‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 24 sur 130 · MARASME DE U PROVINCE · texte numérisé non relu

MARASME DE U PROVINCE

Les Indiens profilantde l'absence du gouverneur et de l'éloignement des forces qu'il avait emmenées a\ec lui, cherchèrent à tirer vengeance de leurs anciens griefs, sans tenir compte des satisËtclions à eus données. Embarqués dans soisanlequatre canots, ils parurent inopinément devant la Nouvelle- Amsterdam (New-York), jetèrent l'alarme parmi les habitants, firent des prisonniers et causèrent des dommages de diverse nature. Heureusement, l'expédition de Stuyvesani rentrait au port ; elle dispersa ces barbares qui se hâtèrent de prendre la fuite, et de longtemps, ne donnèrent de sujet d'inquiétude à la colonie'.

La Nouvelle-Hollande languissait comme si elle eût été condamnée à une sorte de marasme, mais à la nouvelle de ses succès sur les Indiens et sur les Suédois, les émigrants vinrent de divers pays. A l'exception de quelques juifs, tous étaient protestants, venant de Bohème, de France, de Suisse et d'Italie, même de la Nouvelle-Angleterre où la persécution puritaine était plus active que jamais. La tolérance qui existait en Hollande en matière religieuse, était recommandée par la Compagnie en faveur des immigrants, mais sans doute à l'exclusion des catholiques qui, alors étaient repoussés de tous les pajs protestants. Ces considérations jointes à l'excellente situation du port de New-Amsterdam, devaient contribuer efiicacement au succès prochain de cette colonie. H est vrai qu'elle avait toujours à compter avec le Haryland et le Connecticut pour la fixation de leurs limites respectives, et que celte dernière province puritaine, ardente jusqu'à l'excès pour l'extension de son territoire, menaçait la Nouvelle-Hollande dès 1659, d'une expédition armée qu'elle sollicilait avec instance, de Richard CromweH. Mais rien n'était encore à craindre de ce cAté, car l'Angleterre, à la veille d'une restauration, ne pouvait distraire son attention de celte grave éventualité.

1 Hiidreth, 1"Tol.,p. m.

D.nt.zedbïG003[c

Bientôt en effet, le Protectorat fut renversé, et Charles II proclamé roi d'Angleterre. Pendant que le nouveau régime cherchait à s'asseoir, le duc d'York frère du roi, jeta les yeux sur la Nouvelle-Hollande, et il songea à s'en emparer pour son profit personnel. Exhumant certains titres de concession que lord Sterling aurait obtenus de la Compagnie dite Conseil pour la Nouvelle-Angleterre, et dont il fit l'acquisition, il prétendit l'appliquer aux possessions hollandaises d'Amérique, et après avoir fait partager son idée par le roi son frère, il se fil confirmer dans ses prétentions par une charte qui lui fut octroyée en 1664. il ne s'agissait plus que de préparer l'envahissement de ce pays. On arma trois vaisseaux sur lesquels furent embarqués six cents soldais, sous la conduite de trois commissaires chargés de conquérir la Nouvelle-Hollande, et d'en prendre possession au nom du duc d'York. Ces préparatifs venant à s'ébruiter, des secours furent demandés en Hollande, pour mettre la colonie en état de défense ; mais la Compagnie des Indes pliant sous le poids de ses engagements pécuniaires, fut impuissante à conserver ces magnifiques contrées, et les abandonna à leur destinée.

La conquête devenait facile, et ce qui contribuait à rendre le succès plus prompt encore, c'était la présence parmi les habitants, d'un nombre assez grand d'individus d'origine anglaise, .antipathiques au régime hollandais, et qui déjà avaient réclamé énergiquemenl une participation active au gouvernement. L'expédition étant arrivée près de New-Amsterdam, il fallait prendre un parti. Sluyvesant, en soldat qui ne connaît que son devoir, voulait essayer la défense, mais les habitants, qui ne voyaient dans un siège qu'une ruine

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DUC D'ÏOHK SOUVRRAIN. 8S

sans compensation, insisisient pour une capitulation; c'est ce dernier parti qui fut suivi. Le traito signé en 1664, pour la reddition de la place, stipulait au profit des colons d'origine hollandaise les droits de citoyens libres de la nouvelle province anglaise, ainsi que le commerce libre avec leur anciesne patrie. La loi hollandaise qui consacrait la dévolution des successions par égales portions entre les héritiers, fut maintenue. On leur garantit aussi les libertés de leur Église et l'exercice public du culte établi '.

