‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 25 sur 130 · II · texte numérisé non relu

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la représentation populaire quoique bien restreinte dans son action, n'en continua pas moins à faire partie du rouage politique. On conserva môme aux villes, le droit de nommer les constables et les fonctionnaires cliargés de l'assiette et de la perception des taxes locales. Le système judiciaire fut remanié pour l'assortir aux besoins de la province.

Fletcher avait succédé îi Sloughtcr, et non moins que lui, il voulait gouverner le pays sans opposition. Mais quand l'assemblée par lui convoquée en 1695 lui contesta le droit de nommer les ministres du culte, il repoussa cette prétention avec beaucoup de hauteur, en maintenant sa prérogative. Le sujet ne fut pas débattu de nouveau, et peu à peu à l'aide d'une lactique habile, l'on fit passer l'influence religieuse entre les mains des Épiscopaux qui étaient à la dévotion du gouverneur. Cependant l'esprit public se manifestait de plus en plus, en dépit des institutions qui voulaient le comprimer. Le gouverneur était tenu en échec sur toutes les questions, et spécialement en matièi-e de subsides. Obligé sur ce point, de compter avec l'assemblée, il ne pouvait se dissimuler qu'il combattait à armes inégales, et qu'il perdait du terrain malgré l'avantage de sa position.

Ssclion VII

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Pour bien apprécier les événements de cette époque, il faut savoir de quels éléments se composait alors fa population de la colonie. Les Hollandais en formaient la première assise, ils étaient encore les plus nombreux. Après eux venaient les Français soit comme antériorité, soit comme importance. Puis on comptait des Anglais, des Écossais, des réfugiés de la Nouvelle- Angleterre qui fuyaien» la persécution

puritaine, enfin des Suisses, des Piémontais, des Allemands de plusieurs contrées, tous protestants, appartenant à une grande variété de sectes, et quelques israélites.

Les Français n'étaient autres que des huguenots qui, ne pouvant plus trouver un sur abri dans la France catholique, s'étaient enfuis dans le nouveau monde. Une partie de l'émigration de la Rochelle se porta vers New-York, même avant la conquête de ce pays par les Anglais. Ces émigrants étaient déjà si nombreux en 16S6, qu'il devint nécessaire là où ils s'établirent, de publier quelquefois les actes de rautoritè, en français et en hollandais '. Les ditîérences tranchées qui existaient entre les deux races les empêchaient de se confondre. Les huguenots prirent position principalement à vingt milles environ au-dessus de New-York, sur la rivière d'Est, et donnèrent à leur fondation le nom de New-Rocliclh', en souvenir du pays qu'ils avaient abandonné. L'instinct de race était chez eux si prononcé, qu'ils conservèrent leur langue, leurs habitudes et la forme de leur culle sans altération, jusque bien après la révolution d'Amérique. Du siège de la Rochelle jusqu'à la révocation de l'édil de Nanles (1685) et même de- , puis, l'émigration huguenote se continua tràs-active vers l'Amérique, en se répartissanl sur divers points. New-York, sans aucun doute, en recueillit un certain nombre ; et ce qui porte aie croire, c'est qu'enl708, Smith l'historien de cette colonie, rapporte qu'après les Hollandais, les Français formaient la partie la plus nombreuse et la plus riche de la population '. Toutefois si }es Français eurent l'avantage du nombre sur les Anglais, ceuï-ci à leur tour, se mirent à la tête du mouvement, et pour un nom français qu'on remarque par hasard, dans les annales de ce temps, tous les autres étaient hollandais ou anglais. J'en vais signaler la raison : Quoi qu'on ait pu dire de la faveur avec laquelle les Imguenots

■ Baiid. p. 159.

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furent accueillis en Amérique, il n'en reste pas moins constant que quand ils se montrèrent en nombre, ils inspirèrent une extrême jalousie à la race anglo-saxonne. Ainsi dans la colonie de New-York et dans la Caroline du Sud qui furent les grands réservoirs de cette émigration, on recula indétiniment leur participation à la vie politique. A New-York spécialement, leur naturalisation ne date que de 1 705, quand déjà ils étaient nombreux en 1656. Baird a dit que ce retard était dû à des diflicultés intérieures ; mais qui donc avait plus d'intérêt à les prévenir ou à les assoupir, qu'une partie notable de la population? Ctelte raison n'pst pas sérieuse. Ce qu'on recherchait en eux par-dessus tout, c'était leur indusirie, non des frères persécutés dont VinforLunc devait commander la sympathie I Voilà ce qui explique les subsides que l'Angleterre accorda par deux fois, pour faciliter leur passage dans ses colonies. Et qu'on ne croie pas que l'hilotismeoù ils furent tenus si longtemps, les trouvait indifférents ou résignés, comme pourrait le faire croire un passage d'un historien français'. Il sérail aisé de trouver dans les annales de cette colonie, la preuve d'efforts réitérés faits par ces réfugiés pour obtenir la jouissance des droits politiques. On en verra plus loin la preuve pour ce quijconcerne la Caroline du Sud.

