‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 21 sur 130 · COMPAGNIE DES INDES · texte numérisé non relu

COMPAGNIE DES INDES

gagea dans la baie de la Delaware et remonta cette rivière jusqu'à rembouchure du Schuylkill (1615). Pour s'assurer la priorité de ces possessions et pour les garantir contre les Indiens et les Européens, on fortifia immédiatement deux points jugés les plus importants, l'un sur l'Hudson, au lieu où se trouve situé aujourd'hui Albany, l'autre sur la Delaware, à quelque dislance de son embouchure. Le premier fort fut appelé fort Orange : l'autre, fort Nassau.

A celle époque, il n'existait encore au nord de la province de Virginie aucun établissement anglais, car ce n'est qu'en 1620 seulement, que les Pèlerins firent leur descente au cap Cod, ainsi qu'on l'a vu plus haut.

Lorsque le monopole de la compagnie d'.4msterdam eut cessé, ia trêve intervenue entre l'Espagne et la Hollande venait d'expirer, et cette dernière Puissance n'était pas sans inquiétude sur le sort de ses possessions transatlantiques, pas plus que sur son commerce maritime. On imagina alors d'organiser une grande compagnie appelée Compagnie Hollandaise des Indes occidentales dont l'importance pourrait protéger efficacement tous les intérêts qui se placeraient sous son patronage. Pour aider à sa réussite, les Élats-Cénéraux lui accordèrent le privilège exclusif du commerce des côtes de l'Amérique et de la céte ouest de l'Afrique, ainsi que le gouvernement des possessions continentales de ces régions. Voici quelques-unes des dispositions consacrées par la charte qui remonte à 1621 :

la durée du privilège était de vingt-quatre ans, avec promesse de prorogation. On ne garantissait ii la Compagnie aucun territoire déterminé. En cas de guerre, c'était à elle seule de repousser ses ennemis, et le gouvernement hollandais n'était considéré que comme son allié. Elle pouvait conquérir de nouvelles possessions à ses risques et périls, sans pour cela engager en rien la métropole. Comme les Provinces-Unies (Hollande) ne jouissaient point d'institutions li-

on tzedbyGooglc

bérales, la cliarlc ne contenait aucune garantie en favuur des colons qui se trouvaient ainsi assimilés aux habitants de la Hollande : républicains de nom, mais en fait, gouvernés par une aristocratie féodale et commerciale qui absorbait toute la vie politique.

La Compagnie qui était appelée à embrasser tout à la fois des opérations militaires et commerciales, s'était divisée en cinq chambres siégeant dans ciftq villes dirférentes de la Hollande. Le gouvernement général des aflaires était conâé à un comité de directeurs appelé l'Assemblée des 19, dont un seul était à la nomination des États-Généraux; tous les autres relevaient des cinq chambres '.

L'Angleterre qui ne voulait point laisser périmer son prétendu droit de priorité sur les territoires appelés Nouvelle- Hollande, reproduisait ses réclamations assez fréquemment pour faire craindre une prochaine collision. Mais la Compagnie veillait et elle sut habilement ménager avec l'Angleterre elle-même, en 1627, un traité qui, sans rien préjuger sur la question au fond, donnait pleine autorité aux navires de celle compagnie pour fréquenter les ports anglais quels qu'ils fussent. Tous les droits étaient réservés par cette réticence, et l'Angleterre y gagnait, en ce qu'elle favorisait le développement d'une colonie qui ne lui coûtait aucun sacrifice et qu'elle saurait conquérir en temps opportun.

Le commerce des fourrures ne pouvait donner à la Nouvelle- Hollande qu'une existence précaire. Le peu d'émigranls qu'on avait reçus en i624| Wallons d'origine, s'étaient établis à l'extiémité nord d;; Long-Island, et depuis lors, l'émigration

■ Bancrolt, p. 297.

