N. SO
466 CONSIDÉRATIONS SUFl LES INDIENS.
vocabulaires. Mais il est une circonstance plus puissante encore que les autres peut-être, pour rendre . ces diffêrences plus tranchées : c'est l'état de guerre presque continuel des tribus entre elles. Parmi des peuplades où Ja ruse était la principale tactique, il devenait presque nécessaire d'adopter en bien des occasions, des mots nouveaux don( la signification et même l'arrangem^t ne pussent être compris de l'ennemi. N'est-œ point ce qni anive parfois chez les Européens eux-mêmes, lorsque craignant de voir une dépêche interceptée, on l'écrit en chiffres pour la rendre inintelligible à ceux qui auraient intérêt à surprendre un secret important?
Quant à l'uniformité du caractère polysynthétique du langage, indépendant des difTérences dans les vocabulaires, on peut dire que le génie d'une langue est très-persistant, même chez les peuples les plus civilisés dont les moeurs et les institutions sont sujettes à tant de métamorphoses et d'altérations. On en a un exemple chez les Égyptiens dont l'idiome avec son caractère primitif a survécu aux conquêtes du sol jusqu'à la doinination des Arabes. Le chinois est encore aujourd'hui ce qu'il était au temps de (lônfucius, malgré sa dissémination sur une immense contrée, et malgré son emploi par quatre cent millions d'habitants.
Cet instinct de conswvation des caracti^res essentiels da langage a dû être beaucoup plus tenace encore chez des peuples sauvages ou a demi-civilisés, dont les besoins étaient ctroonscrifs dans un cercle étroit et qui n'avaient aucune communication avec d'autres peuples, Chercher d'autres causés à ce phénomène curieux, serait s'exposer à raisonner dans le vide sans amener de résultat certain.
D'après ce qui vient d'être dit, les migrations des diverses tribus dans l'intérieur du pays ont eu pour elTet de fractionner et de modifier la langue originaire, sans altérer ses caractères fondamentaux et son génie propre. Klles ont eu aussi
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une Irés^afide infiuentie sur les moeurs et Ta dcsiriiée des Indiens. La vie errante est la plus contraire â la civilisnt ion, elle entretient des guéries perpétuelles, elle favorise et développe f^l siuvagç; et relire totitc foi au. lendemain. Mais comme ijans^ue société ainsi flottante il existe des inégalités de condition ^ui tiennent au climat, à la configuration des ter* ritoires,;&' mSh causes externes, il n'est pas sans intérêt de rechercher dans qvelle direction se sont faites ces migrofions, et quelles influences, certaines tribus ont pu exercer sur d'auh-es. ' • '
fonjeclures sur 11 marclie des migrations à l'ïnléi-ieui'.
Ici edoorë lont' est sujet au doute et aux conjectures. Nul Oé sait où s'est iWmê le premier centre de population iiidieitrïe, pas plus qu'on ne peut afflrmcr à quelle époque remontent '\eS grandes migrations qui ont eu lieu e'n'diveni sens sur. tout ce continent. J'emprunterai ce que j'ai à en dire aux auteurs américains les mieux autorisés, à ceux qui ont vu de près, et ont étudié les monuments pouvant jeler quelques Inmià^s sur ce sujet.