Là capitale ayant capitulé, la prise de possession des autres points de la colonie sur l'Hudson et la Delaware, etc., ne rencontra aucun obstacle. Il n'y eut de changé que le drapeau e( quelques noms qui annoncèrent un nouveau souverain. C'est ainsi que la colonie convertit son nom de Nouvelle-Hollande en celui de New-York. La ville établie dans l'Ile Manhattan dite New-Amsierdam, s'appela New-York; et le fort Orange sur l'Hudson reçut le nom d'Albauy, l'un des tilres du duc d'York. Trois ans après, la Hollande confirma le fait accompli par le traité de Breda de 1667, lequel assurait à la Hollande des compensations dans la Guyane.

Au moyen de la charte octroyée au duc d'York, ce prince allait exercer sur la nouvelle province, un gouvernement dit de Propriétaire pareil à celui de lord Baltimore. Mais on n'avait point mis à l'exercice de son pouvoir les limites et les restrictions contenues dans la charte du Maryland, en sorte qu'il était réellement souverain absolu. C'est à ce titre que dans une assemblée de députés convoqués par lui pour toute la province, assemblée qui se tint à Hempstead dans Long- Island, Nichols gouverneur du duc, publia de la pleine autorité de ce dernier, un corps de lois destiné à l'égir cette population. Voici quelques-unes des dispositions principales quj donneront une idée du changement de régime qui s'opérait dans la colonie :

' Dunlap, r'ïol., p. 117.

80 KETV-YORK.

On assurail à chaque secte chrétienne une liberté complète pour l'eiercice du culte. Cependant quoique les communes eussent le choix de leurs ministres, personne ne pouvait en exercer les fonctions qu'après avoir justifié au gouverneur de son ordination par un évéque ou ministre protestant.

Chaque commune était autorisée à choisir pour l'administration locale, huit conseillers dont le mandat se renouvellerait d'année en année, par fraction de moitié. L'un de ces conseillers était appelé à servir de conslable, à l'expiration de son mandat. Tous étant réunis formaient le conseil communal autorisé à faire des règlements concernant entre autres choses, l'assiette des taxes, l'érection des églises, les secours à donner aux pauvres, etc.

Ce conseil formait tribunal inférieur, dont les décisions étaient sujettes h appel devant la Cour de session du comté composée elle-même déjuges de paix. Les sentences de cette Cour pouvaient être réformées par la Cour d'assises qui était tenue par le gouverneur assisté de plusieurs juges. Chacune de ces Cours siégeait avec jurés, et le verdict du jury se rendait h la majorité, excepté dans les affaires emportant peine capitale, auquel cas l'unanimité était nécessaire. Les jurés étaient pris parmi les conseillers communaux.

Dans la nomenclature des crimes, on en comptait onze emportant peine capitale, el de ce nombre était la négation de Dieu et de ses attributs.

Défense était faite de réduire aucun chrétien en esclavage, excepté lorsque tel serait le résultat d'une sentence rendue par l'autorité compétente, el encore dans le cas où un individu de cette religion se vendrait lui-même volontairement. Cette disposition n'empêchait en aucune façon l'esclavage des Indiens et des nègres non chrétiens, pas plus que la servitude des blancs pour un nombre déterminé d'années, même pour la vie.

LOIS DU DUC. g?

Le commerce avec les Indiens ne pouvait se faire' qu'au moyen de licences délivrées par le gouverneur.

Dans les procès entre chrétiens, le témoignage des païens n'était pas admis d'une manière absolue, mais on devait y avoir égard, si l'ensemble des circonstances venait le confirmer, surtout en matière de vente de liqueurs, vente soumi se à diverses restrictions.

Aucune acquisition de ferres obtenue directement des Indiens n'était valable, à moins d'avoir reçu l'approbation du gouverneur.

Tous les titres de propriété antérieurs étaient soumis à nouvel examen, et avaient besoin d'être confirmés par le duc dTork.

