RETOUR A LA TOLÉRANCE
sans acception de partis et rie croyances. Alors seulement, les sectes' protestantes se firent humbles en face du danger. On en pourra juger par l'adresse que je vais transcrire, répandue dans tout le Maryland :
« Comme notre opposition au plan formé par le gouvernement anglais de réduire l'Amérique en esclavage, sera fortifiée par l'union dans tous les rangs, des hommes de cette province, nous recommandons de la manière la plus pressante, que tous dissentiments intérieurs en matière de religion et de politique, et que les querelles et rancunes particulières de toute nature cessent dès maintenant, et soient pour toujours, ensevelies dans un profond oubli ; et nous supplions, nous conjurons tous les habitants, au nom de leur devoir envers Dieu, envers le pays et la postérité, de s'unir cordialement dans une défense commune de nos diToits et de nos libertés'. »
C'est à la suite de cet appel que les catholiques purent retrouver la sécurité et un peu de cette liberté dont ils furent si longtemps dépouillés. De grands dangers supportés en commun pouvaient seuls effacer les haines accumulées pendant si longtemps, mais les catholiques durenl-ils être reconnaissants de cette concession arrachée par la nécessité à leurs adversaires? On peut en douter. Un contrat de cette nature est de la pire espèce ; il demande à un homme le sacrifice de sa vie, en échange de quelques avantages dont il se peut qu'il ne jouisse jamais !
Cet acte de tolérance, en même temps qu'il releva la condition et le courage des catholiques, ouvrit de nouveau cet asile à leurs coreligionnaires de tous pays. Vingt ans après, le Maryland était appelé à recueillir quelques-imes des viclimes de la sanglante rébellion de Saint-Domingue qui, par la fermeté de leurs principes et leur éducation, devaient enri-
< HacUuhon, 1" vol., p. 411.
SO llARYLiND.
chir la colonie, el payer au centuple l'hospilalilé qui leur, serait Taile.
En face de la persécution violente des catholiques, voyons quelle était la condition du clergé de TÉglise proteslanle dominante : les ministres vivaient de la dîme imposée pour eux à toutes les communions, ils s'abandonnaient h tous les désordres, et leur conduite devint si scandaleuse, qu'un évéque protestant disait naguère : « J'ai eu tant de témoignages irrécusables, écrits et verbauï, de la conduite du clergé prolestant du Maryland (de cette époque), que je suis confondu de suq)rise en voyant que Dieu a épargné une Église si universellement corrompue, el qu'il n'a point relire sa lumière de ce triste lieu '. u
Que pourrait-on ajouter pour augmenter l'intérêt qu'inspiraient les catholiques persécutés? Rien, si ce n'est peut-être le silence obstiné gardé à leur égard, par les écrivains français!
AVÉDENENt 1>U CIHQULËHE LORD BALTIMORE. — HOUVELLE CONSTITUnoR. ÉCOLES PCBllOtlES.
Je reviens maintenant à lord Charles Baltimore cinquième du nom. Encore enfant lors de la mort de son père, il fui placé sous la tutelle de lord Guillord qui, en 1715, expédia une commission de gouverneur à John Hart déjà en possession de cette fonction. Une nouvelle conslilution fut faite, qui rappelait à peu près la précédente : ainsi le gouvernement se trouva composé d'un gouverneur, d'une chambre haute formée de douze conseillers nommés par le lord-Propriétaire, et qui faisait aussi fonction de tribunal suprt^me; plus, d'une chambre basse dite assemblée générale, composée de députés envoyés par les comtés, à raison de quatre
' Cnmpbeirs Life ofArchbi^hop CarroU, in Ihe VrtUed Stales. C.alholic »\agai,int, n* 99.