Je dirai d'abord quelques mots de la tradition qui peut, en une certaine mesure, aider aux recherches, sans prétendre' suppléer aux inductions à tirer des monuments eux-mêmes. Cèqu'f»! a dé plus complet sur ce point est le récit d'un frère raoïBVè, Jahii Heckewelder qui a vécu nombre d'années parrni' les Indiens dé la gratide foniitle dès Leni-Lenapes ou Délawares, et qui a recueilli de la bouche de leurs chefs, les particuhirités principales des vicissitudes de cette tribu, et quelques notions accessoires concernant les AUeghahis et lès CinqnalîonS.*. :
' 4ii acco'mt o( ihe hisCory of mtfitnen and cnstom of the Indian nations who once inhabited Pennsylvania, etc , hy R-v. John Ueckewetder. ;';■'.■'
Voici d'après le récit d'Heckewelder, quelle a été la marche des ancêtres des Leni-Lenapes ;
Il y a plusieurs siècles, ils résidaient bien loin à l'ouest du continent amérioaïn. lU se déterminèrent, on ne sait pourquoi, h émî^r i l'Est. Arrivés, après un très-long voyage, sur les bords du Mississipi, ils rencontrèrent en cel endroit les Mengwe ou Iroquois qui venaient aussi de fort loin. I.es Leni-Lenapes apprenant qu'il y avait sur l'autre rive de ce fleuve, une puissante uiition appelée les AUeghanis, qui possédait beaucoup de villes importantes situées sur l'Ohio et sur d'autres rivières, envoyèrent aux chefs de ce peuple un message dont l'objet était d'être autorisés à vivre sur leur terriloire. Celle demande fut rejetée : toutefois on leur permit de passer à travers le pays, pour aller chercher plus loin à l'Est, un endroit favorable où ils pourraient s'établir. Mais ë peine les Leni-Lenapes commençaient-ils à franchir le Mississipi, que les AUeghanis, voyant combien ils étaient nombreux, les attaquèrent et cherchèrent à les déiruire. Furieux de ce manque de foi, les Lenapes s'allièrent avec les Iroquois qui pouvaient craindre le même sort, et ils atfaquèrcnt à leur tour. Des guerres cruelles s'ensuivirent, et à la longue, les AUeghanis décimés abandonnèrent le pays et descendirent le Mississipi, pour ne plus revenir.
Les vainqueurs se partagèrent les possessions étendues des vaincus. La partie Nord dans le voisinage des lacs fut attribuée aux Iroquois. La partie Sud longeant l'Ohio revint aux Leni-Lenapes. Ces deux nations vécurent ainsi longtemps en bons voisins.
Cependant, avec la marche du temps, la tribu des Lenapes devint si nombreuse qu'elle chercha à se répandre. Le pays fut exploré, et des fragments de ce peuple s'avancèrent vers l'Atlantique; ils atteignirent la Susquehanna, la baie de Cheasapake et les rivières Delaware et Hudson. La moitié de la tribu se fixa dans cette région, tandis que l'autre partie
ne voulu! jamais traverser le Mississipi, dans la crainte de rencontrer l'ennemi. De cette manière, la nation des Leni- Lenapes se trouva divisée en trois établissemenls : ceux au delà du Mississipi, ceux qui restèrent sur l'Otiio, et les nouveaux énitgrants qui s'approchèrent de l'Atlantique. Ces der* niers multiplièrent beaucoup, et se fractionnèrent en trois parties dont deux se disséminèrent dans l'espace compris entre l'Hudson et le Potomac. Quant à la troisième appelée Jtfimt ou l^o//" fri^e, elle s'établit dans rinlérieur : à l'Est, jusqu'à l'Hudson; au Nord, jusqu'aux sources de la Delaware et de la Susquehanna; à l'Ouest, jusqu'au delà de celte dernière rivière. Ces trois tribus formèrent le principal corps de nation appelé les Delawares. De cette nation sortirent beaucoup d'autres branches qui émigrèrent dans différentes directions avec des dénominations distinctes, quoique chacune d'elles fut fière de se rattacher à la commune origine. Les Mohigans étaient de ce nombre, mais voulant vivre d'une vie qui leur fût propre, ils traversèrent l'Hudson ei se posèrent dans la Nouvelle- Angleterre.
Les Iroquois s'étendirent le long des lacs et furent ainsi tes voisins de celte branche des Delawares, Devenus jaloux de leurs anciens alliés, ils s'efforcèrent de jeter parmi eux la discorde; de là des guerres sanguinaires ave^ les Cherokees qui faisaient sans doute partied'un démembrement des Leni-Lenapes.