A l'égard de l'émigration venant d'Angleterre et de la Nouvelle-Angleterre, elle se fixa principalement à New-York et dans Long-Island. Elle était déjà assez importante en 1664, époque de la conquête par l'Angleterre, pour qu'il devint nécessaire d'employer un secrétaire civil ef des prédicateurs sachant la langue anglaise, comme aussi de publier les actes de l'autorité en anglais eten hollandais, outre la publication française là oi^ il y avait lieu '.

' llisloire des Réfugiés proUtlanls de France, par Ch. Weiss, 1" vol., p. 19-2.

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Quant aux émigranlsdcs autres pays, ils nedonnaient qu'un appui de moindre importance.

Les colons appartenaient à une grande variété de sectes et s'isolaient les uns des autres, empêchant ainsi le travail de fusion. Si tous les émigrants eussent été réellement victimes de l'intolérance, la ferveur de leur foi eût élè pour longtemps la meilleure sauvegarde pour leurs bonnes mœurs, mais il n'en était pas ainsi. I^s Hollandais n'avaient éprouvé aucune proscription, et parmi les colons d'autre origine, des considérations étrangères h la religion en avaient attiré bon nombre. Cet amalgame d'éléments hétérogènes, surtout dans un pays de commerce maritime, ne pouvait contribuer à élever beaucoup le niveau de la moralité générale. Le tableau qui en a été laissé par le révérend John Miller ministre de la 3e(^ épiscopale, mérite d'être conservé comme trait caractéristique de l'époque et du pays (1695). Dans un rapport par lui adressé à l'évêque de Londres après trois ans de résidence, en qualité de chapelain des troupes royales à New- York, on voit « que les principales sectes avaient des temples et des ministres qu'elles entretenaient à leurs finis. Mais beaucoup de ceux qui se prétendaient ministres n'avaient point reçu les ordres, et ils ne vivaient que de contributions volontaires qu'ils obtenaient bien plus aisément de leurs auditeurs, en flattant leurs idées, qu'en leur précliant les saines doctrines du christianisme. Aussi, ministres et paroissiens présentaient un ensemble peu éditiant. Les intérêts terrestres prenaient aisément le dessus en toutes circonstances. Faire fortune et s'abandonner à l'intempérance, telle était l'idée fixe tant à la ville qu'à la campagne, et surtout à New-York où l'ivrognerie était chose commune. Beaucoup de marchands jeunes et vieux se perdaient dans cette voie de désordre, et terminaient leur carrière par la banqueroute. D'autres ne recouraient au mariage qu'après avoir longtemps vécu en concubinage ; le lien d'ailleurs, trop facilement formé devant un juge de

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paix, n'inspirait point assez de respect pour le rendre durable, on le rompait aisément. » Tetle est en peu de mots, la substance de ce rapport que John Miller appliquait aussi bien aux Épiscopaux qu'aux autres secles '. Sans prétendre que les Français établis dans la ville de New-York, aient tous échappé à cette triste condition morale, il ne paraît pas cependant qu'elle fût applicable aux colons de celle origine résidant k New-Rochelle, du moins si l'on en croit un autre docteur de la secte presbytérienne, du même nom de HîUer. Ce révérend constate, d'après des renseignements par lui recueillis, que ces huguenots après avoir travaillé toute la semaine jusqu'au samedi s<Hr, partaient la nuit, pour gagner New- York oùétait leur temple, et où ils assistaient à deux ser^ vices successifs. Il repartaient la nuit suivante, pour retournera leurs travaux, sans aucun repos intermédiaire, et tout heureux d'avoir pu libreinent exercer leurs pratiques religieuses '. Il est vrai que, depuis la fondation de New-Rochelle jusqu'à Fépoque où nous sommes arrivés (16Ô5), près d'un demi-siècle s'était écoulé, et qu'il avait pu se produire dans la génération nouvelle, une certaine altération de ces mœurs austères. Cependant rien n'autorise cette supposition, et il y a tout lieu de croire que ce zèle ne s'était point refroidi, a raison mâme de la persécution continue dont leurs coreligionnaires étaient l'objet, et parce que leurs rangs se grossissaient incessamment de nouveaux réfugiés.

L'Église épiscopale ayant acquis la prééminence en 1693, il fallait bien s'attendre à des mesures restrictives et oppressives pour les autres sectes. Sous ce rapport, la colonie de New-Yoïk ne le céda à aucune autre. D'abord on imposa les autres cutles au profit de cette Église. Puis, lord Cornbury alors gouverneur, essaya d'intimider les colons d'origine hollandaise qui refuseraient de faire acte de conformité, en

« Hildrelli, 2- vol., p. 189.

* Hislory of tke evangelicnl Chiirchcs of Nett--\or!:.

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