CHARTE
à perpétiàté, de la quasi-sou\eraineté du Marjland, à charge d'allégeance à la couronne et d'une redevance consistant dans le cinquiôme de l'or et de l'argent qu'on trouverait dans ce pa-^js. On était encore au temps des rêves dorés. L'autorité du concessionnaire ou Propriétaire s'étendait au droit de nommer à tous les emplois publics, d'établir des tribunaux civils et criminels, d'ériger des églises, d'incorporer des villes, et d'accorder des dignités et des titres d'honneur. Cette autorité avait cependant des limites : si le lord-Propriétaire nommait aux offices, les émoluments des titulaires dépendaient de la législature qui pouvait en refuser l'allocation et rendre vaines les nominations. D'un autre côté, d'après la charte, les lois de la colonie devaient être conformes à la saine raison et ne pas s'éloigner autant que possible, de celles de la métropole. De plus, elles ne pouvaient être exécutoires que de l'avis et avec l'approbation des freemm * de la province ou de leurs représentants convoqués en assemblée générale. C'était le premier exemple d'une.partidpation assurée aux colons dans le gouvernement de leur pays d'adoption. Le lord-Propriétaire ne pouvait porter atteinte à la vie et à la liberté d'aucun d'eux. Mais, chose digne de remarque et contraire à tous les précédents ! aucune clause n'obligeait à soumettre les lois de la province à l'approbation du roi, et ce prince prenait l'engagement pour lui, ses héritiers et successeurs, de ne jamais lever aucune taxe et frapper aucun impôt et droit de douane sur les habitants el sur les produits de la colonie. N'était-ce pas l'oubli le plus complet des prérogatives de la couronne et surtout de la suprématie
' Le mol freeman ne signifiait pas seulement homme libre, mais propriélaire foncier libre. Cette interprétation résulle de la combinaison des termes des sections 7 et 8 de la cliarte. Hais en Tail, jusqu'en l'année IGSI, lord Baltimore appela ù la jouissance des droits politiques, tous les honunes libres de la c«lonie, propriétaires ou non. (Mac Hahon's llistory ofMaryland, l" vol., p. HZ.
a MARTLAHD.
(lonl les Anglais furent toujours si jaloux, h l'égard de leurs, possessions? Mais la politique anglaise n'avait alors en vue qvm de créer des colonies sans bourse délier, sauf à prolîter plus lard, des occasions qui s'offient toujours de ressaisir le pouvoir qu'on laissait momentanément échapper.
Une autre circonstance mérite d'être signalée : la charle ne contenait aucune garantie de liberté de conscience, pas même la moindre allusion à la folérance envers les catholiques, encore bien que la colonie diU être fondée par des hommes de cette croyance. C'est que la loi et le préjugé en Angleterre leur étaient très-hostiles, et qu'il ne pouvait être question dans un acte public, d'une faveur spéciale pour eus. Mais ici comme pour la Nouvelle-Angielerre, on admettait le système des sous-entendus, et l'on pouvait aussi bien pratiquer le catholicisme dans le Maryland, qu'ériger en Kglise dominante, le Puritanisme à Plymouth et dans le Massachusetts, contrairement à la loi anglaise qui avait créé une religion d'État différente de ces deux Églises. Leur sort cependant ne fut pas le même, ainsi qu'on le verra plus loin.
Dès le début, la charte de lord Baltimore renconira une vive opposition en Virginie, noiammeni de la part de William Clayhorne secrélaii-e du conseil de cette province et personnellement intéressé dans le commerce de fourrures. Celui-ci sétant procuré anlérieurement, une patente pour r.iirc ce trafic, avait élabU à cet effet un posie dans l'ilc de Kent, l'une des possessions du Maryland. 11 considéra la charle nouvelle comme une violation de ses droits, et il voulut y résister. Une lutte armée engagée par lui eut une issue fatalc : vaincu, il ne trouva son salut que dans la fuite, mais il laissa dans l'île, des semences de rébellion qui germèrent cl qu'il fallut détruire ensuite par la force. Clayborne voyant son impuissance h triompher par cette voie, saisit le conseil privé du roi de ses réclamaiions, mais il échoua là comme
nitleurs, el sa pétition fui rejctéc. Il en résulta une haine qui pesa longtemps sur le Maryland et ne contribua pas peu à troubler sa prospérité.