Pendant ces guerres, les Français firent une descente au Canada et expulsèrent les Iroquois au delà du fleuve Saint- Laurent. Ceux-ci s'en vengèrent sur les autres tribus dont ils triomphèrent aisément à l'aide de leur puissante confédération; c'est ainsi que dans un traité de paix, ils obtinrent des Leni-Lenapes qu'ils consentissent à se réduire au rôle de femmes : expression figurée signifiant soumission absolue. Ce sont ces traitements injurieux qui, beaucoup plus tard, auraient poussé les Lenapes ou Delawares à se liguer avec les Français contre les Anglais en 1756.
49« CaNSlDËRATiPNS SUIt LES INDIENS.
Le l'écit d'Hcekewelder pèche par. plusieurs côtés.. D'abord i) eet l'œuvre d'une seule tribu, puis il laisse en dehors de ia gi-ande tjiinilie indienne, nombre dé peuples qui ont tenu une grande place dans l'histoire, et dont il ne fait pas men* lion; enfin il tend à assigner aux , Leni-Lenapes ou Delawares un rang supérieur que rien ne parait confirmer. Heckef welder a accepté avec beaucoup de crédulité le témoignage des Dclawares, et il n'a pu le contrôler en le confrontant avec la tradition des autres nations qu'il n'a point visitées. Parr tout et toujours il rehausse sa tribu favorite aux dépens des autres, et ses assertions sont d'autant plus hasardées qu'elles arfectent un caractère de généralisation qui ne peut être vrai, puisqu'elles s'appliqueraient à des peuples dont il ne sait rien par lui-même. En un mot il a pris la légende d'une trifou pour l'histoire de toutes les peuplades. On a reproché à cet auteur d'avoir exagéré de beaucoup la louange des Indiens quand il en parle en fermes généraux, et de s'être aussi trompé sur les noms des tribus et sur les affinités de leurs dialecles. A l'époque où il écrivait, il. était déjà trés-âgé: sa bonhomie était grande, et son esprit manquait de la pers> picacilé qui dislingue le vrai du faux, ali milieu du chaos des informations qui luiélaienl fournies. Ce n'est donc qu'avec beaucoup de réserve qu'on peut recourir à son livredontona dit, qu'aucun ouvrage depuis un demi-sièole, n'avait répandu plus d'impressions erronées; jugement qui s'explique par l'influence qu'il aurait exercée sur l'esprit de Cooper lequel, en écrivant ses Mohicans, n'aurait fait que copier le frère Morave, sans prendre la peine de visiter lui-même les tribus qu'il prétendait décrire'.
Roger Williams fondateurde Rhode-Island, qui a longtemps vécu parmi les tribus de la Nouvelle-Angleterre, rapporte' que le Sud-Ouest était toujours le sujet des entretiens des
'.Nortk American review, vol. XXII, p. 67.
» Keij into ti»e Imguage of Iht h)dians> déjà cilé, - '
OBI«INfiS. jm
indiens. C'est là que se rapporiaienl loutés- leurs traditions. Là, disaient-ils, étaient les mâiies de leurs aïeux; c'est là qu'ils iront eux-mêmes après la mort ; de là leur viennent le blé et les autres productions servant à les faire vivre.
Les traditions des autres tribus sur le point de départ, sont •eonformes à celles dont parle Rt^èr Williams. Elles ne s'éloignent pas précisément du rédt restreint d'Heckewelder, -mais elles sont, de tout point, contraires à l'origine Scandinave qui ferait marcher ces peuples de l'Est à l'Ouest et au Siid, tandis que les eonjeclures admises en Amérique tendit à feire mouvoir les migrations vers l'Est et le Sud.
