APOSTASIE
entretenir d'une restauration de son gouvernemenl. Il ne pouvait se dissimuler que le principal ofasiacle au succès é(ait la religion à laquelle il appartenait, et il aurait montré une vraie magnanimité en restant ferme dans ses principes, alors surtout que, s'il avait perdu la souveraineté de la colonie, tous les droits utiles lui en étaient laissés. Malheureusement, il adopta une de ces capitulations de conscience qui font tache dans l'histoire d'un règne. Déjà avancé en ilge, il ne voulait point renoncer à la foi de ses pèi'es, mais il insista beaucoup auprès de son flis Benedict Léonard Calvert, pour obtenir sa conversion au protestantisme, en lui remontrant que c'était le seul moyen efficace pour obtenir la réinlégralion de l'autorité souveraine du Maryland. Benedict que séduisait la perspective d'une souveraineté exercée sur un pays de plus en plus florissant, suivant la direction de son père, se fit admettre membre de l'Église anglicane. Lord Charles Baltimore ne vécut point assez pour ôlre témoin du résultat de cette grave résolution, car il mourut peu après, en 1714. Benedict sut habilement tirer parti de sa conversion au protestantisme, et ne tarda pas à être réintégré dans le gouvernement du Maryland, toutefois avec des modifications que comportaient les circonstances. Mais il nejouit pas longtemps de ce succès d'ambition. A peine investi de sa nouvelle autorité, il mourut lui-même en avril 1 715, laissant son titre et ses biens à un fils en bas ilge, du nom de Charles, qu'on élevait dans les principes de la secle épiscopale et qui devint lord Charles Baltimore cinquième du nom.
L'apostasie mercantile de Benedict est une triste page de l'histoire si glorieuse de cette famille. Les mânes du premier lord Baltimore durent en gémir, lui si noble, si désintéressé, qui aima mieux sacrifier le poste élevé qu'il occupait dans les conseils de la couronne, que de résister aux Impulsions de sa conscience ! Mais la critique la plus sévère de cette apostasie îc trouve dans l'allilude calme et résignée de la populafiop
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calholiquc de la province, courbée qu'elle était sous le pQÏds des mesares draconiennes que les protestants, de beaucoup plus nombreux, avaient édictées confre clic ! Je vais donner une esquisse des principales péripéties par lesquelles passèrent les catholiques depuis la fondation de la colonie. C'est une page d'histoire importante à conserver pour montrer d'une part, le peu de cas que taisaient les protestants de la liberté de conscience, lorsqu'ils n'y étaient pas intéressés ; et d'autre part, jusqu'à quel degré de raf^nement peut arriver la haine des sectes !
En 1654, c'est-à-dire vingt ans seulement après la fondation de la colonie, les Puritains ayant la majorité dans l'assemblée, déclarent les catholiques déchus de tous tes droits et avantages résultant de la charte à ta faveur de laquelle ces mêmes sectaires avaient été accueillis.
La restauration du premier lord Baltimore rend aus catholiques les franchises dont ils avaient été dépouillés, mais lorsque son fils et successeur Charles Baltimore est expulsé, ils retombent encore une fois victimes de la réaction protestante (11)92); et non-seulement leurs droits politiques sont annulés, mais encore il leur faut payer les taxes du culte de l'Église épiscopale devenue religion d'État.
En 1704, l'assemblée porte une loi qui défend aux évi^qucs et aux prêtres catholiques de dire la messe excepté dans l'intérieur des familles; de remplir aucune autre fonction de leur ministère, surtout de faire des prosélytes; le tout sous les peines les plus graves. Les catholiques pordcnt le droit d'enseigner, et ta loi accorde à tout enfant de cette religion qui renie sa foi, le droit monstrueux d'exiger à l'instant, de ses père et mère, sa part de leur fortune, à peu près comme si leur succession fût déjà ouverte '.
Les Quakers n'avaient pas été plus ménagés que les catho-
Ibc Uation, 1" vol., p. Uà. — liiklreth, V toI., p. Ui.