DntzedbyGoOïjIc

PATRpNAGE. - MANOIRS. 67

était couime suspendue; il fallait donc chercher à la stimuler par quelques avantages particuliers. Mais l'absence de garanties politiques avait peu d'attraits pour des hommes de race anglo-saaonne, les seuls qu'on pât espérer pour longtemps encore. Cependant la Compagnie ne se doutait guère de la gravité de cet obstacle, car elle adopta en 1625, une espèce de charte qu'elle fît ratifier par les États-Généraux, et qui donnait à l'organisation de ce pays une physionomie presque féodale.

Le préambule de ce document portait : Libertés ou privilèges accordés par l'assemblée des 19 de la Compagnie des Indes occidentales, à tous ceux qui établiront maintenant ou pourront établir des colonies dans la Nouvelle-Hollande. Voici la substance de celte charte :

Tout individu qui émigrait à ses frais, pour s'établir dans la colonie, avait droit à autant de terres qu'il en pourrait cultiver. Quant à ceux qui, sans vouloir exploiter par euxmêmes, entendaient employer à la colonisation le travail d'autrui, il était stipulé que, quiconque dans un espace de quatre ans après signification faite de son intention, viendrait fonder dans la circonscription des domaines de la Compagnie, une colonie de cinquante personnes âgées de plus de quinze ans, serait reconnu Patron, et aurait droit, à ce titre, à une concession de territoire occupant une étendue de seize milles, le long de la mer ou d'une rivière navigable, ou de huit milles sur chaque rive, et sur une profondeur aussi grande que pourrait le comporter l'occupation des terres par le concession* naire et les siens. Cette concession n'avait lieu qu'à la charge d'éteindre le titre indien. Le patronage, dans le système hollandais qu'on voulait transporter ici, n'était autre qu'un état seigneurial, avec des prérogatives fort étendues qui affectaient tout à la fois l'état des habitants et la condition de la propriété. Par exemple, si des villes venaient à se former dans la juridiction des Patrons, c'était à eux qu'appartenait l'institution de»

68 NKW-ÏORK.

gouvememenls locaux. Â eux aussi l'evenait le pouvoir judiciaire, mais avec réserve d'appel au direcfeur général pour toute somme excédant cinquante goulds. Le Patron avait encore le privilège de moudre tout le blé des tenanciers, de chasser et de pécher sur les possessions de ces derniers, et dans les rivières adjacentes.

L'Ile de Manhattan était réservée exclusivement à la Compagnie, pour y centraliser le commerce extérieur dont elle se réservait le monopole '.

Au milieu de ces précautions pleines d'égoïsme, on accordait cependant quelque altenlion aux choses d'un ordre plus élevé : l'on recommandait aux colons d'installer, aussitôt que possible, un minisire évangélique et un maître d'école, et de créer un établissement pour les malades.

L'économie de ce système comportait deux délégations de l'autorité publique et souveraine; l^du gouvernement Néerlandais à la Compagnie des Indes ; 2" puis de celle-ci, aux Patrons dans les limites de leurs possessions. Et comme si ce n'était point assez de ces complications de gouvernement et de l'immobilité qui en était la conséquence, la peine du parjure était prononcée contre ceux des colons qui fabriqueraient des étoffes de laine, de lin et de coton. On était alors aux beaux jours du monopole, et l'Angleterre elle-même, ne "devait point tarder à réclamer des avantages analogues pour son commerce et son industrie, dans ses possessions américaines. Des directeurs et agents de la Compagnie, sans attendre la publication de ce plan de colonisation, avaient pris des mesures pour s'assurer de certaines parties de territoire les plus fertiles, et de l'accès le plus facile, au moyen de traités passés avec les Indiens possesseurs du sol, de manière à rendre tributaires les colons qui pourraient se diriger de ce côté. C'est de 1629 à 163i qu'eurent lieu ces espèces d'accaparc-

' Bancrofl, p. 299. — Duiilap's Hislory of New-York, V vol., p. 48. - Hildreth, 1" vol., p. 45T.

