DEMANDE DE LIBERTÉS
en Hollande, une participation à des avantages commerciaux, non à des libertés politiques (1652).
Ces concessious insignifiantes ne pouvaient convenir aux colons, pas plus à ceux d'origine hollandaise qu'aux Puritains venus d'Angleterre. Le contact de ceux-ci avait appris aux Hollandais tout le prix de l'indépendance personnelle, et les uns et les autres se montraient résolus à tout entreprendre pour la réussite de leurs espérances. Ils assemblèrent en 1653, une convention composée de députés fournis par tous les villages, a raison de deux par chacun ; et là, en dépit du gouverneur, ils rédigèrent une pétition énergique dont les termes sont fort curieux à consigner ici, comme témoignage de l'esprit public.
« Les Ktats-Généniux, dit la pétition, sont nos seigneursliges. Nous nous soumettons aux lois des Provinces-Unies, et nos droits et privilèges doivent être mis en harmonie avec ceux de notre pays natal, car nous sommes membres du l'État et non un pays conquis. Nous sommes venus ici de différentes parties du mondepour former une communauté composée d'origines mélangées. Nous avons à nos frais, échangé notre patrie pour la protection des Provinces-Unies et nous avons transformé le désert en campagne productive ; nous demandons en conséquence qu'aucune loi ne soit faite à l'avenir, sans le consentement du peuple ; qu'aucune nomination aux emplois publics n'ait lieu qu'avec son approbation ; et que jamais on ne fasse revivre une loi obscure ou tombée en désuétude'. »
A ce langage si précis et si énergique, il semble qu'on sente le souffle de la révolution d'Angleterre traversant l'Atlantique, et venant pénétrer ces populations qu'elles animent d'un esprit nouveau et qui renversera le joug qu'on persiste à leur ■ imposer.
' liancrolï, p. 310.
82 HEW-ÏORK.
Celte pétition n'eut aucun résultat utile. La Compagnie des Indes, d'accord avec le gouverneur, repoussa ces théories de gouvernement populaire qu'elle qualitia de rêveries, et elle ordonna de percevoir les taxes comme par le passé, sans se préoccuper de la prétention du peuple à les voter. Mais la levée des impôts rencontra plus d'une résistance, et de ce conflit naquit une sourde conspiration pour le renversement du pouvoir néerlandais dont l'existence était jugée incompatible avec la liberté.
Pendant que ces difficultés intérieures occupaient Stuyvesanf, les Suédois s'étaient emparés du fort Casimir établi par les Hollandais bien prés d'un des leurs. Ce premier acte d'hostilité ne pouviiit rester impuni. La Suéde était descendue de la silualion élevée qu'elle occupait, et n'inspirait plus les mêmes craintes à la Compagnie des Indes. Rcs ordres furent immédiatement donnés à Stuyvcsant pour préparer une expédition contre les possessions suédoises de la Delaware et pour les soumettre, do manière a se rendre maître absolu de toute la baie de ce nom
Les Suédois n'avaient fait que peu de progrès dans la colonisation : après dix-sept ans d'existence, leur nombre ne s'élevait pas à plus de sept cents individus dispersés de divers CîHés; ils étaient donc une proie facile à saisir. Stuyvesant, après une année de préparafions, amena avec lui six cents hommes bien exercés, et tomba à l'improviste sur leure établissements qui, impuissants à se défendre, se soumirent tous sans résistance. La plupart des colons auxquels on accorda des conditions très-libérales, se décidèrent à rester dans le pays pour ne pas perdre le fruit de leurs travaux et de leurs peines, et ils se soumirent au serment d'allégeance envers les États-Généraux qui leur garantirentleurs propriétés et leur religion. Quelques-uns seulement, cédant à d'autres considérations, refusèrent le serment e( furent dirigés vers la Hollande (1655).