers importés dans les colonies, frappait des impôts nouveaux

«CSUBBS FISCALES. 411

sur différenls aiUcIes de même provenance, surtout sur le Ter et le bois. Par la réduclton des t axes sur les mélasses et le sucre étrangers on espérait décourager la contrebande, mais on n'obtint que des résullats à peu près négatifs, tandis que par le nouveau bitl on paralysait d'autres industries.

Le principe était posé, il ne restait qu'à lui faire produire les recettes les plus lucratives. Dis mois après, le Parlement soumettait à la taxe du timbre tous papiers d'affaires, même tous certificats, ainsi que tous les journaux dont il serait fait usage dzm lescolonies. On agrandit en même temps la juridiclion des cours d'amirauté, aux dépens de celle des tribunaux oi'dinaires qui siégeaient avec jurés, et l'on mit à la charge des colons le logement et la subsistance des troupes anglaises qui séjourneraient parmi eux (1765).

De toutes ces mesures, l'acte du timbre fut celui qui pro-. voqua davantage l'indignation. A Boston surtout, on prêcha la résistance; l'émeute fut en permanence. Elle s'abandonna à des actes coupables, et Hutchinson le gouverneur du Massachusetts, ainsi que sa famille, ne durent leur salut qu'à une fuite précipitée. C'est dans ces désordres que périrent des papiers foit utiles, réunis à grand'peine par Hutchinson pour écnrc l'histoire de la Nouvelle-Angleterre, et qui ont laissé des lacunes dans l'ouvrage trés-estimè qu'il a consacré à ce pays, ouvrage dont je me suis aidé plus d'une fois en parlant de ce groupe de colonies.

Des scènes analogues se passèrent à New-York, et l'on n'y fut pas sans inquiétude sur toutes les conséquences de ce mouvement qui n'était dirigé que par des hommes du peuple. Les gens graves se demandaient si, par ces scènes de violence, on ne nuisait pas à la cause qu'on voulait servir. Aucune colonie n'entendait encore se séparer de la métropole, et l'on ne pouvait que l'irriter par cet emploi de la force brutale qui ri'jHignail aux mœui's parlementaires d'Angleterre.

4iî HAPPOllTS DES COLONIES AVEC r/ANGLETERRE.

Toutes les provinces éprouvant à la fois le même mouvement d'indignation, témoignèrent d'une manière plus ou moins ouverte leur volonté de résister à cette tyrannie. Une société dont l'objet était principalement l'opposition à l'acte du timbre, s'organisa sous la dénomination des FUs de la liberté. Elle gagna beaucoup d'adbérents non point dans les classes élevées, mais parmi les jeiines gens dont l'ardeur, le besoin d'excitation, et aussi un sentiment généreux en faisaient d'utiles auxiliaires. Leur rûle semblait être d'intimider les employés du fisc et de les pousser à une démission. Les timbres qui arrivaient d'Europe, ou bien restaient dans leurs enveloppes ou étaient saisis et brûlés; quelques législatures n'hésitèrent pas à déclarer le Stamp act inconstitutionnel et subversif de tous leurs droits les plus cliers ; enfin des meetings se tinrent de divers côtés pour faire une démonstration qui pût impressionner l'Angleterre (1765).

C'est alors qu'eut lieu la proposition d'un congrès de représentants de toutes les colonies, démarche de la plus grande gravité, car elle établissait entre elles une solidarité de vues et d'intérêts que l'Angleterre redoutait et qui ne s'était jamais manifestée antérieurement. 'Ce congrès se tint eneclivemenl en i 765 : toutes les provinces n'y furent point représentées, mais le consentement tacite des absents était acquis à l'avance. L'œuvre principale de cette assemblée fut une déclaration des droits et libertés réclamés au nom de tous et qui peut se résumer ainsi :

Reconnaissance aux colons de tous les droits et de toutes les libertés garantis aui Anglais nés dans la Grande Bretagne, et spécialement du privilège de se taxer eux-mêmes, et de n'avoir d'autres juges que des jurés de leur propre pays. Enlin, rappel des divers bills rendus par le Parlement, et qui étaient contraires à ces droits. 11 n'est nullement question dans cet acte d'une déclaration d'indépendance. On espérait encore, le plus grand nombre au moins, conjurer celte exlré-

DotzecbïGoOglc

UBSURFIS FISCALES. 41Ô

mité qui compoHait beaucoup d'inconnu et exposait le pap â de bien grands sacrifices.

