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CHAPITRE XIV

Les indigènes du Maryland se TractionnaienE en diverses tribus dont quelques-unes seulement se firent remarquer dans leurs rapports avec la colonie : c'étaient les Nanticokes, les SusquehanncSjles Patuitenl, les Voamacoes, les Maltapanians, les Wicomocons, elc, etc.

Les premiers rapports des Européens eurent lieu avec les Yoamacoes de qui ils aciietèrent une porlion de terrilolie destinée à leurs premiers établissements. Pendant im ccrlain temps, la bonne harmonie régna entre les deux races, mais lorsque Clayborne et Ingle levèrent l'étendard de la révolte, ils cherchèrent à soulever les Indiens. Leur tentative resta licureusement sans résultat, grâce à la conliancc que le gouvernement avait su inspirer aux tribus du voisinage.

Mais plusieurs causes pouvaicnl faire naître des mésinlctligence^, môme de graves inimitiés: les colons clierchaienl individuellement, à se faire faire des concessions de terres sans aucun contrôle qui assurât la loyauté de la tinnsaction. Un certain nombre d'entre eux n'étaient point scrupuleux sur les moyens de dépouiller les indigènes ; ils se considéraient-comme les représenlanis de la civilisalion, et coûte que coûte, elle devait supplanter la barbarie. Un reste de respect humain seulement les amenait à sauver les apparences, pour mieux dissimuler la spoliation. Celle conduite déloyale s'élendait au commerce de fourrures qui était alors très-actif et que rien ne prolégcait. On savait bien cependant environner de garanties la vente du tabac, pour constater autheniiquement la qualité, le poids et la mesure : on avait

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affaire à des Européens, il fallait les ménager afin de conserver des débouchés utiles, ^fais pour ce qui était des Indiens, on ne s'arrôtait point devant le scrupule do conscience !

Cependant le moment vint où les fraudes se multipliant, il fallut aviser pour ne pas soulever toutes les tribus. D'autre part, lord Baltimore avait un intérêt particulier à sauvegarder : en sa qualité de souverain, tout devait émaner de lui, et c'est de lui seulement, que les colons pouvaient acquérir des terres d'une manière utile et non contestable. En conséquence une loi de 1639 déclara nulle en principe, toute acquisition de propriété faite des Indiens, autrement que par l'intermédiaire du loi-d-Propriétaire. L'exécution de la mesure ne répondit pas sans doute it l'atlenle de ce dernier, car on fut obligé d'en renouveler les prescriptions par un acte de 1649'.

Le commerce avec les Indiens voulait être aussi régularisé, car des gens de toute sorte même étrangers à la colonie, s'en emparaient; et par la déloyauté des pratiques employées, ils pouvaient provoquer à tout moment, un soulèvement qu'il fallait prévenir. On soumit donc à une licence tous les individus qui trafiquaient avec eux ; mais le nombi'e en fut nécessairement restreint, à raison des garanties qu'on exigeait de ceux auxquels était accordée cette faveur.

L'esclavage des Indiens ne soulTralt aucune diflicullé, non pas qu'aucune loi l'établit en principe, mais il était entré dans les mœurs, conime cela se pratiquait en Virginie et dans la Nouvelle-Angleterre. On ne se bornait point à vendre ceux qu'on avait achetés ou recueillis dans des parlages de butin ; certains individus en volaient parmi ceux qui étaient libres, pour les vendre ensuite à titre d'esclaves. Cette honteuse pratique s'était multipliée sans doute, car une loi de i 049 qualifie d'acte de trahison le rapi des Indiens, et le punit comme tel.

• Boïitian, 3" ïo . p. 357.

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Rapports avec les indiens. 6i

Celle démonstration ne donne qu'une idée incomplète des loris des Européens envers' les indigènes, mais elle explique les sentiments de vengeance que soulevait chez ceux-ci, tant d'injustice et de cruauté. Des actes d'hostilité se produisirent de divers côtés, et le gouvernement dut recourir à la force pour les réprimer et pour en prévenir le retour. Il en fut ainsi . pendant longtemps, car il ne se passait guère d'année sans que la législature ne fût obligée d'ordonner des mesures de répression contre les délinquants.

Les Indiens esclaves soumis au régime exceptionnel de» noirs étaient passibles de pénalités excessives prononcées ù peu près arbitrairement. Je n'entrerai dans aucun détail sur ce point. Je me borne à renvoyer le lecteur à monlivre sur l'esclavage, qui est un traité sur la matière.

Ici, comme dans les autres colonies, les blancs s'avançaient incessamment pour s'agrandir, et ils refoulaient sans pilié les indigènes qui, tolérants d'abord, ne purent voir ensuite sans chagrin, je devrais dire sans désespoir, s'échapper de leurs mains à toujours, le pays qui les avait vus naître, où se trouvaient les ossements de leurs pères, et qui leur fournissait leurs seuls moyens d'existence. Qui pourra s'étonner que dans celle détresse où rien ne les protégeait, ils se soient livrés à des actes de cruauté et de barbarie 'l 11 aurait fallu une vertu surhumaine à un homme primitif pour accepter ces extrémités qui aboutissaient à la mort, quelquefois à l'extinction de la tribu. Cependant il est juste de reconnaître qu'il n'éclata jamais dans le Maryland, aucune de ces guerres d'extermination qui souillent les annales de la Nouvelle-Angleterre, et qui sont rapporlées plus haut.

J'ai dit que le lord-Propriétaire avait eu en vue dès l'abord, de civiliser les indigènes en leur donnant en retour de leurs terres, divers instruments de culture. On fit aussi quelques efforts pour les christianiser '. Mais ce fut en vain. ■ Boanan, 2' vol., p. i20.

Commfent auraient-ils pu profiter de l'enseignement qui leur était donné par une race qui prenait à lâche de les expulser et de les réduire à la misère? L" œuvre de destruction marchait plus rapidement que celle d'édification ; on voulait l'impossible, on aboutit au néant. Les Nanticokes, une des princi- . pales tribus, après des luttes fréquentes soit avec les colons soit avec d'autres tribus, se résignèrent à l'émigration et vinrent s'élublir sur les bords supérieurs de la rivière Susquehanna. C'était quelque chose de solennel que ce départ : les émigranls emportaient avec eux les ossements de leurs pères, comme s'ils eussent craint de les voir profanes par les Européens ' ! Il semblait qu'ils ne voulussent rien laisser d'eux sur cette terre maudite! Le culte des ancijtresdevait les proléger dans le lieu de leur esil ! 11 y a dans cette dernière pensée quelque chose de si élevé, qu'on se sent involontairement pris d'un vif intérêt pour une race qui, sans éducation, cède à l'enlrainement d'un des plus beaux mouvemenls du cœur !

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