Les terres demeuraient affranchies de toute charge féodale '.

Tel est en substance, ce code de lois, connu sous le titre de Lois du Due, (Duke's laws), plus libéral à certains égards, que ceux de la Nouvelle-Angleterre, auxquels d'ailleurs il fit des emprunts importants. On remarque entre autres choses, qu'il appelait les colons à une participation active aux affaires administratives et judiciaires. C'était un acheminement vers la liberté politique dont il n'était point encore question. Du reste, déjà à l'époque de la publication de ce code, son autorité ne devait s'appliquer qu'à une colonie restreinte. En effet dès 1664, peu après l'obtention de sa charte, le duc d'York avait fait un premier démembrement de sa province, en cédant à sir George Carleret et à lord Berkeley que nous verrons plus fard concessionnaires en partie de la Caroline, tout le territoire composant aujourd'hui l'État de New-Jersey, et qui devint alors province de ce nom. Son histoire étant dès maintenant, tout à fait distincte de celle de New-York, elle sera l'objet d'un chapitre à part qui fera suite à celui-ci.

' Bildrelh, 2* roi., p. 44 et suiv. — Dunlap. 1" to\., p. H9.

88 NF.W-ÏORK,

Les possessions du duc d'York n'embrassaient plus en 1665, que ia vaste étendue de pays comprenant aujourd'hui l'État de New-York, et ceux de la Delaware et de Pensylvanie; mais à proprement parler, ces deux dernières parties n'avaient encore qu'une populalioii très-minime, suédoise d'origine pour la majeure partie, en sorte que le principal mouvement de la province était circonscrit a l'Est et au nord, dans les limites formant aujourd'hui l'État de New-York, où la population était mi-parti hollandaise, mi-parti anglaise, avec quelques appoints d'autres pays d'Europe.

A Nichols succéda François Lovelace comme gouverneur de la province de New-York (1667), Son premier soin fut d'assurer au duc un revenu, et il créa, de sa seule auforité, une taxe de dix pour cent sur toutes les imporlations et les exportations. Ce n'était, à vrai dire, que le retour aux errements établis par les Hollandais en matière d'impôts, mais les circonstances avaient changé, l'esprit public déjà hostile à toute mesure arbitraire sous le précédent gouvernement, avait fait un pas de plus. Appuyé par une administration anglaise, il aspirait après les libertés de l'Angleterre. Huit villes de Long-Island protestèrent contre ces taxes et les déclarèrent illégales, tant que le peuple n'aurait point été appelé à les consentir librement. Hais on ne tint aucun compte de ces représentations, et la pétition qui les contenait fut brûlée par la main du bourreau {1670). Le gouverneur disait à ce propos, B que pour tenir ce peuple dans l'ordre, il fallait le charger de taxes assez lourdes pour qu'il n'eût plus d'autres préoccupations que d'aviser aux moyens de les payer '. »

Le temps n'était point encore venu où la voix du peuple pût se faire écouter. Les précédents ont toujours beaucoup d'aulorifé, et à tout prendre, on n'augmentait point les charges que 1rs habitants avaient précédemment consenti à

• LelUT lo sir Robert Carr.

VICISSITUDES DE POSSRSSION. 89

payer. Mais un événement important allait faire diversion à ce malaise intérieur, en mettant en question la souveraineté de la colonie. Une guerre ayant éclaté de nouveau entre l'Angleterre et la Hollande en i(>75, une flotte de celte puissance qui croisait dans l'Atlantique se présenta inopinément devant la ville de New-York, pour s'en emparer de vive force. Lovelace était absent, et Hanning qui le remplaçait ne songea point à se défendre; il livra la place. I.a capilulalion comprenait l'abandon de toute la province, y compris même Newr-Jersey. Toutefois ce succès des Hollandais fut de courte durée ; un nouveau traitéde paix signé en 1674, c'està-dire quelques mois après, reslitua h chacun des belligérants les possessions que la guerre lui avait momentanément enlevées. Mais ce traité laissait indécises de graves questions. Le duc d'York n'y était point partie, et la couronne avait stipulé en qualité de puissance souveraine. Pour lever tous les doutes, une nouvelle charte de concession fut accordée par Charles II à son frère le duc d'York qui, lui-même, remit Carleret et Berkeley en possession de leur principauté de New- Jersey. Par ce moyen, les choses furent remises dans le stalit quo ante bellum, et aucune équivoque ne pouvait atteindre la régularilé des titres des concessionnaires. La charte nouvelle n'apportait aucune amélioration à la condition politique des colons, car elle conférait au duc le pouvoir de les gouverner d'après tels règlements que lui et ses ayants cause jugeraient convenable d'établir. Le majorAndros nouveau gouverneur, fit revivre les lois dites Lois du duc, et il était même disposé à appuyer les demandes du peuple qui continuait à réclamer une participation à la confection des lois ; mais les idées du prince étant trés-arrètées sur ce point, il répondit par un refus formel.