Celte déclaration de droits n'était qu'une démonstration insuffisante pour changer les idées de l'Angleterre : on le comprit bien, et le sentiment public chercha à se produire d'une manière très-expressive, en s'attaquant aux intérêts même dont la cupidité élait frappée d'aveuglement. Un comité s'organisa à New-York pour aviser, et il en sortit une résolulion dont l'objet était de recommander à tous les citoyens de ne plus importer de marchandises anglaises, et d'encourager les manufactures des colonies par tous les moyens, dût-on se priver de manger du mouton et de l'agneau pour se ménager la laine nécessaire à la fabrication. Cette détermination fut. communiquée à toutes les autres provinces et acceptée avec plaisir, quoique partout l'on n'observât point exactement l'abstention recommandée. Malgré ces défaillances intéressées qu'on rencontre à foules les époques, surtout chez les peuples commerçants, ce mot d'ordre fut mainlenu, et on le répéta assez souvent pour le faire passer de plus en plus dans les habitudes.

Cependant la loi du timbre réclamait son exécution, et il élait difficile d'y échapper tolalemeni, malgré tous les détours employés pour esquiver ses rigueurs. Mais les résultats médiocres qu'elle donnait en dévoilaient le vice principal. L'intimidation avail provoqué la démission de beaucoup d'ogenis chargés de la perception, et les magistrats locaux refusant de prêter main>forte â la loi, elle tombait dans le discrédit et ne répondait plus au but qui lui avait donné naissance. D'un autre côté, les marchands anglais qui en recevaient le contre-coup sans jamais avoir pu en recueillir aucun avantage, en réclamèrent eux-mêmes le rappel. La Chambre des communes fut enfin saisie de ce grave sujet, et elle le traita avec toute la maturité qu'il comportait. Pilt et Burlie dont les idées étaient favorables à la cause des colonies, se distingue-

on tzedbyGooglc

ÀM nAPrORTS DES COLONIES AVEC L'AKGIETERRE. ront par l'exposilion des vrais principes et par une vigueur d'argumenlation très-remarquable. Benjamin Franklin qui èlait alors à Londres, fut appelé à la barre pour rendre témoignage de SCS idées sur les circonstances qui occupaient celle assembliie. Inlerpellé d'exprimer son opinion, il répondit d'une manière très-nette, que jamais les colonies ne se soumettraient soit à l'acte du timbre, soit à fous autres de même nature, quoiqu'elles fussent disposées à obéir aux mesures dont le seul objet serait d'établir une balance de commerce en faveur de l'Angleterre. Après des discussions approfondies, le bill de rappel de l'acte du timbre ayant clé soumis au yelc, triompha de toutes les résistances : il passa aux Communes, à une majorité de 275 voix contre 167. Battu sur ce point, le ministère chercha à se relever de sa défaite en faisant passer un autre acte destiné à affirmer plus que jamais le droit du Parlement « d'assujettir les colonies à ses lois dans toutes les circonstances (1766). » On ne faisait donc que céder à l'empire d'une nécessité, mais la prérogative déniée par les colons était affirmée de nouveau. Le débat restait le même : il n'y avait qu'une trêve.

Les Province n'acceptèrent pas moins avec joie ce rappel, comme le gage d'un meilleur avenir. On chercha à elTacer les traces du passé, et des indemnités furent accordées aux citoyens qui avaient souffert par suite des désordres des dernières émeutes. La Virginie vola une statue au roi; New- York en ordonna une pour le roi et une autre pour Pilt. Le Maryland lit le même hommage mais à Pitt seul. Les autres colonies ne poussèrent point jusque-là les démonstrations, soit par tiédeur, soit par appréhension de nouvelles calamités.