En laissai)! de cdté ta tradition, l'on peut trouver dans le "Cantoonement des langues, des indices qni viendront ta fortifier. Suivant M. Bancroft, partout en Amérique, on rcjnarqiie des signes de migrations dont les limites ne s'aperçoivent pasi et le mouvement parait avoir été vers l'Est et le ■Sud. Une des eirconslances qu'il rapporte a trait à l'inégale 'répartition des idiomes sur ce continent. Ce passage est assez ^curieux pour être transcrit :
« Le nombre des langues primitives, dit-il, va en s'aug-- -mentant, près du golfe du Mexique, et comme si une nation s'était précipitée sur une autre, il y a dans certaines parties {cane brakes) de l'État de Louisiane, plus de langues indépendantes qu'on n'en trouverait depuis l'Arkansas jusqu'au j)ôle. C'est ainsi qu'elles abondaient sur le plateau du Mexique qui était comme la grand'roule des tribus errantes. Sur la côte Ouest de rAmérique, on remarque plus de variétés de langues qu'à l'Est. Sur la côte de l'Atlantique au contraire, comme s'il fallait montrer qu'elle n'a jamais été un lieu de passage, une seule langue régnait du cap Fear au pays des Esquimaux, tandis qu'à l'Ouest, entre le 40' degré de latitude et ce dernier pays, on parlait au moins quatre à cinq langues B. L'honorable historien îyoute : « Les Californiens tiraient leur origine du Nord (détroit de Behring). Les Azteçks
47i CONSiDËRATIONS SUR LES INDIENS.
coDsefvaieiit la relation de leur origine septentrionale, opinion que confirmerait le choix fait par leurs ancêtres d'un pays montagneuï pour leur résidence'.
Sans vouloir nous appesantir sur l'origine des Californiens et des Aztecks, qui peut prêter à des conjectures diverses, le fait matériel concernant la localisation des langues n'en est pas moins digne d'une sérieuse considération ; et c'Est à coup sâr, un des bons éléments de conviction pour le difGcile problème des migrations à Tintérieur.
Dans cette marche vers l'inconnu, des peuplades de même parenté ont pu se séparer, et certains fragments rester trèséloignés les uns des autres , sans que ce fait contredise les conjectures sur l'origine primitive. C'est ainsi que Prichard suppose que les Cherokees ont été une branche de la famille des Iroquois, à cause de l'afiinité de leurs idiomes, afQnité que Gallatin et Barton ont aussi constatée, quoique d'une manière éloignée *. Et cependant lors de la découverte de cette partie de l'Amérique, Jes Cherokees étaient établis près du golfe du Mexique, tandis que les Iroquois ont toujours été connus dans le voisinage des grands lacs du Canada, et sur le Saint-Laurent ; ils se trouvaient donc aux deux extrémités des Élats-Unis. Comment concilier cette particularité, en supposant fondée la conjecture de Prichard, si ce n'est en admettant le fractionnement des tribus, et au moyen de migrations d'une région à l'aulre, et souvent en répandant la guerre dont les chances peuvent avoir refoulé au loin des tribus téméraires, qu'elles auront pour toujours éloignées de la souche-mère.
Des monticules et fortiticitions.
L'insuflîsance de toutes ces données pour la science a suggéré l'idée de consulter les monuments créés par les Indiens
' Bancroft, p. 503.
• Voir Morel, p. 476.
sur le sol américain, et répandus a profusion dans la vallée du Mississipi. Leur haute antiquité offrait à l'observateur plus de garanties sérieuses, et prêtait davantage aux généralisations. Ils pouvaient aussi dire si les Indiens de nos Jours étaient bien les descendants des fondateurs du pays. Malheureusement, ces témoins d'une époque fort éloignée, quoique vivement sollicités de nous raconter les péripéties des drames nombreux oîi ils ont joué parfois un rôle important, n'ont pu prononcer encore que quelques bégayemenis qui ont donné lieu h diverses interprétations peu concordantes.