HANOtRS. 69

menis. Les historiens signalent trois principales fondations de cette nature, faites par Samuel Godyn, Samuel Bloemart, Pauw, et Kilian van Rensselaer. Les deux premiers se rendirent maîtres 1° d'un territoire de plus de trente milles en étendue depuis le cap Henlopen jusqu'à l'embouchure de la Delaware, ce qui forme aujourd'hui les deux comtés inférieurs de l'Élat actuel de Delaware ; 2° et d'ua autre territoire sur la rive opposée du New-Jersey, d'une superficie de seize milles, y compris le cap May. Ces possessions prirent le nom de Swaiiandal. Pauw s'assura de tout le district d'Hoboken auquel s'ajoutèrent Stalen-lsland et quelques autres terres adjacentes. Celte possession fut dénommée Pavortia. Quant à van Rensselaer, ses agents lui acquirent toute une étendue de pays sur l'Hudson, depuis le fort Orange autrement dit Albany jusqu'à l'embouchure du Mohawk, domaine qui s'accrut ensuite d'un autre territoire de douze milles d'étendue plus au sud. D'autres manoirs se créèrent encore plus tard, môme sous la domination anglaise, en sorte qu'il est nécessaire de déterminer les rapports qui s'établirent entre les Patrons et les colons, ne fût-ce que pour apprécier les graves conflits qui se sont élevés de nos jours, h l'occasion des manoirs Rensselaer etLivingston, les seuls qui soient restés debout dans cette partie de l'Amérique.

D'après les errements empruntés à la Hollande, le Patron faisait cession au colon soit à perpétuité, soit à long terme, d'une partie de ferre, à charge d'une redevance annuelle proportionnée à la durée de la concession. Cette redevance toujours minime était généralement payée en nature, mais pour venir en aide au tenancier, le Patron lui faisait souvent remise des dix premièces années d'arrérages. La rente était déclarée non rachelable. Dans le contrat à perpétuité, le Patron se réservait quelquefois certains droits personnels, et un droit proportionnel qui n'excédait pas le quart du prix de chaque cession que le colon et ses héritiers à perpé-

i.,L.OC">glc

70 HEW-YORK.

tuitë, pourraient Taire de tout ou partie de cette terre. C'est ce que nous ^pelions du nom de lods et ventes, car l'Europe avait aussi à cette époque, de ces sortes de contrats. Souvent, pour assurer l'exécution des engagements du tenancier, il était stipulé qu'en cas de non-payement ou d'inexécu lion des conditions, le Patron et ses héritiers auraient le droit de rentrer dans la propriété, en quelques mains qu'elle fût passée, après l'accomplissement de certaines formalités protectrices du droit des tiers détenteurs.

Il ne parait point que celte combinaison ait, dès l'abord, attiré beaucoup de colons, car jusqu'en 1785, c'esA-à^dire 156 ans après la promulgation de la charte de la Compagnie des Indes, les propriétés arables des comtés d'Albany et de Rensselaer dont la constitution territoriale se réfère à cette charte, étaient encore pour la plupart sans culture. Les Patrons y employaient surtout des serviteurs engagés, même des esclaves noirs, pour suppléer à l'insuflisance des blancs. On ne peut, en bonne justice, attribuer cet état de choses nniqucment à cette organisation de la propriété, car les terres des comtés avoisinants étaient elles-mêmes presque abandonnées, quoique non soumises à ce régime '. C'est qu'à vrai dire, la province de New-York créée par des Hollandais fut dès l'oi'igine, et continua à être principalement une colonie commerciale et maritime qui, pour bien longtemps, mit l'agriculture sur le deuxième plan, et arrêta ainsi son essor. Le vice du système n'en subsistait pas moins, et ses inconvénients se révélèrent presque immédiatement. C'est ce qui détermina la Compagnie à racheter le manoir de Swanandal dèsl654, pour lerendre à la libre circulation. Celui de Pavonia disparut bientèt aussi, de sorte qu'il ne resta plus debout que celui de Rensselaer *. Mais ce qui est remarquable^

* À treatise on Bents, etc., by Anson Bingliam eL John Colvin, AltMity, 1857, p. 20.