Cette joie intempestive ne fut pas de longue durée : le Parlement, en vertu de l'omnipotence qu'il s'attribuait, fît ea 1 767, un pas de plus dans la voie des empiétements fiscaui. Il créa une taxe sur l'importation dans les colonies, du thé et

IIKSUIttS KfSCVLCS. 415

de quelques autres marchandises, avec aiTeclation spéciale pour l'enlretieii des troupes anglaises, et pour assurer des traitemenls permanents aux gomerneurset aux juges royaux. [1 alla plus loin encore : il prononça la suspension de lu législature de New-York, jusqu'à ce qu'elle eût fait acte d'obéissance au bill qui mettait les troupes européennes à la charge des colonies où elles étaient en garnison.

Les nouveaux actes parlementaires devaient ouvrir les yeux de tous sur la politique opiniâtre de l'Angleterre, et bientôt les idées jusque-lii disposëes^à des distinctions plutôt subtiles qu'autrement, allaient embrasser un champ plus vaste où les accommodements n'auraient plus guère chance de succès. Les résistances s'organisèrent de nouveau sur un plan tK'Svastc : elles prirent de telles proportions dans le Massaclnisetts, qu'on fil entrer dans la ville les troupes royales qui tenaient garnison à quelque dislance. La population de Boston crut qu'on la bravait, sa fierté s'en révolta. Un comité s'organisa pour aviser aux mesures à prendre; et au refus du gouverneur, il convoqua une convention de tout le peuple du Massachusetts, en l'appelant aux armes sous prétexte d'une guerre avec la France. Mais celte réunion ne répondit point aux vœux des cliers du mouvement, car elle se borna à voter une pétition au roi (1768).

Le mécontentement qui se faisait jour partout à la fois ne parut pas changer les idées du Parlement, car l'année suivante c'esL-à-dire en 1769, il ordonna que tous les actes de trahison quelque part qu'ils aient été commis, en Amérique ou ailleurs, seraient portés devant les cours de justice d'Angleterre (1769). Précédemment on n'avait touché qu'à la fortune des colons, maintenant on voulait disposer même de leur existence. La mesure paraissait comble, le joug n'était plus supportable. Maïs à quel parti s'arrêter? Le recours aux armes étant un moyen suprême, il ne fallait pas y recourir inconsidérément ; du moins tel était l'avis de Washington qui

DotzecbïGoOgfc

416 RAPI'OnTS DES COLONIES AVEC L'AXCLETtBr.E. connaissait bien l'état des esprits, et ne se dissimulait point les câtés faibles de la situation.

Le sentiment du droit était le même clicz tous, mais les idées étaient différenles quant aux moyens de le faire prévaloir. En fait de révolution, la division ne se produit souvent qu'après le succès : ici au contraire, ellj le [u^céda. Lu pays était alors partagé en deux grands partis qu'on qualifia , de Wliigs et de Tories, appellations empruntées à l'.Angletcrre. Les partisans de cette puissance, à peu près sans restrictions, étaient stigmatisés de la qualitication de Tories. Ceux au contraire qui s'opposaient fermement au droit réclamé par le Parlement de taxer les colonies, s'appelaient Wh^3. Puis, venait un tiers parti qui croyait possibles les transactions et voulait s'avancer assez loin dans les voies pacifiques. Enfin en dehors du mouvement régulier, se trouvaient l'association des Enfants de la liberté, et les gens assez nombreux qui étaient prêts à mettre partout le désordre dans l'espoir d'en tii'er avantage. 11 y avait des Tories au Nord comme au Sud, mais dans le Sud, en plus grand nombre qu'ailleurs. Les hommes d'action peu disciplinés se rencontraient des deux eûtes, carsiauNord, les Enfunts delà liberté étaient nombreux, nous avons vu que les Régulateurs .hq manquaient pas dans les Carolines. Mais les uns et les autres, bons pour le champ de bataille, présentaient des dangers de plus d'une sorte dans une situation expectante. ■ La fermeté déployée par les colons dans la revendication de leurs droits méconnus, et la persistance dans leurs résolutions de ne plus employer de marchandises anglaises, appelèrent la sérieuse attention du commerce de la métropole, qui ne pouvail voir d'un œil indifférent un débouché si fructueux complètement fermé. Ce furent des Anglais encore une fois qui plaidèrent la cause des colonies, non pas d'une manière désintéressée, mais en vue d'avantages récipropres qu'on ne pouvait méconnaître. Un cliangement de ministère favorisa la

