‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 120 sur 130 · L-ËTAT ^ADVâGË ËST-IL REMÉDlABLIf · texte numérisé non relu

L-ËTAT ^ADVâGË ËST-IL REMÉDlABLIf

serait à elle seule toiile une démonstralion. On raconte qu'un Américain du nom de Benjamin West, lorsqu'il vit pour la première fois l'Apollon du Belvédère, s'écria iramédialement:« Comme il ressemble à un jeune guerrier Mohawk! » La comparaison était évidemment forcée, mais qu'il y a loin de là aux portraits de BulTon et de de Maistre I

J'arrive au témoignage qui porte tout à la fois sur le physique et sur les facultés morales et intellectuelles de rindien, et je ne peux opposer àBufîon et subsidiairemenLàde Maistre un plus digne contradicleur que Thomas Jefferson, l'émincnt homme d'Ëtat qui fut deux fois président des États-Unis. Voici comment il s'exprime à propos de la description de BufTon :

« C'est une peinture affligeante en vérilé, mais je suis heureux de dire, pour l'honneur de l'humanité, qu'elle n'a point d'original. Des Indiens de l'Amérique du Sud, je ne sais rien, car je ne voudrais point faire l'honneur du mot connaissance à ce que j'ai recueilli des fables qu'on a publiées sur leur compte... Quant k l'Indien du Nord qui est sous notre main, il m'est permis d'en parler un peu d'après ma propre observation, et plus encore d'après les renseignements fournis par des hommes qui les connaissent mieux que moi, et dont le jugement et la loyauté me sont bien connus. Je suis donc autorisé à réfuter M. de Buffon, etc. » Jefferson consacre plusieurs passages de son livre à ce travail, je vais en donner quelques extraits suffisants pour édilier le lecteur.

«M. de Bufl'on, dit-il, accorde que la stature de l'Indien est la même que celle de l'Européen, il aurait pu admettre également qu'elle avait plus d'ampleur chez les Iroquois, et plus d'élévation chez les Lenapes ou Delawares, que chez aucun aulre peuple d'Europe. 11 dit que les organes de la génération sont moindres et plus faibles chez l'Indien que chez l'homme d'Europe. Est-ce un fait reconnu"? Je ne le crois pas et je ne t'ai jamais entendu dire. Qu'on soumette les Européens aux mêmes occupations et à la même nourriture que l'Indien, et

l'on verra si l'amour chez eux a plus de puissance que chez celui-ci. Souvent en chasse, imprévoyants, exposés à de fréquentes famines, vivant de peu, les sauvages ne peuvent avoir la même faculté génératrice que les lilancs. Mais supposez-les dans de meilleures conditions hygiéniques, et le résultai sera bien différent. » L'auteur cite comme exemple, te mariage de femmes indiennes avec des marchands, de race blanche, et qui ont été très-fécondes ; il en fut ainsi lorsqu'on eut introduit l'esclavage parmi eux, parce que Tëlat sédentaire, un travail manuel et une bonne noun'iture modifiaient leur constitution physique. « Ils sont sans barbe » ditButfon, mais répond Jefferson, si ce savant avait su toute !a peine qu'ils prennent pour l'extirper de leur figure, aucun doute ne lui serait resté sur ce point. — Us n'ont point d'enÉraînemenl pour leurs femmes. — « 11 est vrai qu'ils ne s'abandonnent point aux excès, et ne font pas montre de ce penchant si commun en Europe, mais ce n'est point un défaut de nature; ils obéissent à la coutume. Leur cœur est tout entier porté vers la guerre qui leur procure la gloire parmi les hommes, et l'admiration des femmes. Telle a été la tendance de leuréducation depuis leur plus tendre jeunesse. Lorsque l'Indien poursuit le gibier avec ardeur, quand il se soumet aux fatigues de la chasse, aux dures épreuves de la faim et du froid, c'est moins pour le gibier qu'il poursuit, que pour convaincre ses parents et le conseil de la nation, de son aptitude à figurer au nombre des guerriers.... Si l'on remarquait chez un jeune homme decetfe race, de l'amour pour les femnâes, avant d*avoir fait ses preuves à la guerre, il deviendrait un objet de mépris pour les hommes ; et le dédain et le ridicule ne lui seraient point épargnés par les femmes. S'il lui armait, par la persuasion ou la contrainte, de s'abandonner à un mouvement de passion avec une femme qu'il aurait faite prisonnière, il tomberait dans la complète disgrâce de sa tribu et il ne s'en relèverait jamais. La froideur apparente des hommes parmi eux