Ces monuments sont de deux sortes : d'abord des monticules d*une hauteur inégale, et distribués plus ou moins symétriquement dans certains endroits, avec une destination qui n'est pas bien connue. Puis, des ouvrages retranchés, édifiée souvent sur des tertres choisis, servant sans doute k protéger toute une tribu contre un ennemi envahisseur.
A l'égard des monticules qui étaient fort nombreux, mais qui disparaissent chaque jour sous l'action destructive de la colonisation, le chiffre en a été beaucoup exagéré : on en voulait voir partfiut, même ces mouvements de terre qui ne pouvaient être que le résultat des révolutions du globe, et qu'on ne craignait pas d'attribuer aux Indiens. Sur ces conjectures, on a créé des hypothèses fantastiques auxquelles il n'y a pas lieu de s'arrêter depuis que de sérieuses investigations en ont fait jusfice. Parmi les monticules faits de main d'homme, il en est qui servaient incontestablement de lieu de sépulture, c'est ce qu'a démontré la section de beaucoup d'entre eux où se trouvaient de nombreux ossements. D'autres ne laissaient aucun vestige de leur destination. On a prétendu que dans plusieurs monticules, les ossements retrouvés ayant été soumis à l'examen anatomique qui les rendit a leur destination primitive, ils présentaient quelquefois une ressemblance surprenante avec la figure d'individus de la race
iU CONSIDÉRiTlONS SUR LES INDIENS.
noble ilu Pérou'. Hais des faits i^és et des conjectures
plus ou moins arbitraires ne peuvent constituer une donnée
scientifique.
Les monticules les plus nombreux et les plus considérables sont situés dans des plaines fertiles ou dans do riches vallées d'alluvion. Les tribus qui s'y étaUissaient, devaieot par là même, préférer l'agriculture à la chasse. Elles étaient sans doute plus sédentaires que les autres, et leurs mœurs avaient plus de conformité avec celles des populations du Mexique. Elles cultivaient le maïs, et l'on sait que celle culture était très-suivie et très-productive dans ce pays. Leurs habitudes d'ordre et d'aisance durent, bien des fois, exciter la cupidité des Indiens qui ne vivaient que de chasse, et qui, ne sachant rien prévoir, étaient souvent exposés à la famine. Il faut y voir l'une des causes de diverses guerres à chances inégales, et dans lesquelles le hardi chasseur se rendait bi^ redoutable. L'idée de se fortiiier n'a pu naitre que dans l'es- .prit de tribus ï^ricoles el séil^itaires pour lesquelles- les plaines fertiles étaient un précieux pattimoine; comment se résigner aisément en elTet à abandonner le pays qui leur donnait une existence facile, même abondante? Ces fortifications n'étaient composées que de terre et de bois : généralement le site se trouvait bien choisi, mais beaucoup de circtustances pouvaient déjouer les combinaisons de la défense, A i) n'est pas improbable que ces tribus agricoles, venues d'abord par le Mexique dans la vallée du Mississipi, s'y seront établies, et en auront été expulsées par des hordes de classeurs du Nord moins civilisés qu'elles, mais plus heureux à la guerre ; obligées de céder à une force supérieure, i) leur aura fallu fiiir, tout abandonner, et retourner péul-éfre au Sud d'où elles étaient venues *.
' J. C. Warren, in Delafield antiqutties, p. 50. * Voir Schoolcrall, ouvrage cité, 1" vol., p. Si, et Gallatin, iléjà dld. p. 146. .