CONGRES COfiTIKKNTAL. «7

réalisation de celle pensée, et en 1770, le Parlement se décida' à rapporter tous les actes qui portaient ombrage aux colons, à la seule exception de ceux qui frappaient d'une taxe plus ou moins onéreuse l'importa tien du thé et du sucre. Cette apparente concession qui maintenait toujours le principe contesté ne pouvait satisfaire personne : loin dfi là, ce fut un nouvel aliment donné au mécontentement général. Boston prit l'initialive d'une adresse par laquelle les autres provinces étaient invitées à établir des comités de correspondance afin de se rapprocher davantage les unes des autres, et de mieux défendre leurs intérêts communs. Toutes ayant le pressentiment des circonstances graves dont elles étaient menacées, entrèrent dans cette voie, mais ce n'est qu'en 1773 seulement, c'est-à-dire presque un an après l'avis qu'en avait donné Franklin, qu'on se résolut à un congrès. La première réunion des membres qui le composèrent eut lieu à Philadelphie le-3 septembre 1774. Ce fut le début de la révolution américaine, dans les annales de laquelle il est connu sous la dénomination de Congrès continental '-.

Bien pénétré de la gravité de la situation, cette assemblée dessina nettement son rôle, en faisant la part de l'Angleterre, sans compromettre les intérêts confiés à sa défense. Elle débuta par faire une déclaration solennelle des droits et privilèges réclamés par les colons en tant que sujets anglais. Puis, vinrent successivement une pétition au roi, une adresse au peuple de la Grande-Bretagne, un mémoire explicatif pour les habitants de l'Amérique anglaise, une lettre au peuple du Canada, etc. On tomba d'accord sur la réprobation à infliger au commerce d'esclaves, et un délai Irès-rapp roche fut fixé pour la prohibition complète de toute imporlation de cette nature de population. Par cette disposition, le Congrès intéressait le monde à sa cause ; cependant il ne prononçait pas

» Toutes les colonies y furent repréientéfis, eicepté la Géoi^ie.

DotzecliïGoOgIc

418 RAPPORTS DES COLONIES AVEC L'ANGLETERRE, l'abolition de l'esclavage lui-même ; point beaucoup plus important que le trafic. C'est qu'en réalité, on ne voulait pas eneore attaquer le mal dans sa racine ; je dirai plus, le (Ingres s'engageait à plus qu'il ne pouvait obtenir, car j'ai montré dans mon livre sur l'esclavage, qu'après la révolution, on se consentit à la cessation oflicielle de ce commerce que pour l'année 1808 ; et hier encore, il bravait la loi impunément pour le plus grand profit de la. Nouvelle-Ânglelerre et de New-York.

Tous les membres présents au Congrès signèrent aussi ud accord par lequel ils s'engagaient pour eux et pour ceux qu'ils représentaient, à ne faire aucun commerce soit d'exportation soitd'importatitta ayec l'Angleterre. En même temps on stimulait Tesprit d'industrie, pour mieux échapper au tribut qu'on payait si largement à cette puissance.

Tous leurs travaux étant lerpiiBéB , les cinquante-cinq membres qui fornsaieat le Congrès .se. séparèrent le 26 octobre 1774, biMi résolus dirent-ils 8lors,,à,triomphw ou à périr avec les libertés aniéricaines '.

On se rendra compte aisément de la maturité des délibérationsde cette grave assemblée lorsque je citerai des noms tels que ceux de Samuel et John Adams, John jay, John Dickinsoo, George Washington, Patrick H§nry, Richard et Henry Lee, et Butledge delà Caroline du Sud. Tous ne voyaient pas les choses au même point de vue, et n'étaient pas impressionnés de la même manière, car tandis que Washington et Lee se perr suadaimit que cette démoi^stration suflirait pour ouvrir les yeux de l'Angleterre, d'autres, tels que Patrick Henry et les deux Adams étaient fermement convaincus que la force seule pounnut trancher les dinicultës. Mais très-bons patriotes les nos comme les autres, ils étaient tous décidés h faire lace aux circonstances quelles qu'elles fussent, même au péril de leur

' PitkiDs imery, ofAe United State», 9. 563.