Lord Baltimore une fois en possession de sa charte, rcnonça h prendre possession par Jui-méme de son territoire. Il délégua ses pouvoirs à son frère Léonard Calvert avec le titre de gouverneur. Ce dernier, accompagné d'eniiiion deui cents Anglais de très-bonne famille presque tous catlioliques, et de leurs serviteurs, s'embarqua pour le Nouveau-Monde le 22 novembre 1655. Suivant la direction qui lui était donnée, il entra dans le Potomac, et après diverses explorations, il prit terre le 27 mars 1634 et jeta les fondements de l'établissement nouveau, sur un point de ce fleuve qu'il appela George et qui depuis, reçut le nom de Sainte-Marie'.
Avant de prendre possession du sol, Léonard Calvert entra en pourparlers avec les Indiens Yoamococs qui se trouvaient l'occuper. Il leur donna des bardes, des couteaux, des haches et des bècbes dont ils pourraient se servir pour l'a* battage des bois et pour la culture. A ee prix, ils abandonnèrent le village tout entier ainsi que les huttes qui y étaient établies*. Pour la première fois, on donnait aux Indigènes des insirumenis de travail, et on les conviait à l'agriculture, seul moyen d'assimilation possible avec les blancs. Les Catholiques peuvent donc se faire honneur de cette pensée si grandement en opposition avec ce qui se passait ailleurs où l'on n'imaginait rien de mieux à donner aux Indiens, que des liqueurs fortes propres à les abrutir.
On a beaucoup vanté le traité fait par Penn avec les Indiens, mais on n'en trouve aucune trace écrite. Il n'existe que dans les traditions des Quakers. Cependant en le supposant aussi solennel qu'on l'a dit, quels objets ceux-ci donnèi-ent-ils aux tribus avec lesquelles ils traitèrent? Des vôte-
' Bancroft, p. 100, el Bozman's Hislory of Maryland, V vol., p. 29. • Bozroan, 2'v«l., p. 29.
incnts et d'autres objets de peu de valeur destinés à la parure des Indigènes. On n'aperçoit là aucune pensée civilisatrice; l'on peut même ajouter qu'en donnant une compensation pour les terres acquises, Penn ne fit que céder à l'impulsion de l'iïivôque de Londres ' qui lui recommandait bien 0 d'acheter et non de ravir les terres des Indigènes ». On voit donc que, quoique venu bien après lord Baltimore, Penn resta en arrière de lui, sous ce rapport. Il ne vît quel'intéréi de sa colonie ; aucune pensée de prévoyance ne s'étendit à l'avenir de la race rouge. C'est par de fréquentes comparaisons entre les hommes, qu'on arrive h dessiner exactement les situations, et à faire à chacun exacte justice.
Pour encourager l'immigration et le peuplement de la province, le lord-Propriétaire avait promis aux premiers colons des avantages qu'il importait de réaliser pour les mieux attacher au sol. Il adressa donc h son frère Léonard, en 1636, des instructions dont l'objet était d'accorder à chacun de ceux qui avaient amené à leurs frais dans le Muryland pendant l'année 1653, cinq hommes de seize à cinquante ans, 2,000 acres de terre, sous la seule condition du payement d'une rente annuelle et perpétuelle de 400 livres pesant de bon blé, appelée qtàt rent. Tout autre immigrant qui n'avait fourni qu'un nombre moindre d'habitants, ne pouvait prétendre qu'à 100 acres de terre pour lui, autant pour sa femme, et pour chaque tête de serviteur; plus 50 acres pour chacun de ses enfants, moyennant le payement d'une rente annuelle de 10 livres de blé par 50 acres. Les avantages étaient moindres pour ceux qui n'avaient procuré des colons qn'en 1634 et 1635, Enfin pour chaque cinq émîgrants fournis postérieurement à 1655, il était fait concession à celui qui les amenait à ses frais, de 1,000 acres de terre, moyennant une prestation annuelle de 20 shillings
' Voir cette lellre dans Clialmer's Aniials, eli. hi, noie 38.