Cependant la province de Nevï-Jersey se peuplait, s'organisait, et grâce à l'intelligence et à la bienveillance des concessionnaires, les colons étaient dotés d.'.s l'abord, d'institutions

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90 NEW-ÏORK.

libérales. Et comme si ce n'était point assez de ce conlraste a\ec le gouvernement de New-York dont il était la vivante critique, il se forma vers cette époque, une autre province dont l'administration paternelle appelant le peuple à la vie politique, devait stimuler davantage encore les tendances démocratiques de la colonie de New- York aux dépens de laquelle elle se formait. Je veux parler de la Pensylvanie. Comme on le verra dans l'un des chapitres suivants, toute l'étendue de pays qui constitue aujourd'hui r£(at de ce nom ainsi que l'État de Delaware, fut détachée en 1681, de la colonie de New- York, pour conslituer une province distincle par une charte royale appuyée de l'agrément du duc d'York. La contrée détachée fut concédée à William Penn favori du roi et du duc, et elle ne tarda pas à devenir l'une des plus importantes possessions du continent américain. Ainsi dès 1681, la province de New -York si étendue dès le principe, fut réduite par des démembrements successifs, aux proportions de l'Ëtat de ce nom, tel qu'il existe aujourd'hui. C'est donc à ce pays diminué que s'appliquera désormais l'histoire de la province.

L'influence des institutions libérales de ces nouveaux voisins ne se fit pas sentir aussi promptement qu'on pouvait le supposer, parce que la population de la colonie de New- York n'était pas homogène. 11 y avait alors trois origines principales, savoir : les Hollandais, les Anglais et les huguenots français, établis dans das localités distinctes (la ville de New- York exceptée), parlant trois langues différentes; le concert était difficile. Puis, les Hollandais et les Français étaient façonnés, de longue main, à des institutions moins populaires qui le; rendaient aussi moins exigeants. Cependant, tous étaient d'accord et disposés à agir, en ce qui touchait le vote de l'impôt dont la fixation, suivant eux, exigeait leurs concours pour devenir obligatoire. La prétention contraire du duc était nouvelle, mf-me aux colonies anglaises : on la

CnARTE DES LIBEKTËS. 91

discuta en Angleterre, et l'opinion lui Tut déravorable. Sur de nouvelles pétillons adressées pour obteuir le redressement de ce gpier, des négociations s'ouvrirent, et après que ce prince se fut assuré pour lui et ses héritiers, d'un revenu perpétuel, il donna enfin son consentement à la convocation d'une assemblée représentative.

Dans les gouvernements de Propriétaires comme dans les gouvernements royaux, les questions de subsides et de revenus, incessamment agitées entre le représentant du pouvoir et les colons, occupent une place très-grande dans les discussions; c'est le terrain surlequel la lutte est le plusachamée, et bien souvent il en sort la conquête d'une liberté achetée à prix d'argent, la physionomie de ce fait est la même partout, et spécialement, chose regrettable à dire I dans le gouvernement de William Penn, malgré les éloges sans restrictions qui ont été donnés à ce grand homme. Triste côté de la nature humaine qui, trop souvent, fait ombre aux belles actions dont le mobile ne devrait jamais venir que de considérations