» Hildrelh, 1" vol., p. 147. — Dunlap, 1" ïol., p. 48 et 57.

i.,L.OC">glc

CONDITIONS TEBRITORIALES. 71

c'est que les Anglais une fois maîtres de la province, aient créé eui-mimes, des manoirs seigneuriaux. Cependant y a-t-il lieu d'en être surpris, lorsqu'on verra un peu plus tard, le fameux philosophe Locke organiser la Caroline sur le pied féodal le plus arriéré ?

En résumé, le territoire de la colonie était soumis à deux règles différentes ; les terres concédées en manoir relevaient des Patrons qui les adminislraieat et y avaient droit de justice. Quant aux terres situées en dehors de ces juridictions, et tel était le cas par exemple, pour Long-lsland, elles n'a- Vaient d'autre souverain que la Compagnie des Indes occidentales, elle droit qui les régissait était la législation romaine mitigée par la loi hollandaise.

La Compagnie ne perdait pas de vue son monopole commercial, elle cherchait surtout à étendre le plus possible sa domination. On la voit s'emparer de quelques points sur la rivière Conneclicut jusque bien près d'Hartford oii elle établit un poste de défense, tandis qu'à l'embouchure du Schuylkill près de Philadelphie, elle élève un fort pour s'assurer de ce cAté, d'un commerce très-profitable. Mais déjà la Nouvelle-Angleterre comptait deux colonies : New-Plymouth elle Massachusetts dont les aspirations tournées vers le Connecticut, allaient bientôt faire surgir des querelles de territoire qui furent une longue cause de mésintelligence entre elles et la Nouvelle-Hollande. Ces dilUcuItés sont sans intérêt pour le lecteur. Au moyen d'elTorts soutenus pour s'étendre et prévenir les empiétements d'autres nations, la Nouvelle-Hollande avait déjà en 1638, une souveraineté trèsample qui embrassait tout l'espace représenté aujourd'hui par l'État de New-York, une partie du Connecticut, le New-Jersey, la DelawareellaPensylvanie. C'était trop pour un seul gouvernement, lors surtout que les colons paraissaient rechercher les points extrêmes de la province.

Les Européens qui en fournirent le premier noyau, étaient

73 NEW-ÏOUK.

des Wallons qui se fixèrent dans Long-Island, et des Hollandais qui préférèrenl l'ile de Manhattan. Les uns et les autres étaient protestants appartenant à la secte dirigée par le synode de Dort. A l'époque des premières tentatives de colonisation des Suédois vers 1658, il n'y avait que fort peu d'habitants à Hoboken(New-Jersey), et un petit nombre aussi sur la Delawarc. La contrée la plus peuplée était le manoir de Rensselaer où le Patron avait amené des colons et des serviteurs engagés, UoUandais d'origine pour la plupart au moins, et très-propres à l'agriculture. C'était la partie la plus prospère de la province, mais généralement, la Nouvelle-Hollande languissait dans une sorte de stagnation peu propre à encourager les immigrations '.

«eolloB III

ÉUBLISBEMEIIT StIJDOlJ. — EKCODHAGEMENT « L'iMaiGRATIOH. — TROIS GOCTERNEVEItTS DISTINCTS. — LOTTES tVEC LES INDIENS.

La Compagnie des Indes occidentales avait à redouter nonseulement l'Angleterre, mais encore ses propres agents dont la loyauté n'était pas à l'abri du soupçon. Peter Minuits le premier directeur général qu'elle avait nommé pour la Nouvelle-Amsterdam (New-York) ayant été rappelé, s'engagea au service de la Suède, et suggéra au gouvernement de ce pays une expédition dans la Delaware, en offrant ses services pour la diriger et la commander. Ses propositions furent acceptées, et vers 1658, il fit voile pour l'Amérique avec un bâtiment de guerre et un navire de transport. Il emmenait avec lui un certain nombre de Suédois protestants habitués aux travaux de l'agriculture, et très-propres aux fatigues de la colonisalion. La ditticulté consistait k franchir un passage gardé, sans s'exposer à une lutte avec la petite garnison du fort. Mais sous un faux prétexte, Peter Minuits entra dans la baie, il se mil

• Dunlap, l"ïol.,p. 57ef 66.