PREPARATION A L'11«DÉPENDANCE. 4t9

yie. Celaient les beaux jours du patriotisme pur, désintéressé; il ne. pouvait être plus noblement représenté I

TcHiles les colonies accueiUirent avec faveur et avec emp ressèment le résultat des. délibérations du Congrès. Deux cependant firent tache dans cet ensemble ^ )a Géorgie et Ney/- York. L'une était bien jeune et l^ien faible encore. L'autre au contraire déjà puissante par son comuierce, manquait de résolution au moment du danger: sa législature très-virement sollicitée d'approuver les résolutions prises, eut la liiWesse de répudier cette œuvre remarquable. Laissons-la à son repentir ; mais rappelons avec plaisir, que son représentant John Jay était Français d'origine, et l'un des homme» les plus éininents. Au r^&que d'être désavoué, il contribua à l'adoption des résolutions prises, bien persuadé qu'en partageant l'iivis et les sentiments de George Washington, il ne s'é- (Urlait point des sentiers de Thonneuret du devoir I Ajoutons ppur être juste, que New-yoï'k revint plus lard de cette premiers méprise et que par son dévouement à la cause générale, il effaça un moment d'erreur par des années de patriolisnw.

Lorsqu'un peuple est tenu trop longtemps dans l'attitude de la résistance et qu'il a un sincère amour de l'indépendance,' il ne larde pas à ipùrir pour une révolution, surtout lorsque ses intérêts de toute nature sont incessamment menacés. Créer une nalionalilé a toujours beaucoup de prestige, car cela suppose l'ai%anth)ssementd'un joug, et chacun des hommes qui y concoarenl, s'élève à ses propres yeux en proportion de I.t grandeur de l'œuvre accomplie. Les colons, je devrais déjà dire les Américains, comprenaient mieux chaque jour, le but à atteindre, et beaucoup d'entre eux espéraient quelque occasion favorable qui trancherait nettement la position, de manière à rendre tout arrangement impossible. Certaines mesures de précaution militaire prises par le gouverneurduMassachusetls, ayant donné l'éveil sur quelque danger probable, le Congrès de cette province se réunit de lui-même, et organisa une

430 BAPPÛRTS DES COLONIES àTEC L'ANGLETERRE, milice nombreuse dont le quarl composé des hommes les plus vigoureux devait se tenir prêt à l'action, au premier signal. On installa en outre, un comité de sûreté sous la direclion duquel celte force fut placée. Les mêmes appréhensions gagnèrent les autres colonies qui toutes furent bientôt mises sur un pied de défense respectable. -

Que faisait l'Angielerre dans ces conjonctures? Bien loin de rien céder du terrain qu'elle avait usurpé, elle refusa d'écouter la pétition du Congrès au roi, el déclara en état de rébellion foutes les colonies sauf New- York, la Caroline du Nord et )a Géorgie, et ordonna que des mesures fussent prises pour comprimer ces désordres (1775).

Le Parlement était bien mal informé de l'état des esprits dans la Caroline du Nord, lorsqu'il lui épargnait les foudres de sa colère, car ce fut elle qui la première, secoua le joug de la mère patrie. En effet, une Convention convoquée dans cette province et réunie pour aviser sur la gravité des circonstances, prononça te 20 mai 1775, l'indépendance pure et simple de l'Amérique, en déclarant traître au pays quiconque soutiendrait d'aucune manière les prétendus droits réclamés par la Grande-Bretagne sur r.4mérique. Ce manifeste est connu dans l'histoire sous le nom de déclaration de Mecklembotirg, du nom du comté où se tint cette Convention .

Ce fait grave prit beaucoup d'esprits par surprise, car quoique la phalange des hommes d'action se grossit h l'approche du danger, elle ne comptait point encore dans ses rangs tes citoyens qui, malgré leur patriotisme, voulaient épuiser jusqu'au bout toutesles formes possibles d'accommodement, pour donner au soulèvement plus d'importance et de solennité, et pour mieux assurer le succès. Mais l'Angleterre, par son attitude hautaine et despotique, hâta la fusion des esprits, et le Congrès qui s'assembla un an après, prononça d'une manière déiinitive l'indépendance des colonies par sa déclaration célèbre du 4 juillet 1776.