Une assemblée générale fut donc convoquée par Dongan successeur d'Andros. Elle se composait de lui-même, des membres au nombre de dix, formant le Conseil du gouvernement, et de dix-sept députés élus par les propriétaires fonciers. La réunion de ce pouvoir constituant eut lieu en oclobre 1683, et son premier soin fut d'assurer au duc le revenu convenu k titre d'arrangement préliminaire; cet avantage consistait principalement en taxes à percevoir sur certaines importations et sur divers objets de consommation. Puis, vint cette charte des libertés qu'on avait désirée si longtemps et qui eut une bien courte existence. En voici la substance :

Le pouvoir législatif résidera désormais et à toujours, dans nne assemblée composée d'un gouverneur et d'un conseil nommés parla couronne; plus, des représentants du peuple.

»2 \EW-yORK.

Tout propriétaire foncier freeman aura droit de voler pour

l'éleclion des représeiilanls.

Aucun freeman ne sera jugé que par ses pairs, c'est-à-dire par un jurj de douze personnes. Il n'y aura point de loi martiale.

■ Aucune taxe ne sera perçue que du consentement de l'assemblée législative.

Tout individu faisant profession de christianisme sera respecté dans sa croyance et dans l'exercice de son culte*.

11 n'est pas hors de propos de dire ici que cette dernière liberté resta lettre morte pour les catholiques qui étaient partout hors la loi. En effet, un historien que j'ai déjà cité, mentionne le cas d'un individu mis à mort, uniquement sur l'accusation de catholicisme'. Telle était rinterprêtation donnée par les Protestants à la liberté de conscience qu'ils réclamaient pour eux en Europe avec tant d'énergie !

Les libertés consacrées par ce pacte étaient grandes pour l'époque, elles donnent la mesure de l'influence des colons anglais sur le reste de la population, malgré les différences d'origine. 11 semblait que l'air respiré par les Européens dans le nouveau monde fût imprégné d'indépendance, partout dans chaque province! Mais la liberté n'était point du goût du duc d'York, elle ne pouvait prospérer longtemps. A son avènement à la couronne (1685), il se hâta de détruire ces institutions à peine créées, et auxquelles d'ailleurs il ne donna jamais une franche adhésion. Dès lors, plus de représentation coloniale. Les lois émanent du gouverneur seul et du conseil qui lui est adjoint. Les impôts sont levés en vertu d'une simple ordonnance. On met en question et on soumet à une nouvelle révision, les titres de concession de terre sur lesquels s'appuient les fortunes individuelles, non pas précisément pour en contester la légitimité, mais

< Durilap, 1" ïol.. p. 154-135.

* Le racine, p. 534.

ANARCI11K. 95

bien pour justifier l'extorsion de certains drails fiscaux. Entin l'ordre est donné de ne tolérer aucune presse dans la colonie'.

Des tendances si opposées entre la couronne et les colons ne pouvaient qu'engendrer la désaffection, et quand vint, après un règne fort court, la révolution de 1688, la province se souleva comme les autres. Mais ce mouvement n'avait pas les sympathies générales, non pas qu'on n'accueillit de toutes paris avec faveur, l'avènement d'un prince protestant à la place d'un roi catholique dont on redoutait les tendances; muis dans celle province où les rangs étaient si nettement dessinés, une partie de la population répugnait à une intervenlion des masses dans les affaires publiques. De là, deux partis qui se dessinèrent bien nettement, et qui luttèrent avec obstination, même avec acharnement l'un contre l'autre, pendant un interr^ne de près de deux années.

Saollon Vt

AKAHCBIK. — l:tTEHRëGHB HÊVUl.UTIONNklIIE. — HÉiCTIOR.

A la première nouvelle de la chute de Jacques II, la ville de New-York fut en proie à une vive agitation. Dongan était parti pour l'Angleterre en laissant le gouvernement à Nicliolson déjà lieutenant-gouverneur; mais l'état de suspicion dans lequel celui-ci «tait tenu par la population, à raison de sa propension présumée pour le catholicisme, le rendait peu propre à faire face aux événements. Sa présence au pouvoir, dans les circonstances difficiles qu'on allait traverser, était donc calamiteuse, car elle fournissait un aliment de plus aux préventions de la masse. Bicnlôt la rumeur se répandit d'un vaste complot organisé par les partisans de Jacques, contre ses adversaires dont te massacre était résolu. Dans

' Hildrelh, 2" (ol , p. Ti.