ËTABLISSEHENIS SUÉDOIS. 73

en rapport avec les indigènes auxquels il acheta des terres dans une partie un peu avaneéc sur la rivière, et il s'établit avec ses hommes sur la rive ouest où il se hâta de bâlir un Tort appelé Christiana. Tel fut le début delà colonie dite Nouvelle-Suède '.

Celle prise de possession souleva les protestations de Kieft -qui était alors gouverneur de la Nouvelle-Hollande, mais Minuits sans en tenir aucun compte, acheva le fort, y laissa une garnison de vingl-quatre hommes seulement pour sa défense, et confiant dans l'ascendant moral que la Salde exerçait alors, il retourna en Europe, persuadé que la Compagnie, dans la crainte de sévères représailles, n'autoriserait point une attaquée main armée contre un établissement placé sous la protection du drapeau suédois.

L'expérience ayant montré combien était défectueux et stérile le plan de colonisation imposé à la Nouvelle-Hollande, on le modifia en 1638, en y introduisant des mesures plus libérales en ce qui concernait le commerce et l'industrie. La Compagnie publia une nouvelle proclamation par laquelle eHe déclara libre tout commerce d'importation et d'exportation avec la colonie, pourvu qu'il se fit par bâtiments hollandais. Elle offrit à -tous immigrants des terres, des maisons, des bestiaux et des instruments de culture, moyennant une rente annuelle et perpétuelle à fixer de gré à gré. Elle proposait aussi à crédit, des vêtements et des provisions à ceux qui en auraient besoin, moyennant un profit de 50 pour 100 du prix coâfanl.

La nouvelle charte maintenait le patronat pour les nouvelles coi.cessionsâ faire, et elle restreignait chaque manoir ayant façade sur des rivières navigables, à une étendue de quatre milles seulement, sur une profondeur de huit milles. Du reste on ne modifiait en rien le caractère vicieux de celte organisation.

< Hildreth, 1" vol., p. 41*.

Chaque immigrant qui amenait avec lui cinq personnes, avait droit à deux cents acres de terre, el tous villages ainsi que toutes villes qui se formeraient successivement, devaient jouir du privilège de nommer leurs magistrats.

La défense de fabriquer des vêtements était rapportée. On abolissait le monopole du commerce avec les Indiens; et il était remplacé par une taxe modérée sur l'exportation. La Compagnie ne maintenait que le monopole maritime.

On créait une religion d'État en faveur de l'Église hollandaise réformée dont les doctrines pouvaient seules être enseignées publiquement *.

Tel était en résumé, le nouvel agencement de celte société qui faisait déjà beaucoup d'efforts pour se dégager de ses premiers liens. Tout défectueux que s'offrait l'ordre de choses nouveau, puisque le colon n'avait aucun droit individuel à la vie politique, bon nombre de Hollandais dont quelques hommes de fortune, s'empressèrent d'émigrer pour profiter du bénéfice de la charte de 1640. En même temps qu'eux, se présentèrent des Anglais qui avaient passé quelques années en Virginie à titre de serviteurs engagés, et dont le service avait cessé. D'autres émigrants venaient de la Nouvelle-Angleterre : c'étaient des Anabaptistes et autres sectaires que l'intolérance des Puritains en avait chassés. Jusqu'à présent encore, les querelles religieuses d'Europe restent étrangères à cette fondation. C'est plus lard seulement que cette cause grave apportera son contingent à la province.

11 est digne de remarque que tandis qu'à l'ouest, les choses se passaient ainsi, d'autres établissements se formaient dans Long-Island, au voisinage du Connecticut, là précisément où les limites de territoire étaient mal définies. Les liabilanis presque tous d'origine anglaise avaient choisi différents points où ils s'étaient Gxés, du consentement exprès ou pr<'-

• Hililretli. 1" vol.. p. 41H15.

