‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 17 sur 130 · CONDITION ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

CONDITION ÉCONOMIQUE

par chacun d'eus. Le droit de suffrage fut réservé aux propriétaires fonciers et à tous autres possédant des valeurs mobilières d'un chiffre de quarante livres sterling. Les élections soumises à un renouvellement triennal devaient se faire de vive voix comme en Virginie, et (ouïe abstention entraînait une amende.

Les lois avaient précédemment un caractère de mobililé qui devenait dommageable aux intérêts de tous : elles acquirent à l'avenir, une sorte de permanence. On en fit revivre d'anciennes, surtout en matière criminelle, et loin de s'adoucir avec la marche du temps, elles conservèrent la rouille et la barbarie du siècle précédent. De nos jours encore elles ont peu changé.

Mais un progrés réel fut réalisé par un système d'écoles publiques qu'on organisa un peu à l'instar de celui de la Nouvelle-Angleterre, quoique inférieur à différents égards. C'est en 1725 que l'impulsion fut donnée, mais sous l'influence d'une Église prédominante, on exigea des maîtres d'école, des preuves d'orthodoxie anglicane. Plus tard en 1728, on les obligea à enseigner gratis, autant d'enfants pauvres que les inspecteurs en désigneraient'. Disposition vraiment libérale pour l'époque, et qui fait honneur à cette colonie.

■ eallon VII coEiDrnoN ÉcoaoïiQDE. — orioihes db ForouTion.

Dans le Maryland comme dans la Virginie, le tabac était toujours la principale ressource, aussi remarque-t-on une grande similitude ij' existence entre les habitants des deux' provinces. On trouve peu de villes, malgré tous les efforts faits pour en créer, et la population est très-dispersée. Tous les habitants sont planteurs, et chaque plantation qui forme *

' Hddrelli, 2' vol., p. 526,

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groupe, peul subsister de ses propres provisions. Le magasin qui y est atfaché est une espèce de boutique qui contient une certaine variété d'objets de consommation à l'usage de la plantation elle-même, et destinés aussi à l'approvisionnement des petits producteurs, des ouvriers, des serviteurs et des esclaves. On cherche à encourager la fabrication d'objets ea fil, laine, cuir etc., pour les besoins usuels, mais le résultat est nul ; et le tabac exporté se convertit pour une bonne partie, en un grand nombre d'objets qu'on importe d'Angleterre et qui sont de première nécessité pour les colons.

Le développement de la prodticlion du tabac amena dans le Haryland l'emploi des esclaves nègres et des serviteurs engagés, de race blanche. Mais l'importation de serviteurs blancs s'y fit peut-être sur une plus grande échelle qu'en Virginie. Une partie d'entre eux n'étaient autres que des convicta que l'Angleterre rejetait chaque année de son sein ; d'autres ayant !a même qualification, n'avaient jamais rien eu à faire avec la justice, c'étaient de simples prisonniers faits dans les guerres civiles, même des gens paisibles et de bonne condition, qu'on volait dans les villes et sur les grandes roules. Cette double importation de blancs et de noirs, qui reposait sur un besoin impérieux, se continua fort active, mais elle ne marchait pas toujours sur une ligne parallèle, à raison de la fluctuation des pris du marché. Des considérations particulières que j'ai exposées pour la Virginie, pouvaient momentanément aussi, faire donner la préférence à une race sur l'autre. Cependant il faut se garder de croire que l'importation des convicts cessa en 1692, comme l'affirme M. Laboulaye (p. 313) dont les notions historiques sur ce point comme sur beaucoup d'autres, sont bien défectueuses, car dans le Haryland ainsi que dans la Virginie, colonie pour laquelle cet auteur est tombé dans la même erreur, l'importalion de cette sorte de population continua dans le di.vhuitième siècle, jusqu'à la révolution américaine. Cette proposi-

lion de M. Laboulaye a besoin d'êlre relevée au point de vue ellinographiqiie, car elle tendrait à rctranclier delà populalioQ du Maryland, un élément assez nombreui, et h supprimer une page curieuse de son histoire.

La transporlalion des serviteurs conviels et aulre$, put être temporairement suspendue, mais cite redevint Irès-active surtout au commencement du dis-huilième siècle, lors de l'avènement de la maison de Hanovre â la couronne d'Angleterre. Georges I" autorisa la transporiation dans les colonies, à titre de commutation de peine, des condamnés autorisés par la loi à invoquer le bénéfice de cîergie. Leur nombre s'accrut tellement sous l'empire de ce statut, que le Maryland n'en recevait pas moins de trois à quatre cents par nn. 11 parait même que plus tard, le chifîre s'en serait élevé jusqu'à six cents, année commune'.

