‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 26 sur 130 · INTOLÉRANCE · texte numérisé non relu

INTOLÉRANCE

les menaçant de leur retirer les privilèges que leur assuraient les traités. Ce gouverneur avait aussi reçu des instructions pour appuyer et étendre la juridiction de l'évéque de Londres en d'autres matières. Par exemple, il lui était recommandé d'empêcher tout maitre d'école venant d'Angleterre, d'exercer sa profession dans la colonie, tant qu'il n'aurait point obtenu de ce prélat, une licence régulière. En 1708, l'intolérance s'attacliant davantage à la population hollandaise, une loi fit défense à une congrégation de cette origine, d'entendre la prédication d'un ministre presbytérien, et même de lui ouvrir les portes de son temple. Quelques-uns des pasteurs de cette secte furent même emprisonnés pour avoir prêché sans autorisation.

Déjà dès 1 701 , une loi implacable copiée sur celle du Massachusetts condamnait tout prêtre catholique qui serait trouvé sur le territoire de la colonie, à la prison perpétuelle et à la peine de mort en cas d'évasion. Des pénalités corporelles et pécuniaires frappaient gravement ceux qui pouvaient leur donner asile ',

Les Juifs étaient plutêt tolérés qu'autorisés, malgré leur petit nombre; et quoiqu'ils ne fussent point à craindre, le fanatisme épiscopal que rien n'apaisait, tint à ne point les épargner. Une loi de 1738 leur retira toutes les franchises dont ilsavaient joui jusque-là'.

Cette intolérance absolue se maintint fort longtemps envers' tous les cultes étrangers à la secte dominante, surtout envers les Catholiques qui continuèrent à être proscrits, même au delà de la période coloniale. Cet abus d'autorité fut fatal à l'Eglise épiscopale qui, en s'inféodant au gouvernement de la métropole, devint comme lui, l'objet d'un éloignement de plus en plus prononcé. Ct quand vînt à sonner l'heure de l'indépendance, beaucoup de ministres de ce culte furent

' Hildreth, 2-ïol..p.2a7.

' Le même, p. 561.

obligés de fuir, pour échapper à la vengeance populaire. Tous ces faits étant de la derniùre évidence, comment admettre cette proposition de M. Edouard Laboulayc, qui n'est pas moins téméraire que toutes les autres, à savoir : « que la liberté religieuse ne fui pas troublée dans cette colonie, et que la tolérance fut une des conquêtes de la révolution de 1688, les Catholiques exceptés. » (p. 559). En voyant l'hisloire de plus près, il eût été facile à cet auteur de se convaincre que son assertion était dénuée de toute vraisemblance, et qu'elle était démentie par tous les auteurs anglais et américains. L'un d'eux dit en propres termes, « que dans aucune des colonies où la religion épiscopalc fut établie par la loi, il n'y eut autant d'intolérance que dans celte de New- York ' . N'est-il pas regrettable de voir s'accréditer de pareilles erreurs qui semblent faire peser sur une seule communion, le reproche d'intolérance, alors qu'il est vrai de dire qu'au dixhuitième siècle comme au dix-septième, la liberté religieuse avait infiniment de peine à se faire jour, quelque part que ce fût, dans les pays protestants comme dans les contrées catholiques, et surtout dans les colonies anglaises d'Amérique. Le docteur Baird que je viens de citer, prétend qu'il faut attribuer cette intolérance plutôt.encore aux gouvernements coloniaux, c'est-à-dire anglais, qu'aux colons eux-mêmes. En avançant cette opinion, ce savant auteur a perdu de vue ce . qui se passait dans la Nouvelle-Angleterre qui se gouvernait elle-même, sans aucune pression de la métropole. L'intolérance ne fut-elle pas en permanence dans les colonies puritaines? Le Massachusetts notamment, ne mit-il point à mort quatre Quakers uniquement pour de simples dissidences religieuses, et les autres ne furent-ils pas sauvés, grâce seulement à l'intervention de Charles 11? Nesont-ce pas ces mômes Puritains qui, dans le Maryland, employèrent des raffine-

* Baird, p. 200.

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