L'ÉTAT SAUVAGE EST-IL REHÉDIABLE
sants; ils aiment faiblement leurs pères et leurs entants ; la société la plus intime de toutes, celle de la même famille, n'a donc citez eux que de faibles liens... Le physique de l'amour fait chez eux le moral des mœurs ; leur cœur est glacé, leur société froide et leur empire dur. Us ne regardent leurs femmes que comme des servantes de peine, ou des bétes de somme qu'ils chargent sans ménagement du fardeau de leurs chasses... Ils n'ont que peu d'enfants et ils en ont peu de soin. Tout se ressent de leur premier défaut : ils sont indifférents parce qu'ils sont peu puissants, etc.. En refusant au sauvage la puissance de l'amour, la nature l'a plus maltraité el plus rapetissé qu'aucun des animaux '. a
Je pourrais multiplier à l'infini les citations d'auteurs européens qui se sont jetés dans les mêmes écarts, je me limiterai & Buffon et de Maistre, et cette réfutation à elle seule ramènera la vérité dans l'histoire.
Disons d'abord qu'en parlant des sauvages on a beaucoup' trop généralisé les observations, comme si toutes les tribus répandues sur le continent américain avaient une physionomie uniforme, les mêmes hahifudes, le même degré de développement intellectuel ; comme si elles habitaient des contrées placées sous la même latitude et identiques sous le rapport de la salubrité et des ressources nécessaires à l'existence, ^. Quand on a vu un seul instant lesEsquimaux elles Palpons, habitïuit aux deux extrémités de rAmérique, on est bientôt convaincu que, quoique pouvant se rattacher par un lien quelconque aux Indiens des États-Unis, ils s'en éloignent à de grandes distances au point de vue physique et intellectuel. 11 me sutlira de citer les Creeks, les Cherokees, les Choclaws, les Chickasaws et les Cinq-Nations, dont la conformation physique et l'intelligence développée sont très-voisines de l'homme blanc, pour qu'on se garde bien de faire des assimilations là
' OEuvret complètes, vol. V, p. 281, édition déjà citée.
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4fiS (CONSIDËBATION^ SUR LES IKDIENS.
OÙ se manifestent de si grandes dissemblances. Vouloir systématiser en parlant de ces peuplades, c'est ignorer les premiers termes d'une question qu'on veut discuter ; c'est par avance, refuser d'ouvrir les yeux à l'évidence. Je reviendrai plus loin sur ces inégalités physiques et intellectuelles, t'ai hâte de réfuter Buffon et de Maistre, à i'aide d'iiommes qui ont TU les choses de près, et dont le témoignage a une grande valeur au moins pour ce qui concerne les sauvages des Étais- Dnis.
Voici ce que dit Bartram, dans la relation de ses voyages en AiAérique, dé quelques tribus du Sud des Ëlats-Unis :
« Chez les Cherokees, chez les Muskogees et les nations confédérées des Creeks, les hommes sont de haute taille, d'nn pprt noble, avec l'apparence de la vigueur, sans cependant avoir des formes athlétiques; leurs membres sont bien proportionnés, leurs traits sont réguliers et leur physionomie ouverte, pleine de dignité et d'une douceur qui n'exclut pas l'idée du courage ; au contraire il y a dans la conâguralion de leur front et de leurs sourcils quelque chose qui frappe au premier abord, comme indiquant la bravoure et même l'héroïsme, etc. , etc. ' »
« Les Chippeways, dit Schoolcrafl qui les connaît fort bien pour avoir vécu longtemps parmi eux, sont une race d'hommes grands, bien développés, ayant bonne façon, el très-aclifs. Les chefs des bandes répandues à Sainte-Marie, sur les bords du lac Supérieur, et dans le haut Mississipi forment un corps d'individus intelligents, fiers et indépendants, jouissant de véritables qualifés oratoires. Si l'on pouvait oublier un moment leur costume, on serait tenté de se croire au milieu d'une société d'hommes réfléchis et de bonne compagnie*. »
D'un autre cété, on cite une exclamation dont la soudaineté
' Cité d'après Horel, p. 477.
■ Schoolcntll. ouvrage dé)i cité, vol. Y, p. 153.