A partir de la 6n du dix-septième siècle, on ne voit plus figurer parmi les transportés, des prisonniers de guerre ou des gens victimes de rapt; ce ne sont plus réellement que . des repris de justice. Le gouvernement anglais avait Tait i leur sujet, un traité avec des armateurs qui se chargeaient de les transporter en Amérique où ils en pouvaient tirer parti. Lorsqu'un bâtiment arrivait à destination, les planteurs en étaient informés, et la vente de 'ces malheureux se faisait au plus offrant pour le bénéfice de l'armateur.

Cette nature d'immigrants répugnait à la partie éclairée d^ la population, on désirait en décourager l'importation, mais on n'osait l'attaquer de front; c'eût été se mettre en révolte ouverte contre l'autorité souveraine de l'Angleterre. Cependant en 1 754, on imagina un subterfuge pour arriver au but qu'on se proposait. Une taxe fut mise sur chaque tète de eonvict importé, de manière à rendre infructueux ce commerce de blancsi mais le gouvernement 'anglais veillait, et

' Pittin's History of ihe (Jniled StaUs, p. 155.— Maryland gaaeUe, 30 july 1767.

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il prolfisla bientôt conirc cet impôt, en appuyant ses réclamations iTatis motivés émanés des avocats de la couronne. Dans ce conflit, le gouvernement débile de lord Baltimore chercha à s'effacer le plus possible, el en communiquant à la législature du Maryland la protestation de l'Angleterre, il se borna à présenter l'avis motivé des jurisconsultes anglais et à solliciter la suspension de la perception de la taxe. Mais la chambre basse montra une fois de plus, tout ce que l'inlelligence éclairée d'une situation, unie à une grande f^v mêlé, peut amener de conséquences favorables. Elle répondit au gouverneur par un message frès-explicite dans lequel elle dit entre autres choses : « Nous savons que les avis invoqués ont été obtenus par des personnes intéressées, ils ne sont point basés sur une saine appréciation des circonstances, et jusqu'à ce qu'une mesure procédant de l'aulorité compélente delà tnétropole vienne modifier la loi coloniale esislanic, cette loi continuera à recevoir son exécution, s Faisant ensuite allusion aux avocats de la couronne dont les avis sont toujours et uniformément conformes aux désirs des ministres qui les réclament, la chambre ajoutait a qu'aucun individu si considérable qu'il fût, n'aurait jamais la puissance de réduire à la soumission les assemblées du Maryland, toutes les fois qu'elles combattaientpour les droits du peuple '. »

Ce langage der et énergique est un de ces éclairs qui annoncent la foudre, et qui parfois aussi aveuglent ceux qu'elles frappent. C'est ce qui arriva à l'Angleterre qui parut ne rien comprendre h ce mouvement des esprits quelque général qu'il fût dans toutes les colonies, et qui, prise de vertige, laissa échapper le plus beau fleuron de sa couronne.

Provisoirement, la chambre basse dite des Bourgeois eut gain de cause : elle conserva intactes les prérogolives de la

' MacUahon, p. 501,

OBiGlNES. M

charte, elle assura vis-à-vis du lord-Propriétaire, son droit de concours dans la fixation des impùts, et l'on continua de percevoir les taxes contestées.

Les eonvicts ici comme dans les autres colonies, obtenaient leur libération à l'expiration du temps fixé par leur commutation de peine ; puis ïls devenaient citoyens libres, et ils formèrent un noyau assez imporlant de population. Les esprits étaient diversement affectés de ces importations : Les uns les considéraient comme une calamité tendant à justifier le reproche adressé aux Américains : a qu'ils étaient des descendants de c<>nt<tc(s. d D'autres au contraire, en prenaient résolument leur parti, en disant qu'il rallail qo'un pnys nouveau fût peuplé par des colons quels qu'ils fussent. Mieux valaient à tout prendre, des eonvicts que des esclaves. Puis, les plus mauvais parmi eux s' échappaient toujours pour chercher ailleurs la liberté, tandis que les meilleurs d'entre eux qui étaient les moins coupables, se résignaient à subir leursort, en attendant le jour de leur libération où ils devenaient des citoyens utiles.