VARIËTËS DE GOUVERNEMENT. 75

sumé du gouverneur de la Nouvelle-ilollande ; mais sans égard pour les lois de la colonie, les individus qui s'y établirent, déterminèrent eux-mêmes les règles de leur propre gouvernement, et comme ils n'étaient pas sans alarmes à cause du voisinage des Indiens dont ils suspectaient les intentions hostiles, ils s'organisèrent militairement. En matière judiciaire, ils adoptèrent un jury composé de sept membres jugeant à la majorité. Double dérogation au droit anglais qui exige douze jurés e( l'unanimité pour les décisions. Dans leurs assemblées communales ils créaient des taxes et nommaient des commissaires pour les percevoir. Enfin, voulant préserver leur création, de tout alliage, ils avaient décidé que chaque ville serait juge du caractère des immigrants qui désireraient s'établir parmi eux, et que celui-là seul serait admis, qui donnerait une entière satisfaction sur sa moralité et ses opinions. C'était une copie avec variantes, de l'organisation puritaine '.

Les sociétés naissantes peuvent seules présenter de tels contrastes. A l'Ouest, le gouvernement absorbe l'individu : le Hollandais habitué h cette sorte de gouvernement s'y soumet sans murmure. A l'Est, au contraire, le colon d'origine anglaise agit dans sa pleine indépendance et organise luimôme son gouvernement, en limitant sa propre liberté. Le caractère des deux races est très-marqué, et c'est grâce à l'anglo-saxon, que la liberté pourra se faire jour pour tous, même avant la dépossession de la Hollande.

Jusqu'en 16il, l'émigration ne s'était point dirigée vers la Delaware. On s'y était assuré des possessions, mais elles attendaient des habitants, et l'on ne comptait encore que les postes niicessaires pour faciliter le commerce avec les Indiens. Les Hollandais et les Suédois avaient chacun pris position, il leur restait à donner la vie à ces riches contrées.

• DuDiap, 1" vol., p. 67.

Les premiers qui s'en occupèrent aciiveraent, furent des Anglais établis dans le Connecticut. Occupés principalement du commerce de fourrures, ils avaient avantage à émigrer, parce qu'ils trouvaient plus de sécurité sans doute, à transporter le siège de leurs opérations dans cette contrée où les Indiens étaient d'un naturel plus doux, et moins redoutables que ceui de l'Est. Dans ce but, cinquante familles quittèrent New-Haven en i 641 , et se portèrent vers la baie de la Delà ware. Sans tenir compte des protestations du gouverneur Kieft, ils allèrent s'établir les uns à Salem-Creek, à douze milles environ au-dessous de l'embouchure de la rivière ; les autres poussèrent plus loin, et se fixèrent sur le Schuylkill. Les Suédois comme les Hollandais vo^aïent d'un œil jaloux cet acte téméraire qui menaçait leur commerce ; et oubliant un instant leurs rivalités, ils se réunirent pour avoir raison de ces aventuriers. H suffît d'un simple déploiement de forces pour les amener à composition. Quelques-uns furent espulsés; d'autres pour conserver les positions qu'ils avaient prises, se soumirent au serment d'allégeance envers la Suède don! le représentant fît preuve d'énergie dans la répression.

Les Ilollandais concevaient peu d'ombrage de la petite colonie suédoise qui, suivant eux, devait s'éteindre d'ellemême, tant elle paraissait abandonnée par Christine. Mais leurs idées prirent un autre cours quand la reine, en 1642, donna une sérieuse attention à cette possession. Dans la vue non-seulement de la consolider mais encore de l'étendre, elle y consacra une somme importante, et fit embarquer pour la Nouvelle-Suède en 1643, des soldats dont elle confia le commandement au colonel Printz, plus, un certain nombre d'èmigrants pris parmi ses sujets. Les instructions données à cette occasion étaient pleines de sagesse et semblent dictées par Osenstiern lui-même. Le commandant ne devait point attaquer le fort Nassau occupé par les Hollandais, et son attitude ne pouvait être qu'expeclante, et purement défensive.