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est donc le résultat des mœurs, et non un défaut de nature. » Ailleurs, Jefferson s'étend sur les qualités intimes de l'Indien et il dit : « II est brave quand le succès d'une entreprise dépend de sa bravoure. L'éducation qu'il reçoit, ou peut-élre une impulsion naturelle lui fait un point d'honneur de détruire l'ennemi par stratagème et de manière à garantir sa propre personne, tandis que notre éducation nous enseigne à préférer la force à la ruse. Il se défendra contre une nuée d'ennemis, et il aimera mieux s'exposer ù la mort, que de se rendre aux blancs, quoiqu'il sache qu'il sera bien traité par eux. Dans d'autres situations, il affronte la mort avec[plus de résolution encore, et il subit des tortures avec une fermeté que l'entliousiasme religieux ne produirait point chez l'Anglo-Américain. 11 aime ses enfants jusqu'à la tendresse, et il a pour eux beaucoup de sollicitude et d'indulgence,... Son amitié estcapable des plus grands dévouements. Sa sensibilité est eiquise, et l'on a vu des guerriers pleurer des larmes amëres sur la tombe de leurs enfants, quoiqu'à vrai dire Ils s'efforcent de paraître dominer les événements humains. ' L'activité et la vivacité d'esprit de l'Indien est égale à la nôtre dans des situations analogues. De là sa passion pour la chasse et pour les jeux de hasard. H est vrai que parmi eux, (es femmes sont soumises à de pénibles et injustes fatigues, mais si je ne me trompe, il en est ainsi chez tous les peuples barbares pour lesquels la force fait loi.... C'est la civilisalion seule qui rétablit la femme dans la possession de son égalité naturelle avec l'homme. Les principes de leur société repous- ' sant toute voie coercîtive, le seul moyen d'amener les Indiens à l'accomplissement de leurs devoirs, est la persuasion et l'influence personnelle. Il en résulte pour les chefs, la nécessité d'être éloquents dans les conseils, braves et adroits dans la guerre. Toutes leurs facultés sont dirigées de ce côlé. Les Anglo- Américains ont des preuves nombieuses de leur intrépidité et de leur tactique dans la guerre, mais

m CONSIDÉRATIONS SUR LES INDIENS. .

on a moips de témoignages de leur supériorité dans l'art tiratoire, parce que c'est dans leurs délibérations privées qu'ils ont plus d'occasions de déployer leur habileté. « Cependant, ajoute Jeiîereon, « quelques Indiens ont acquis dans cette branche un lustre remarquable et pourraient rivaliser avec les harangues de Démosthène et de Cicéron, et de tous autres éminents orateurs. » Comme preuve de son assertion, ce savant homme d'Ëtat rapporte un fait qui amena un de ces beaux mouvements d'éloquence dont ne se doutaient guère ni BuiTon, ni dé Maistre. Voici les circonslances qu'il convient de rapporter :

Au printemps de 1774, un vol fut commis par deux Indiens de la tribu desShawanees, aux dépens d'un habitant des frontières de la Virginie, qu'ils massacrèrent. Les blancs du voisinage cherchèrent à tirer vengeance de ce crime, d'une manière sommaire conformément a leurs habitudes. Le colonel Crcsap, qui s'était acquis une déplorable célébrité par le nombre des meui-fres qu'il avait commis sur des individus de celte malheureuse tribu, réunit quelques hommes, et descendit avec eux la rivière Kanhaway, à la recherche de • victimes expiatoires. De la rive où ils se trouvaient, ils aperçurent un canot monté par des femmes et des enfants seulement, et dirigé vers eux par un seul homme. Ils se mirent en embuscade, et épiant le moment du débarquement, ils immolèrent en un inslnnt tous les passagers qui se trouvaient composer la iàmille de Logan chef des Mingoes, lequel s'était ■toujours distingué par sou attachement sincère pour les blancs. Cette froide cruauté que rien n'expliquait, provoqua sa colère, et une guerre s'ensuivit, à laquelle prirent part lés Shawanees, les Mingoes et les Delawares. Un détachement de la milice de Virginie suffit à les mettre en déroute, non sans essuyer des perles sensibles. Les vaincus firent des propositions de paix, mais Logan refusa de s'y associer, avec le dédain d'un homme qui ne veut pas descendre aux supplica-