9( NEW-ÏORK.

les crises publiques, il n'est si puérile iavention qui ne trouve crédit, surtout lorsqu'elle est de nature à flntter les passions et les rancunes populaires. La multitude mêlée d'hommes de la milice, se porta vers la maison de Leisler ancien soldat au service de la Hollande, et qui était devenu capitaine dans la garde civique, ponr le presser de prendre en main \e commandement de cetic Force armée, la seule qui existât dans ta ville. Leisler oubliant sans doute qu'il avait pour supérieur Bayard, membre du Conseil du gouvernement et colonel de cette garde, se mit à la tête des troupes, s'empara du fort qui était aussi le siège du gouvernement, et des fonds coloniaux qui y étaient déposés. Nicholson qui n'avait point cessé d'être le représentant de la royauté, ne pouvait tolérer cette violation d'un dépôt public : il en réclama la restitution, mais en vain. Les hommes du mouvement oi^anisèrent un comité de sûreté, composé de dix personnes d'origines et de sectes diverses, et ce comité une fois formé, nomma Leisler commandant du fort et chef du gouvernement, avec pleins pouvoirs de faire tous les actes nécessaires au bien de la province, après avoir pris l'avis de la milice et de raulorité civile, suivant les circonstances. Ce chef improvisé ne se dissimulait point l'étrangeté de celle situation : Nicholson n' avait manqué h aucun de ses devoirs, tandis que lui Leisler chef révolutionnaire, en faisant main basse sur des fonds qui pouvaient être utiles en cas de guerre avec les Indiens, éventualité toujours imminente, il commettait un acte de grande gravité.

D'un autre côté, l'anarchie se répandait dans toute la province, et la classe élevée en était très-émue. Pour parer à toutes les éventualités, il s'organisa un parti de résistance composé de citoyens notables et notamment de membres du Conseil. Ils se retirèrent à Albany sous la protection du fort, et y continuèrent le gouvernement antérieur dont ils se considéraient toujours comme les représentants Iégau3t.

INTERRÈGNE IIÉVOLUTIONNAiRE. 95

Dans ces conjonctures, Nicholson voyant que Leisler s'appuyait sur la majorité de la population , considéra son Tôle terminé, et partit pour l'Angleterre afin de rendre compte de l'état des affaires (1689). Mais btent6t après, arrivèrent de New-York des instructions royales adressées à ceux qui, pour le moment, administreraient la colonie, plus une commission de gouverneur pour Nicholson. Leisler se prévalant de sa situation exceptionnelle et de l'absence de ce dernier, et considérant que lui seul avait qualité pour exercer l'autorité souveraine, ne s'imposa plus aucune réserve. Il fil arrêter trois de ses principaux opposants parmi lesquels figuraient le colonel Bayard son supérieur dans la milice, et il expédia un émissaire à Albany pour demander la reddition de la place. II convoqua en même temps une assemblée, afin d'être autorisé à poui-suivre la guerre contre le (Canada. C"élait un peu trop présumer de la force des circonstances que de se croire autorisé à se jeter dans une guerre contre un pays voisin, ne fût-ce môme que pour protéger son propre territoire, sans attendre des ordres précis de l'Angleterre qui était assez intéressée dans la question, pour qu'on ne l'engageât pas inconsidérément dans un conflit de cette nature.

Cependant Leisler concerta avec le Connecticut une expédition qui fut entièrement infructueuse et amena des récriminations amères entre les alliés. L'insuccès est un des premiers torts de ceux qui osent, et quand viennent s'y joindre l'accroissement des charges publiques et les dommages indi- TÎduels, on peut prédire aux hommes d'action la chute rapide de leur élévation, souvent même le châtiment de leur témérité. Ce pouvoir né de l'insurrection ne pouvait être du goût de Guillaume, aussi ne fit-il aucune réponse à la lettre que Leisler lui avait écrite pour lui expliquer l'état de choses nouveau. Dés 1789, le roi avait nommé pour gouverneur de la province de New-York le colonel Sloughter, mais par suite de diverses circonstances, celui-ci n'avait pu encore se rendre à