D.nt.zedbïG0Oglc

VARIÉTÉS DE COUVERHEUEHT. 77

Quant aux Indiens, il fallait !es traiter avec beaucoup de douceur et d'humanilé, et faire preuve envers eux de modération et de justice. Le point important était de se les attacher en leur vendant toutes choses à un prix inférieur à celui exigé par les Hollandais et les Anglais. Recommandation était surtout faite aux minisires, d'enseigner aux indigènes la religion chrétienne. Du reste le commerce de fourrures ne pouvait se faire que par l'intermédiaire des agents d'une compagnie suédoise autorisée à cet effet. Les lois et usages de la Suède étaient déclarés applicables au gouvernement de la colonie. Quant à la religion, on s'en référait aux règles de la conression d'Augsbourg et au concile d'Upsal.

C'était la troisième forme de gouvernement implantée sur le sol de la Nouvelle-Hollande. A l'Est, les Anglais de Long- Island s'administrent eux-mêmes et ne se rattachent au gouvernement général que par des liens bien faibles. Au Nord, les Hollandais sont soumis, en partie au moins, au double joug de la Compagnie des Indes et des seigneurs de manoirs. Au Sud, les Suédois qui prennent maintenant une position bien dessinée, ne relèvent que des lois de leur pays, jusqu'à ce qu'ils soient absorbés successivement par la Hollande et par l'Angleterre. Partout la société reflète l'image de la métropole, et il faudra un travail long et persistant, avant que ces fragments variés de population se fusionnent el prennent un caractère uniforme.'

Fidèle à ses instructions, Printz s'avança jusqu'à l'embouchure du Schuyikill, il fortifia différents points, stimula la culture du tabac, prit des dispositions habiles pour favoriser le commerce avec les Indiens et repoussa les tentatives itérativement faites par les Anglais pour prendre pied dans ces parages. Le succès de la colonie était tel, qu'en 1644, elle put expédier en Suéde deux bâtiments chargés de tabac et de pelleteries. Ces résultais s'obtinrent aisément, à la faveur

78 HEW-ÏORK.

des rapports pacifiques exislants entre les Suédois et les Hollandais «jui, quoique toujours en état d'observation, n'entreprenaient rien les uns contre les autres. Il faut aussi en reporter le mérite à la confiance que Prïntz sut inspirer aux Indiens envers lesquels il se montra toujours juste et bienveillant.

Les choses avaient une tout aulre phpionomie à l'Est et au Nord. On avait de fréquents rapporta avec les Indiens soit pour des achats de terre, soit pour le commerce ; et les procédés employés envers eux, ne se conciliaient pas souvent avec les idées de loyauté et d'humanité si désirables entre deux races dont l'une était hien supérieure à l'autre. Kieft gouverneur de la province, d'un caractère absolu et sans portée, loin de prévenir les conflits ou de les apaiser, en 'augmentait encore la gravité par des mesures acerbes et des répressions sans pitié. C'est ainsi que la Nouvelle-Hollande depuis les rives du New-Jersey jusqu'à la frontière du Connecticut, se trouva jetée pendant plus de trois années, dans une suite d'escarmouches et d'embûches où les Indiens de plusieurs tribus furent cruellement décimés. Il est vrai qu'ils usèrent de représailles, et qu'ils promenèrent l'incendie et le carnage partout sur leur passage, notamment dans Long-Island où les populations anglaises ne leur faisaient aucun quartier. C'est dans une de ces sanglantes mêlées, que madame Hutchinson persécutée par les Puritains du Massachusetts, el réfugiée dans la Nouvelle-Hollande, fut massacrée avec ses protecteurs. Les pertes matérielles de la colonie n'étaient pas moins sensibles. Les établissements situés prés de la Nouvelle- Amsterdam étaient presque tous détruits; à peine pouvait-on y mettre sur pied une centaine d'hommes. Et qu'on ne croie pas que les Indiens se jetaient volontiers dansées guerres à outrance! Voici ce que disait un sachem (chef) auï négociateurs envoyés par le gouverneur pour tenir conseil avec les chefs sur les conditions de ta paix :

Page 1