Les auteurs amÉricains qui ont le mieux étudié la question, supposent que des tribus de la famille des Toltèques ou peut-être desAztecksont dirigé leurs migralions, du Mexique vers le Nord, dans la vallée du Mississîpi, Jusqu'à une certaine lalitude (peut-être le 50" degré Nord) . Ce qui le fait supposer, ceat que ces Indiens ne pouvai^t s'étendre ni à l'Est ni à l'Ouest de Mexico, empêchés qu'ils étaient, d'un c6té, par de hautes chaînes de montagnes et par des déserts de sable; ■d'un autre côté, par des plaines qui étaient commele patri* moine des troupeaux de bufïles. Ils ont dû se frayer une voie au Sud et au Mord. Dans cette dernière direction, ils ont intporté avec eux l'agriculture qui était leur principale occupation, ainsi que quelques-uns des arts qu'ils exerçaient avec succès. Leur contact avec quelques tribus du Nord aura pu inspirer à celles-ci le goût de l'agriculture ; mais avec le temps, des difficultés s" élevant entre ces peuplades, les gens du Nord plus belliqueux que les émigrants du Mexique auraient chassé €eux-ci , .après s*être approprié leurs habitudes et leui^ moyens d'existence qui contribuaient à leur prospérité réelle. Cette hypothèse pourrait se concilier avec la.tradition des Delawâres, rapportée par Heckeweidér, et d'après laquelle des fragments. détachés de la famille des AUeghanis, chassés par les Leni-Jjenapes, se seraient enfuis vers le basMississipi. là ils auront pu rencontrer les Mexicains déjà en possession -du sol, et après un contact plus ou moins long, ils les auront ■expulsés à leur tour, et rejetés dans le golfe du Mexique '.
U dut y avoir pour des causes analogties ou simplement pour des haines de voisinage et des empiétements de territoire, des flux et des reflux de population sur tout ce continent, à ■des époques variées, mais on ne trouve pas l'empreinte de ces mouvements en sens contraire. On peut cependant les conr ifidérer comme certains, en prenant pour base d'appréciation
les guerres acharnées et destruclives que se firent partout les tribus, depuis les temps historiques jusqu'à nos jours. La marche envahissante des (roquois surtout, était letle on l'a déjà dit, que sans les Européens, cette confédération se fât rendue maîtresse probablement de toute la rive gauclie du Mississipi. Leurs entreprises furent arrêtées parles Français et les Anglais avec lesquels ils voulurent se mesurer, et qui les décimèrent.
Relativement à la structure des monticules et des fortiticalîons, on s'est demandé s'ils étaient Tœuvre de peuples avancés en civilisation, ou si l'on pouvait les attnbuer aux ancêtres des Indiens du quinzième siècle. L'opinion qui prévaut aujourd'hui parmi les physiologistes et les archéologues américains est, que ces travaux composés généralement en terre et en matériaux grossièrement assemblés, ne prouvent pas un état de civilisation bien avancé; ils peuvent être dûs aux ancélres des Indiens de nos jours, et le seul doute qu'on puisse concevoir est relatif an nombre des édlfîcaleurs. Les uns pensent que beaucoup de bras ont été nécessaires pour ce travail, et que les hommes qui y furent employés devaient être agriculteurs et soumis à un gouvernement absolu, trèsdifférent de celui des Indiens que nous connaissons, chez lesquels le libre arbitre et l'insouciance ne se seraient guère prêtés à des efforts soutenus et pénibles '. D'autres au contraire, disent que le nombre de ces ouvrages dont quelquesuns seulement ont une valeur réelle, n'exigea point une population considérable, car ils n'auraient pas élé l'affaire d'un jour. Un instinct de conservation aidé par le temps a pu sutfire à la construction des fortifications qu'on trouve çà et là j et pour peu que certaines tribus se fussent organisées en confédération, comme les Creeks, les Cherokees, etc., rien n'était plus aisé que de mener à bonne fin ces entreprises • Gallatin, Transactions of tite American Anltquarian soeiely, vol. X(,
qui se recommandaient tout particulièrement comme seul moyen de salut '.