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lions. Toutefois, dans la crainte qu'on ne suspectât la loyauté àts propositions émanées de son camp, s'il y restait étranger, il envoya par un messager à lord Dunmore gouverneur de Virginie, un discours que je vais essayer de traduire,' malgré la diflicuïté de conserver dans'U traduction la mâle énergie des pensées du chef indien :

a J'en appelle à tout honune blanc qui est jamais entré dans ma tente ! Qu'il dise si ayant faim, je ne l'ai point nourri; si privé de vêtements et glacé, je ne l'ai point couvert et ré- -chauffé. Durant tout le cours de la dernière guerre qui fut si longue et si sanguinaire, Logan resta impassible dans sa twite, prêchant toujours la paix. Tel était mon attachement pour les blancs, que les Indiens de ce pays passant devant moi, disaient en me montrant : « Voici Logan l'ami des « blancst «J'avais mâme songea vivre parmi vohs, et je l'aurais fait, n'eât été le crime d'un homme. Le printemps dernier, le colonel Cresap, de sang-froid et sans provocation aucune, a assassiné tous les parents de Logan, sans épargner même les femmes et les entants, fl n'y a plus maintenant une • seule goutte de mon sang dans les veines d'aucune créature vivante. Cela criait vengeance I J'ai couru au-devant : j'ai tué beaucoup de monde, et j'aisavouré à longs traits les' représailles. Pour mon pays seul, je me r^ouis des rnyoïis de paix que j'entrevois; mais n'entretenez pas la penséequema joie soit le résultat de la peur! Jamais Logan n'eut peuri II ne fera pas un pas en arrière pouf sauver sa vie. Qui viendra pleurer Logan? Personne! ' » ■

Il est vrai que les morceaux de cette vite éloquence sont rares, cependant je rappellerai au lecteur le beau mouvement de Canochet, chef de la tribu des Narragansèlts qui, fait prisonnier par les Puritains, et sommé d'apaiser la lévolte des Indiens s'il voulait conserver la vie, refusa la condition pro-

" Noies on (fte Slate of Virginia, by Thomas leffetstm, p. 97 et suh., p. 338etsuiï. . , . . ,

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posée. On lui ordonna alors de se préparer à la mort, et il s'écria : « J'aime mieux cela, je mourrai avant que mon cœur se soit calmé, et avant d'avoir proféré une ptnle indigne de moi *\ »

Rappel lerai-je aussi l'expérience faite par les Puritains dans le Nouvelle-Angleterre, et qui arait donné d'excellents résultats comme on a pu en juj^er par les questions que les Indiens posaient aux missionnaires, et surtout par les réponses faites aux interrogations qui leur étaient adressées sur les vérités du christianisme? Je n'ai cité qu'une tnVpetite partie des résultats acquis : c'en est assez pour édiiier les hommes les plus prévenus, sur la capacité intellectuelle des Indiens des provinces anglaises (Ëtats-L'nis). Et qu'on le remarque bien ! ce succès notable des missionnaires s'obtenait malgré tous les obstacles jetés sur leur route par les colons anglais qui chercbaient dans un but d'avarice, à démoraliser et à dépraver ces malheureux! 11 fallait donc que leur nature ne fût pas encore trop appauvrie pour surmonter tant de difiicMllés! Il fallait surtout que leur idiome se prêtât aisément à la démonstration des vérités d'un ordre supérieur, et qu'il n'eùl pas ce caractère exclusif de matérialilé que des observatiolïs superficielles lui avaient attribué.

Je croirais n'avoir point assez fait pour prouver toutes les ressources qu'offre la nature de l'Indien pour le succès de l'œuvre de civilisation, si je n'invoquais des documents officiels émanés du gouvernement américain, documents auxquels personne n'a recours, quoiqu'ils aient une bien autre valeur que des ai^uments hypothétiques.

Depuislonguesannées, il exisfeà Washington unbureau central dit bureau indien, dépendant du département do l'intérieur, et qui a pour but de diriger tous les agents de l'administration chargés des rapports immédiats du gouvernement avec

i Voir t" TOI., p. 410.