Mais le Slaryland se recruta aussi de colons qui n'avaient aucun passé à faire oublier. Au premier noyau de la fondalion, s'ajoutèrent des émigrants de la Virginie et de quelques parties de la Nouvelle-Angleterre où l'intolérance protestante ne souffrait aucune dissidence. Plus tard, on vit arriver des émigranis étrangers à la branche anglo-saxonne : c'étaient 1° des huguenots français qui, après la révocation de l'Édit de Nantes, et depuis la déchéance des catholiques dans celte province, vinrent s'y établir à la faveur d'un bill qui leur accordait la naturalisation (1666). 2° Puis, des Allemands profestantâ qui, après avoir séjourné un certain temps en Pensylvanie, émigrèrcnt dans le Uaryland au commencement du dix-huilième siècle, et obtinrent la même faveur que les Français, Il en fut ainsi d'Écossais et d'Irlandais qui opérèrent le même mouvement de migration d'une province à

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l'autre, sons qu'il soit aisé de constater si une partie d'enlrc

eux n'appartenaient point à la race celtique '.

L'émigration de France et d'Allemagne ne fut jamais assez importante pour changer le trait de caractère de la colonie, qui fut toujours anglo-saxon bien accusé. Ainsi l'on a constaté que déjà en 1665, avant toute émigration étrangère à celte race, le Maryland comptait 16,000 habitants, et l'on a estimé qu'en 1689, c'est-à-dire après la révolution protestante d'Angleterre, le chiffre de ta population montait de 20 à 25,000 environ, mais on ne distinguait pas encore le chiffre comparatif des races blanche et noire. Après la révolution de i688, trois causes concoururent à arrêter les progrès de la population, même à en réduire le nombre : D'abord, la baisse qui s'était produite dans le prix du tabac appauvrissait les planteurs, et beaucoup d'entre eux furent obligés de chercher des moyens de fortune dans des contrées plus favorisées. Les concessions de terre, offertes précédemment à titre de primo à l'émigration, avaient cessé. Enfin le gouvernement royalayant supplanté celui de lord Baltimore, les conditions de liberté se trouvaient restreintes, et oITmient moins d'attrait aux Européens, La restauration de ce dernier en 1715, ouvrit une ère plus prospère et donna un grand élan à cette branche de la fortune publique. Les recensements officiels couslatenl des accroissements successifs assez prononcés. On voit qu'en 1748, c'esl-à-dire un peu plus d'un siècle après la fondation, le nombre des habitants montait à 94,000 dont 56,000 nègres. En 1756, ce chiffre s'était élevé a 154,000 dont 46,225 nègres et 107,965 blancs. En 1761, la population totale était de 164,007 dont 114,352 blancs et 49,675 nègres. Une des causes qui contribuèrent le plus à cet accroissement, lut l'importation constante des couvkts. Eneffet l'on a estimé que depuis la restauration de lord Ballimore, le nombre de

« Baird, p. 155, 159 et 163,

D.nt.zedbïG00g[c

ceux reçus dans la colonie n'était pas au-dessous de i5 à 20,000, lous Anglais, indépendammeiil decpuxdéjà imporlûs pendant les années précédentes.

Il n'est pas sans intérêt d'ajouter à ce tableau que d'après des renseignements recueillis avec soin, les convie/* se mêlèrent lieureuscment au reste de la population, à l'expiration de leur servitude. Ils devinrent généralement des colons fort utiles, de bons citoyens; plusieurs d'entre eux même, s'élevèrent à des situations très -honorables '.

Quant aux Français de Sainl-Domingue qui s'établirent dans le Maryland après le désastre de 1793, on n'en peut délerminer le nomï)re. Les annales de Baltimore constatent que le 9 juillet 1 793, 53 kUimenls entrèrent dans le port de celte ville et amenèrent 1000 réfugiés de race blanche et 500 hommes de couleur. D'autres ne lardèrent point ù les suivre, mais une partie seulement de ces infortunés restèrent dans le Maryland, Les autres se dirigèrent sur New York et sur d'autres points du littoral américain '. Là se bornent les renseignements sur la dispersion de l'émigration. Mais si le nombre de ceux qui se fixèrent à Baltimore et aux alentours ne fut pas grand, on demeure d'accord qu'ils se recomman* daieni par d'éminentes quahtés personnelles. Presque tous étaient des hommes de bonne condition, d'un esprit cultivé, el n'ayant rien perdu de celle vigueur de caractère qui fait face à toutes les situations, et sait ennoblir le malheur.

Quelle idée peut-on se former de l'état moral d'un peuple composé de tant d'éléments divers? Faut-il ajouter foi à la dénonciation faite à l'archevêque de Cantorbéry, par des ministres de l'Église nglicane, qui, en 1676, représentaient le Maryland comme « une Sodome d'impureté et un refuge d'iniquité ? » Non, assurément ! Les mêmes hommes qui tc-

< Mac Nahon, p. 314, ZZi et passim.

* Griflilli's Annais of Ballimore, p. 140.

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