RACE ROUGE
CONSIDÉRATIONS GËNËRALE5 SUR L'ORIGINE DES IHDIENS ET LEUR APTITUDE A LA CIVILISATION
Alexandre de Humboldt a dit quelque part, que ta question générale de l'origine des habitants d'un continent était en dehors des limites prescrites à l'histoire, et que peut-être, ce n'était pas une question philosophique. Il m'est difficile de partager ce sentiment quand je me reporte à ta condition malheureuse infligée par les Européens aux Indiens du nouveau monde depuis la découverte. Partout où l'on trouve la trace de ceux-ci, au Nord comme au Sud, les mauvais traitements dont ils ont été l'objet, l'esclavage auquel on les a assujettis, les raisons qu'on en donne, tout se rapporte à leur origine supposée ; et cette origine elle-même qui continue à faire question, préjuge un autre problème : celui qui consiste à savoir si cette race est susceptible de civilisation. Je considère donc la question principale et celle subsidiaire comme étant d'un haut intérêt non pas seulement spécula-
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tîf, mais pratique, et méritanl d'être débattues de nouveau, ne fût-ce que pour les dégager d'arguments entièrement mensongers ou parasiles qui empêchent la marche des idées, el pour faire mieux ressortir ceus qui doivent rester debout et aider à la solution.
Je ne sache point de li\clie plus noble que celle d'aider à se relever toute une race d'Ifom|ineSi]ae les Européens ont partout écrasée en vertu de celte idée préconçue de son infériorité nalivc, et de son impuissance à s'élever à la civilisation. Si tels sont les arguments employés par les oppresseurs à titre de justification, la question d'origine n'est plus une affaire de choix, elle est imposée par les circonstances mêmes, et nécessite un sérieux examen. Une des graves difficultés d'un pareil sujet consiste à réunir des faits assez fidèlement recueillis, assez bien observés, pour servir de base solide aux conjectures et au raisonnement. Mais lel est le malheur de la situation, que tes matériîtiv.ne peuvent' s'obtenir qu'à l'aide de longs et coûteux voyages, et que le savant qui vit presque toujours sédentaire, est obligé de s'en remettre à d'autres; du soin de voir et d'observer ce qu'il lui imporlerait tant d'étudier par lui-même. C'est une triste nécessité que dèplorait-BofTon, et depuis loi, les choses n'ont point changé. Les philosophes et les savants ne sont pas plus voyageurs, et les voyageurs ne sont guère plus clairvoyants ou véridiques, Cest à ce fait continu qu'il faut attiibuer la production de tant d'assertions étrangesqu'on trouve dans les ouvrages d'hommes de grande valeur, dans ceuxdeBuffon lui-même, comme je le montrerai plus loin. A raison de la considération attachée à des noms honorés, ces élrangelés prennent delà consistance et deviennent, pour ainsi dire, des vérités indiscutables. Le respect des hommes, ne doit cependant pas nuire au respect de la vérité qui a des droits supérieurs ; et j'ajouterai, toujours avec Buffon, « que ce n'est qu'avec le temps que ces sortes d'erreurs peuvent se (-«rriger, c'est-à-dire lorsqu'un
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grand nombre de nouveaux témoignages viennent h détruire les premiers'. »
Je ne prétends point apporter de riouvelles lumières provenant d'études particulières faites par moi sur la race indienne, mais j'ai visité beaucoup, do tribus, et mon témoignage peut servir à confirmer les observations faites par des hommes contpétents. Je. signalerai surtout des documents officiels émanés du gouvernement américain, et qui i)e sont point des conjectures, mais des certitudes acquises. C'est là surtout qu'il faut puiser, car personne ne peut mieux çon-, naître les Indiens que le peuple qui, depuis plus de deux siècles el demi, vit avec eux dans des rapports immédiats el de chaque jour. L'étude que je vais faire servira donc de complément aux chapitres que j'ai consacrés aux Indiens dans l'histoire qui précède.
Deux questions sont à examiner : la première de savoir sii les Indiens d'Amérique conslituentje ne dirai pas une espèce, mais une race à part, sut generis, tout à fait distincte des autres,'ou si elle n'est qu'un débris d'une autre race, peut-êtremènie un mélange des races connues.
La deuxième consiste à rechercher si l'état sauvage des IndienÈ est primitif ou s'il ne serait pas la suite d'une décadence; puis, si cet état est remédiable; en un mot, si ces peuplades sont susceptibles de civilisation.
■Je vais examiner cfô deux points dans deux chapitres séparés.
• Variétés de l'espèce kumaixe, p. 216. Œuvres complitei, édition Duménil. t. IV.