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les tribus dans chaque État. La fonction de ces agenls est multiple, et ils doivent surtout \eiller à la protection des Indiens, et les stimuler de plus cii plus dans la voie de leur amélioration physique, morale et intellectuelle. Chaque année, ils adressent au chef du bureau central les rapportsde leur gestion pendant l'année écoulée : ils signalent les tendances des tribus près desquelles ils sont placés, et donnent leur avis sur les mesures à prendre pour détruire un mal existant, aider à un progrès, et fortifier s'il y a lieu, le patronage dont on les couvre ; car il faut constamment abriter ces inforlunc-s contre une nuée de misérables qui ne cherchent qu'à les corrompre pour mieux les tromper et les détourner des voies de la civilisation. J'ai sous les yeux les rapports de ces agents depuis plus de douze ans, et il n'en est pas un seul danslequel on ne voie une ou plusieurs tribus recommandées à l'attention et à la sollicitude du gouvernement, à raison de leurs aspirations très-prononcées vers la civilisation, el des progrès de quelques-unes, qui sont tels, qu'on les croit déjà arrivées au port- Celles qui paraissent faire des progrès plus soutenus, en prenant une assiette fixe, en se livrant k l'agriculture, el en entretenant des écoles et des temples, sont les Creeks, les Cherokees, les Choctaws, les Chickasavrs, les Wyandotts, etc. D'autres moins avancées font cependant des efforts qui, s'ils étaient mieux soutenus, donneraient déjà des résultats plus satisfoisants. Un des rapports dont je viens de parler, celui daté de novembre 1855, porte entre autres choses, cette observalion : « Malgré tous les obstacles semés sur leurs pas, j'ai confiance que les Indiens peuvent être habitués à la vie domestique, et amenés à un tel étal d'avancement, qu'ils deviennent complètement civilisés et forment un élément utile de notre population. «Le rapport de 1 856 est plus significatif encore, et dans un paragraphe consacré aux tribus que j'ai nommées plus haut, il dit : « Le moment n'est pas bien éloigné où l'on verra les Chockfaws et tes Chickasaws en état

de demander et de pouvoir exercer les droits de citoyens Aès Ëtats-Unis. ., » 11 termine en exprimant « l'espoir que ce siècle ne se passera point sans que les Cherokecs, les Creeks et les Seniinotes ne soient, comme les deux autre-s tribus, arrivés au degré de civilisation nécessaire pour être acceptés comme de bons citoyens des États-Unis, n Le rapport de 1856-1857, après un exposé détaillé des circonstances applicables à chaque tribu, résume les conséquences à en tirer, et il dit : « Il ya d'abondantes preuves de la possibilité de transformer l'homme rouge dans ses habitudes, dans sa vie domestique, et de l'amener à la civilisation, u ... « En ce qui concerne son caractère vrai, des opinions erronées prévalent généralement, et il est victime du préjugé. On le considère uniquement comme un sauA'age cruel et indomptable n'épar^ant ni l'âge ni le sexe, et soumettant sans pitié des créatures innocentes et privées de toute protection à des supplices inhumains, de même qu'il commettrait d'horribles massacres avec une joie délirante. Tout cela est répété d'année en année, et forme de tristes chapitres dans nos annales. Mais l'histoire des souffrances de l'Indien n'a jamais été écrite, le récit des dommages qu'il a éprouvés el des injustices dont il a été l'objet n'a jamais été ■fait. De ces choses-là, il n'y a point et il ne peut'jamais y avoir d'annales dans ce bas monde. »

Le commissaire du bureau indien ajoute :

u En tant qu'homme, l'Indien a ses joies et ses douleurs. Son afîection pour ses enfants est intense. Dans ses rapports d'amitié il est plein de sincérité et de constance, et jamais on -ne lé verra manquer le premier à sa parole. Son courage est hors de doute, sa perception vive, et sa mémoire, de premier ordre. Son jugement est défectueux, maïs à l'aide d'une méthode convenable, il est aisé d'améliorer cette faculté et de l'élever à un niveau raisonnable, etc., etc. »

Que pourmis-je ajouter de mon expérience personndie, si .ce n'est lapins complète conârmaiion des faits et opinions

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