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HARTVROLOGE DES CATHOLIQUES. 47
liques. Mais comme pour mieux torturer la conscience de ces derniers par un terme de comparaison blessant pour eux, on porta en i 706, une loi qui autorisait les Quakers à pratiquer les exercices de leur sccle librement, et sans crainte d'être désormais troublés par qui que ce fût.
L'acte de 1704 faisait plus que de s'immiscer dans les pratiques du culte catholique : il exigeait de toute personne occupant un emploi quelconque du gouvernaient, un serment d'une nature toute particulière qui consistait à abjurer cerbines doctrines essentielles du catholicisme, telles par exemple que la transsubstantiation '.N'était-ce pas l'inquisition la plus odieuse qui fut jamais ?
Hais le liel des sectaires n'était pas épuisé. Il ne suffisait pas de refouler tes catholiques dans le sanctuaire de leur conscience, C3 n'était point assez de leur enlever les droits civils et politiques, il fallait encore essayer de les déshonorer, en les précipitant au pied de l'échelle sociale. On les excluait de toutes les relations de société, on ne leur permettait point de se promener devant le bâtiment dit maison d'État, et de fréquenter certains quartiers de la ville; ils étaient pour ainsi dire enfermés dans un ghetto, et chaque fois qu'ils sortaient, il leur fallait porter des armes pour leur défense'.
Ces tortures persistantes ne pouvaient qu'exaspérer les catholiques, et surtout leur inspirer une profonde répulsion pour des institutions si peu prolectrices de leurs personnes et de leur honneur. Écrasés par le nombre, ils subirent leur sort en silence. Cependant un certain nombre d'entre eux cherchèrent à s'affranchir de celte situation humiliante : quelques délégués choisis parmi les plus dévoués vinrent à Paris solliciter des ministres de Louis XV, le droit de s'éfablir dans la Louisiane qui appartenait alors à la France. Mais soit que
• NacUalion, p. 2F!0.
' Life 0f Charles CarroU ofCarrolton, tii Ihe Biogra]^iy oftke Signen, Yol. Vlll, p. 240.
4S 1IA.RVLAISD.
le gouvernement français eût craint de voir ses possessions,
dont la population était encore bien faible, envahies par un
grand nombre de colons anglais, soit indifférence pour une
acquisition de cette nature, la requête de ces malheureux fut
repoussée'.
On n'en doit pas moins aux catholiques du Maryland cette justice, que le régime de terreur auquel ils étaient soumis, ne réussit guère à arracher les apostasies qu'on en espérait. Ils aimèrent mieux, pour la plupart, s'incliner devant la tourmente ; ce sacrifice les relevait à leurs propres yeux. L'histoire devait enregistrer avec respect, une pareille conduite si bien en harmonie avec le noble dévouement du fondateur de la colonie 1 Mais pourquoi faut-il qu'à la deuxième génération de ce grand homme, on voie l'un de ses descendants apostasier dans un intérêt purement politique? C'est le triste revers de la société, revers d'autant plus triste, qu'il semble plus particulièrement le fait d'hommes élevés en situation, qui laissent ainsi aux classes moyenne et inférieure le mérite des belles actions I
Cette révoltante condition des catholiques fut quelque peu mitigée par la suite, mais elle ne changea réellement qu'aux approches de la révolution d'Amérique; non point en vertu d'un sentiment généreux qui pourrait y donner quelque prix, mais par suite d'une force de choses supérieure aux passions : par le sentiment de la peur, puisqu'il faut l'appeler par son nom I
A la veille de s'engager dans une guerre redoutable contre l'Angleterre pour obtenir le redressement de leurs griefs, et éventuellement pour conquérir leur indépendance, les colo* nies formèrent en 1774, un congrès destiné à aviser aux mesures à prendre dans ces graves conjonclures. On crut devoir faire un appel énergique à toutes les forces vives du pays,
t Uililrclli, 2- vol., p. 114