SUFFRAGE ACCORDÉ AUX GENS DE COULEUR
dont cinq situés sur chaque rive du fleuve'. La prospérité régnait parmi les habitants, iis n'avaient rien à envier aui autres colonies.
Le successeur de lord Baltimore fut Charles Calvert son fils troisième du nom, qui avait déjà gouverné la province pendant quatorze années. Quoiqu'il fût bien connu des habitants et que son administration ne leur eût point été hostile, une intrigue ourdie en Virginie faillit lui faire perdre la colonie. Mais une répression énergique repoussa bientôt cette levée de boucliers, et tout rentra dans l'ordre. Toutefois l'étal des esprits pouvait déjà faire pressentir que la colonie allait entrer dans une phase de secousses et d'agilations, où l'intolérance en matière de religion jouerait le principal rôle.
Le Maryland se recrutait incessamment d'Européens protestants, de nature fort diverse : à côté d'hommes libres, ■ on remarquait des serviteurs engagés, de race blanche, puis des conviets que l'Angleterre exportail dans ses colonies. Ces serviteurs et ces conviets étaient libérés après un certain temps et ils devenaient électeurs. Soit que cette considéra* tion ait influé sur l'esprit de Chartes Baltimore, soit que d'autres raisons l'aient déterminé; il résolut en 1681, de limiter, de son autorité privée, le droit de suffrage aux habitants propriétaires de cinquante acres de terre ou possesseurs de valeurs mobilières équivalant à quarante livres sterling. On rentrait dans les termes de la charte, mais on s'éloignait de la pratique jusque-là suivie, du suffrage universel. Il convient, à cet égard, de constater.un fait trèscurieux qui n'a été mentionné par aucun auteur français. Dans l'économie des institutions créées par lord Baltimore deuxième du nom, les noirs et les Indiens libres attachés à la colonie étaient admis comme les blancs au droit de suffrage, et lorsque lord Charles Baltimore modifia la loi ëlecto-
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raie, il n'enleva point aux gens de couleur les rrancliiscs dont ils avaient joui précédemment, mais il les soumit au droit commun pour le cens électoral. Ce fait est d'autant plus remarquable, que jamais les colonies du Nord, pas môme la Nouvelle-Angleterre, n'accordèrent pareille faveur à ces deux races qu'elles méprisaient et repoussaient, bien loin de vouloir se les assimiler.
Cette modiâcation essentielle du droit électoral fît. naître la crainte que le lord-Propriétaire n'eût en vue de nouveaux empiétements. D'autre part, les protestants n'étaient point rassurés sur l'avenir de la liberté religieuse, à raison des tendances de Charles II d'Angleterre, et de celles plus prononcées encore de son futur héritier Jacques 11, en faveur du catholicisme. Enfln la main de fer de l'Angleterre s'étendait ' de plus en plus vers les colonies, non pour les aider, mais pour les opprimer. Celaient autant de sujets d'inquiétude qui entretenaient l'agitation. La couronne de son côté, jalouse de tous les avantages concédés à lord Baltimore dont la charte lui enlevait une source imporfuntc de revenus, épiait l'occasion de l'anéantir. Ce dernier se trouvait donc entre deux écueils, son pouvoir ne ^louvait manquer de faire naufrage dans la tempête qui s'élevait. Charles II, sous de faux prétextes de violation de la charte, le menaçait de la faire annuler en justice, et l'événement ne se serait point fait attendre si la mort n'était venue le surprendre. Jacques 11 reprenant ces projets en 1687, enlamn l'action judiciaire, mais une fois encore, le locd-Propriélaire fut sauvé d'une ruine certaine, par la révolution de 1688.