INDl^PËNDANCIi;. 431

Cet acte mémorable ne \int qu'à la suite de rencontres sanglantes, prélude de cette guerre acharnée qui détruisit pour toujours la domination anglaise. Je n'entrerai dans aucun détail sur cette phase nouvelle que je n'ai point entrepris de décrire. Je me suis borné à indiquer le succès, par anticipation, à titre d'hommage rendu à un noble patrioslismc, à un courage digne d'exemple, et à une cause légitime au soutien de laquelle la France voulut prendre part, en mêlant le sang de ses enfants h ceux de tant de braves qui périrent en voulant conquérir une patrie.

ESAMES COSPABATEP DES COLOHIES ET RÉSULTAT DL LEUR EXPÉRIENCE POLITIQUE

Pour bien apprécier le mouvement général des sociétés éparses qui ont fondé les colonies anglaises et forment aujourd'hui un faisceau, sous le nom d'Etats-Unis, il convient de rapprocher leijrs institutions et d'en déterminer la valeur relative, c'est ce que je vais essayer.

Mais avant toutes choses, rappelons deux faits qu'il ne faut pas perdre de vue : d'abord , c'est la race anglo-saxonne qui a partout dominé comme nombre et comme intluence dans chaque colonie ; cela est remarquable surtout pour la Nouvelle-Angleterre où il ne s'est mêlé presque aucun élément étranger.

Puis, c'est la persécution protestante d'Angleterre qui a contribué flour la plus grande part au peuplement des colonies, et non l'intolérance catholique dont les victimes n'ont jamais été que dans un étal de grande minorité, partout où elles se sont établies sur ce continent.

«K EXAIEN COHPABATIF SES COLONIES.

Ces bases posées, disons que dans presque toutes les colonies, l'État fut inféodé à VÉglise, au grand dommage des ha- Jftttanls, car là se trouvait la première atteinte aux libertés ^i leur étaient promises. Quatre d'entre elles, lo Maryland, Rhode-Island, New-Jersey-Ouest et la Pensylvanie annoncèrent par èiceptioi), qu'elles entendaient séparer l'État de l*%tise, en laissant à chacun pleine liberté de conacienee. Mate qu'arriva- t-i\? Toutes, moins le Maryland catholique, désertèrent plus ou moins-ce principe généreux.- Bhode'Islaftd pendant un temps, priva les catholiques des fïahchises politiques. La Pensylvanie les toléra à peine pendant la première période de son histoire, et elle se montra non moins intolérante envers George Eeith qui fît schisme dans la secte des Quakers. Quant au New-Jersey-Ouest, plus franc que ces deux colonies, il inséra dans ses lois, après la révolution de 1688, une disposition qui privait les catholiques de toute participation aux droits politiques. Relativement au Maryland, tant que les fondateurs y dominèrent, le principe de la liberté religieuse y fut scrupuleusement respecté, de l'aveu de tous tes historiens protestants américains et anglais. Ce n'est 'qu'après leur d^héance, que l'intolérauce régna là comme ailleurs. -

Mais les sectes ne pesaient pas toutes d'unméme poids sur le gouvernement politiq'Ue : dans Bhode-lsland où l'on pouvait pratiquer tous les cultes et même n'avoir aucmne croyaooe, il n'y eut guère,d'atleinte aux droits politiques pour cause de religion, qu'envers les catholiques. Il en fut de même dans le New*Jer8ey-0uest qui tolérait d'ailleurs les autres cultes chrétiens. Dans la Pensylvanie et le Maryland, il fallait croire à Dieu et à la Trinité pour jouir des droits de citoyen. Partout ailleurs, il y avait des religions d'État plus ou moins tyranniques : dans la colonie de New-York, dans les Carolines el la Géorgie, la secte épiscopale qui y était dominante, a'exduail pas les dissidents d'une participation active au gouverne-

on tzedbyGooglc

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