INSTRUCTION NÉGLIGÉE
menis de tortures envers les Catholiques qui leur avaient ouvert cette colonie ? Pour vouloir trop louer les Protestants d'Amérique, on arrive à appeler sur eux la lumière de la justice, non pour les charger de toutes les fautes d'une époque, mais pour qu'ils en portent leur part de responsabilité. Us ne furent ni moins intolérants ni moins superstitieux que les chrétiens d'Europe, malgré le programme décevant de l'indépendance personnelle et du libre examen !
Dans celle colonie, Tinstruction publique fut longtemps négligée. Les gens riches préféraient pour leui's enfants, comme dans la plupart des autres provinces, des instituteurs particuliers, I-es autres classes manquaient d'écoles, faute d'allocation pour les entretenir, car l'esprit de commerce et d'alîaires l'emportait sur toute autre considération. En 1757 seulement, l'assemblée générale vola des encouragements à l'élablissemen I d'écoles primaires, mais sans succès réel. Il faut attendre jusqu'à l'année 1795, bien longtemps après la révolution américaine, pour voir sortir une loi sur les écoles publiques. L'enseignement supérieur n'était guère plus heureux : "on ne s'en occupa qu'en 1747, c'est-à-dire cent vingt ans après la découverte de ce pays par Hudson. On créa alors une loterie dont le produit présumé, s'élevant à deux mille deux cent cinquante livres sterling était affecté à la fondation d'un collège. Smith l'historien de New-York dit qu'il no se rappelle pas qu'à cette époque, il y eût dans la colonie plus de treize personnes ayant fait des études classiques. D'après cet auteur, les principales familles au nombre desquelles étaient les réfugiés français, après avoir fait apprendre à lire et à écrire à leurs enfants, les envoyaient dans quelques maisons de commerce aux Indes-Occidentales, pour leur donner l'expérience des affaires, seul but qu'on se proposât alors. Quant aux quelques jeunes gens bien rares qu'on destinait à des carrières libérales, c'est aux collèges de Yale (Connecticut) et de Cambridge (Massachusetts), qu'ils
lOfl NEW-YORK.
éludiaienl, à moins qu'on ne préférât pour eux l'éducation européenne'. On ne prit l'initiative de la création d'un collège à New-York qu'en 1754, époque à laquelle se posa la première pierre d'un établissement de cette nature qu'on appela King's Collège (Collège du roi) et qui tient aujourd'hui, un rang distingue parmi les institutions universitaires des États-Unis.
Dans une société si peu ordonnée, où l'instruction faisait complètement défaut, où la religion était négligée par bon nombre d'individus, et où le commerce sollicitait constamment tous les appétits matériels, le crime se propageait, la répression pénale appliquée avec le concours du jury, ne pouvait être ni bien éclairée ni bien sévère, et il n'était pas rare de voir un condamné, incapable de payer les frais d'incarcération, vendu à l'enchère pour l'acquit de cette faible dette' (1751).
Du reste, la vente des créatures humaines, à quelque race qu'elles appartinssent et quelle que fîkt leur couleur, était pratiquée en Angleterre comme dans ses colonies. New-York principal port de l'Amérique anglaise, était aussi un grand marché de cette denrée. On y vendait les convicts que l'Angleterre expulsait de son territoice, les èmigranls d'Europe qui étaient incapables de payer leur passage, les nègres d'Afrique, et les Indiens qu'on avait volés ou faits prisonniers. De là, oa les expédiait dans les provinces qui manquaient de bras, ou aux ludes-Occidentales. Pour compléter les idées sur l'état moral et intellectuel de ces populations dans la première moitié du dix-buitième siècle, je vais rapporter un fait digne de remarque.
On a vu dans le précédent volume, à quelles extravagances et à quelles cruautés avait pu se laisser entraîner le peuple de la Nouvelle- Angleterre, alors plongé dans la superstition ;
' Dunlap, 1" vol.. p. 563-564.
' Le même, 2* vol., wppendix, p. 174.