Quant à la similitude de ces monticules et fortifications avec ceux qu'on a trouvés en Californie et au Mexique, on a été amené à en inférer que tous devaient être attribués à la même race. S'il est vrai, comme l'avancent quelques écrivains, que les ossements découverts dans divers monticules de la vallée du Mississipi appartiennent à des individus de la race toltèque, cela seul pourrait établir l'identité de population des auteurs de ces sortes d'ouvrages dans les trois contrées. Mais ne se peut-il pas aussi que des hordes sauvages en canflit avec eux, aienl copié leur système de fortifications, et s'en soient servies dans leurs guerres de fribu à tribu, et les aient ainsi mullipliées? Gallalin suppose que les auteurs des ouvrages trouvés dans la grande vallée du Mississipi venaient de rOnest, et qu'une fois descendus dans la plaine, n'ayant rien pour se protéger les uns contre les autres, des retranchements furent le moyen le plus naturel qui s'offrit à eux pour prévenir des attaques soudaines. Ce qui donnerait quelque poids à cette conjecture, c'est que dans la contrée à l'Est du Mississipi, on ne trouve aucuns travaux de la nature de ceux qui sont si nombreux à l'Ouest et au Sud. La différence des lieux et des habitudes des populations rend compte de cet état de choses, bien plus encore que la différence des origines.
J)ira-t-on que plusieurs des objets extraits des fouilles faites de tous côtés, et qui servaient aux usages domestiques, présentent une qualité de main-d'œuvre qui dépassait de beaucoup l'habileté des peuplades sauvages du quinzième siècle, et qu'on doit les attribuer nécessairement à une race d'hommes beaucoup plus civilisée? On répondra que la plupart de ces objets ont été rencontrés péle-mèle sans distinc-
m CONSlOiltATHHI» SDB LES IRMKBB.
tion, et qn'ÀcJtléd'nrl ustensile d'assez bon travail s'en frouraienl d'autres en bien plus grand nombre, informes et grossiers auxquels on né pouvait supposer qu'une origine ruilimentairc. Les Mexicains et' les Péruviens il est vrni,'se sont montrés bcaacoup plus habiles, mais est-il donc si difficile d'admettre des degrés dans la civUiFation de peuplades de niéme race ? Puis, sait-on :à quel peuple et à quelle époque rapporter les ouvrages d'art trouvés au Mexique et 'au Pérou? Sont-ce bien les Aztecks ou les Toltèques qui en' sont les auteurs, ou toute autre nation antérieure à eux ? Lorsque les Européens s'établirent dans ces contriîcs, déjà l'on y aperce^ vait des ruines considérables qui attestaient que des luttes meurtrières y avaient été engagées, et il ne serait pas im|>robable que les derniers venus, Toltèques ou Aziecks; né fus^ sent eux^nénifts les vainqueurs d'une race beaucoup plus avancée qu'eux en civilisation '■.
■ On voit que quelque part qu'on jette les yeux pour éclairet ses investigations dans ce dédale, on trouve plus d'ombre qiie de lumière, et le doute est la seule chose qui reste, Tou-; tefois, l'autàchthoniedela race américaine réunit en sa faveur deux arguments entre autres qui ont une portée réelle : d'une part, les Indiens ignoraient complètement l'état pastoral qui ftit familier à tous les autres peuples. Puis, la structure du langage, malgré la diltérence des vocabulaires, était la même cbez toutes les peuplades des deux Amériques, sans aucun rapportavec lei langues des autres peuples anciens el modernes; fait attesté par des hommes descieijcè et d'oteervalion,. jouissant en Amérique d'une réputation d'intégrité ii^con-testée.
En acceptant cette donnée, rien n'empêcherait d'admcHre la JKissibilité de mélanges opéi-fe à diverses épociues, maii? trop peii importants, pour altérer le Caractère primitif.
* Prescotl's History ofthe ConqueU ef Mexico, 1";fol., p. 44. '
L'ÉTAT SAUVAGE EST-IL REMÉDIABLE? h
Dans cet élat indécis de la première question, pnssons à deuxième.