ABUS DE POUVOIR
« Lorsque \ous abordâtes cette conlréc, vous manquiez de pain, nous vous donnâmes du blé, des légumes, des huîtres, du poisson ; et maintenant pour nous récompenser, vous nous détruisez '. » Ces plaintes étaient d'autant mieux fondées, que Kieft, pour avoir plus promptement justice de ces adversaires, excitait contre eux des tribus voisines, en mettant leurs têtes à prix. Moyen barbare qui ne pouvait qu'inspirer aus indigènes la haine et le mépris pour les Européens dont ils avaient d'abord une si haute idéel
Mais à part fout sentiment de justice et d'humanité, n'était-ce point une lourde faute de surexciter à plaisir les mauvais instincts de ces peuplades sauvages? Souvent le crime ou le délit qu'on leur reprociiait n'était-il point un fait isolé et non prémédité, résultai de l'abus des liqueurs que les colons leurs fournissaient au mépris des lois de la province, et dans un but méprisable ? Quelle sécurité espérer dans le voisinage de tribus qui pouvaient laisser sommeiller leur vengeance, mais qui n'y renonçaient jamais? Ces idées étaient celles d'un parti qui s'était formé contre le gouverneur dont il désapprouvait !a conduite. Mais à ces griefs s'en joignaient d'autres tirés d'abus de pouvoir multipliés qu'on ne voulait point tolérer davantage. Ces plaintes arrivèrent à la Compagnie qui les accueillit avec empressement, car ces guerres étaient ruineuses pour elle. On estimait déjà en 1638, que cette colonie lui coûtait un demi-million de gilders (ou un million de francs), déduction faite de toutes ses recettes. Au point de vue de la population, la statistique ne donnait pas de meilleurs résultats, car tandis que la Virginie et le Maryland au Sud, et la Nouvelle-Angleterre au Nord, comptaient chacune environ vingt mille habitants, la Nouvelle-Hollande n'en avait pas plus de deux à trois mille, y compris l'établissement suédois sur la Delaware*.
' Dunlap, 1" vd., p. 72.
' Hildrelh, p. 431, «6.
8n SEW-ÏORK.
Kiefl cependant, avait réussi à négocier en l(i43, un traité' de paix avec diverses tribus indiennes, à la faveur de Tintervention de Roger Williams fondateur de Rhode-Island, trèsaimé des Indiens de ces contrées ; mais il ne devait point profiler longlemps de ce succès. En butle h de nombreuses inimitiés, il ne pouvait se maintenir au pouvoir, et il fut remplacé par Pierre Stuyvesant alors gouverneur deCuraço,et qui prit possession de ce poste, en 1647.
■ «olloa IV
rÉTJTCON PODH OOTBHIR UNE CHikRTE. — CO.lQUtTR DE L'ËTABLISSEHBNT SUÉDOIS. LUITE AVEC LU mniENS.
L'administration de Stuyvesant fait époqu&dans les annales de la province. D'abord après beaucoup d'efforts, il parvint à en déterminer les limites avec le Connecticuf dont la convoitise ne laissait ni paix ni trêve (1650). Le traité qui consacra ces arrangements faillit n'avoir qu'une bien courte durée, tant l'esprit inquiet et envahissant de ce voisin était porté à remettre en question des points convenus. Mais l'attitude résolue du Massachusetts qui ne voulut point prêter les mains à une injuste agression, et le traité de paix survenu entre la llolbnde et l'Angleterre arrêtèrent des hostilités qui étaient sur le point d'éclater (1653) .
L'état intérieur de la colonie présentait des symptômes signiticatifs, avant-coureurs d'un système plus libéral. En 1650, une commission choisie par les habitants, partit pour la Hollande afin de solliciter l'octroi des libertés nécessaires au succès de l'agriculture, et l'allégement des taxes qui écrasaient le commerce. Cette démarche n'eut d'autre résultat que l'érection d'une cour de justice et l'obtention de quelques franchises municipales, sur le modèle des institutions hollandaises, ce qui s'entendait de certaines immunités accordées aux agglomérations de population, mais aucunement aux individus eux-mêmes. Le droit de bourgeoisie donnait comme