Cependant pour avoir échappé à ce danger, lord Charles Baltimore ne devait pas être plus rassuré, car le parti protestant de la colonie allait devenir redoutable, à la suite de la révolution qui assurait son triomphe. Déjà cependant Charles 11, en 1681, avait donné satisfaction à l'une de ses prétentions par un ordre portant qu'à l'avenir toules les
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fonctions publiques ne seraient confiées dans le Marylnnd qu'à des protestants, à l'exclusion des catholiques '. Tel fut le point dedépartde la déchéance de ces derniers, déchfcr.ce dont ils ne furent relevés qu'à la ré\olution américaine de 1776, c'est-à-dire un siècle seulement après ce grave èvincment. L'état de minorité numérique des catholiques, les habitudes paisibles de cette population n'expliquent en aucune manière cet acte arbitraire qui n'était, à vrai dire, qu'une basse concession à une haine de secte. Mais les protestants furent bien mal avisés d'appeler l'aide de la couronne, car elle s'habitua à mettre la main dans les sffuires de la colonie. Ce n'était là qu'un prélude. Après le saciince des catholiques, vint le tour du loi^-Propriélaire. Un peu plus tard, les non-conformistes eux-mêmes devaient tomber sous le joug de la royauté et de l'Église anglicane. Enfin la colonie tout enlière ne pouvait Échapper à une lutte des plus graves contre l'Angleterre. La révolution de 1688 fui comme le signal de cl's divers envahissements.
Lorsque cette révolution éclata, il suffit de quelques fausses mesures prises par les agents de lord Baltimore, en opposition avec le nouvel état de choses en Angleterre, pour colorer les motifs de ta confiscation de la charte. En 1689, il se forma révolu lionnairement dans la colonie même, une association de protestants armés qui déposèrent le lord- Propriétaire et s'emparèrent du gouvernement; et quoique n'ayant point l'attache de l'Angleterre, ils exercèrent le pouvoir jusqu'en 1692, époque à laquelle ils le remirent au gouverneur nommé à cet elTet par le roi Guillaume. Celte prise de possession venait à la suite d'une procédure faite en Angleterre devant le conseil privé, et qui amena aisément la déchéance de lord Baltimore, sur ce seul motif qu'il était pupisle. Du reste le conseil le maintenait dans la possession de ses cré^n-
• Bancron, p. 38t.
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ces, droits de tonnage et autres revenus dont il jouissait prc^
cédemment. Le gouvernement seul lui était enlevé'.
Une assemblée législative fut convoquée immédiatement pour mettre la législation en harmonie avec Télat nouveau ■ de la colonie'; et en suivant les précédents législatifs, on annula toutes les lois existantes pour en créer d'autres qui, renouvelant en partie les précédentes, en dilTéraient beaucoup à certains égards. La religion anglicane fut déclarée religion d'Ëtat. On divisa la province en trente paroisses soumises à la glèbe pour le soutien de cette Église privilégiée, et chaque individu fut soumis à cette contribution, peu importe la secte à laquelle il appartenait. Les catholiques se trouvèrent dépouillés de toute liberté politique et religieuse '.
Les Puritains n'avaient pas beaucoup à s'applaudir de cette révolution qu'ils avaient provoquée : une fois de plus ils foulaient aux pieds la liberté religieuse, mais la secte épiscopale prenait le dessus et les obligeait à contribuer au salaire de ses ministres. Enfin, ils avaient comme à plaisir, appelé sur la colonie le gouvernement royal, le moins libéral de tous, qu'ils connaissaient cependant pour l'avoir vu à l'œuvre dans la Virginie qui le supportai! impatiemment. Quant aux Catholiques, rintolérance s'appesantit sur eux sans relâche, dans tous les rapports de la vie. J'exposerai bientôt la triste condition de ces malheureux qui n'avaient d'autre tort que d'avoir inauguré la liberté religieuse, liberté que par une amère dérision , les Protestants s'empressèrent de détruire !
iPOSTÂSis DE bénËd:ci
DBS CATHOLIQUES. — ^ ÉTAT DU CLEBCi ÉPISCOFIL.
Ces démonstrations anti-catholiques détruisaient les quelques espérances que lord Charles Ballimore pouvait encore
' Hildretli, 2' vol., p ili.
* Hildrelli, 2* vol., p. 175.