son poste en janvierl691. Cependant on vitarriveralors comme son précurseur le capitaine Ingolsby, à la tête d'une compagnie de soldats anglais réguliers chargés de la défense de la province. Ce commandant se crut autorisé, en vertu de sa commission, à réclamer la possession du fort; mais Leisler fit une j'éponse négative en ^e fondant sur ce que cet oRicier ne produisait aucune délégation des pouvoirs de Sloughter. Ingolsby dont le titre de chef dune force armée anglaise n'était point contestable, vit dans ce refus persislanl, un acte de rébellion contre la puissance souveraine. Fort de l'appui des adversaires de Leisler et de tous tes mécontents dont le nombre s'était vite multiplié, il bloqua ie fort par eau, et fit sommation à Leisler qui y était renfermé avec son conseil et avec un certain nombre d'hommes armés, de rendre la place sans condition. La persistance du refus de celui-ci et l'agitation de ses opposants qui se rapprochèrent du commandant anglais et envenimèrent encore la querelle, ne pouvaient qu'être fatales aux insurgés. Enfin Sloughter arriva en mars 1691, et son premier soin, après avoir pris connaissance de i'état des choses, fut d'envoyer demander en son nom, par Ingolsby, la reddition du fort. Leisler y consentait, mais il y mettait la condition d'une garantie pour sa sûreté personnelle, garantie qui lui fut refusée. Le gouverneur organisa immédiatement son conseil, et il délibérait sur le parti à prendre, loi'sque Leisler se résolut h une reddition sans condition. Cet acte de soumission venait trop tard : lui et les membres de son gouvernement furent arrêtés et placés sous bonne garde. Cependant on ne mit en jugement que Leisler et Melbourne son gendre. Une cour composée' de huit membres fut convoquée à cet effet, mais les accusés no pouvaient l'accepter : ils déclinèrent sa compétence et refusèrent de se défendre. On procéda sommairement contre eux, et l'un et l'autre fiirent condamnés à mort pour criQie de haute trahison, Sloughter hésitait à dcmner suite à lu sentence, mais il parait qu'à la suite d'un

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RÉACTIOS. 97

diner qui ne se faisait pas remarquer par la sobriété, les ennemis de Leisler obtinrent l'ordre d'exécution. Immédiatement après, l'instrament du supplice fut préparc, et Leisler et Melbourne payèrent de leur vie un pouvoir trop facilement obtenu et trop longtemps garde. On vil alors ce môme peuple qui les avait soudainement élevés, cédant à un enirainemcnt en sens contraire, courir à ce spectacle malgré une pluie torrentielle, pour applaudir au supplice. Les plus fanatiques se ruèrent sur ces cadavres pantelants, et ils détachèrent quelques pièces des vêtements et des mèches de cheveux de ces victimes, pour les conserver comme souvenir'. Telle est la tendance fréquente des masses qui, le plus souvent impatientes d'émotions, préfèrent un spectacle à un principel

Leisler était Hollandais, son origine était déjà un tort, aux yeux des Anglais ; aussi n'est-it point sui'prenant que, de sa tin tragique date l'effacement complet de rmfluence hollandaise. C'est à cette époque effectivement qu'on fait remonter l'abandon des anciens usages de ce pays pour faire place à la loi anglaise. La première assemblée convoquée par Sloughter en 1691, se signala par un excès d'abaissement envers sa pu^nne. Elle vota un système d'impôts qui embrassait plusieurs années successives, et remettait au bon plaisir du gouverneur l'emploi des deniers perçus. Puis, elle s'empressa de révoquer toutes les lois qui dalaientdu règne de Jacques 11, notamment celles qui accordaient au peuple certaines liberlés : elle les déclara nulles et non avenues comme n'ayant jamais été ratifiées. Toutefois elle essaya de faire consacrer la parUcipation du peuple à la confection des lois, en déclarant que le pouvoir législatif, sous l'autorité du roi, résidait dans un gouverneur, un conseil nommé par Sa Majesté, et une assemblée générale représentant les propiiélaires fonciers: mab cet acte fut rejeté. Néanmoins si le principe était écarté

■ Hildreth, 2' vol., p. 139.

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