CHAPITRE XVII
COLONIE DE NEW-lBnSET
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BOOVERHBUEMT DE PBOPRIÉTÀLUB. — CBAnTB. — QmTRENTS. — VICKSimPE».
Dans le chapitre consacré à h province de New-York, on a vu que le duc d'York à peine saisi de l'imporlanlc conccssi<m que lui lit son frère le roi Charles 11, en détacha en 1664, tout un lerritoire confiné en grande partie, d'un côlé, par l'océan Atlantique et l'Hudson, el de l'autre, par la rivière Delaware, et dont il fit cession lui-même, â Georges Carlcrd el à lord Berkeley. Celte possession dès lors, forma une colonie distincte, sous le nom de New-Jersey. L'Amérique anglaise allait compter une fois de plus, un gouvernement de Proiinètaire.
J'ai déjà expliqué que dans l'esprit des institutions de cette époque, on faisait une distinction sérieuse entre ta concession du territoire lui-même, et l'octroi de h prérogative de le gouverner. Le duc d'Vork avait reçu de son frère ces deux avantages à la fois, par la charte qui en fait mention. Mais la cession par le duc à Carteret el à Berkeley, très-explicite pour la détermination des limites du territoire cédé, était muette quant aux pouvoirs de gouvernement, quoiqu'il semblât à ceux-ci, eu égard à la vaste étendue du lerritoire cédé, que ces pouvoirs se trouvaient compris implicitement dans le pacte de 1664. Toutefois, on verra plus loin les difficultés qui naîtront de ce silence, et je signalerai une particularité fort curieuse de droit public.
Les nouveaux Propriétaires se mirent promptement à l'œuvre, et convaincus qu'ils élaicnt légitimement saisis de
CBASTE. 131
l'autorité souveraine, ils publièrent une cliailc de gouvernement, sous le titre de Coficessious et pacte offerts par les Propriétaires de New-Jersey à tom ceiix qui voudront s'y établir pour coloniser.
Voici quelques points substantiels de cette charle :
On offrait à chaque immigrant une certaine quantité de teiTes, proportionnée au nombre de personnes qu'il amènerait libres ou esclaves, et suivant l'époque plus ou moins rapprochée du début, moyennant une rente foncière extrômemenl minime, variant d'un demi peiwy à un penny par acre, et qu'on appelait quitreiH. Les mêmes avantages étaient offbrls aux serviteurs engagés (iiidenled servants); à l'expiration de leur temps de service.
L'administration de la province était confiée b. un gouverneur et à un conseil de douze membres nommés par les Propriétaires.
Le pouvoir législatif reposait dans le gouverneur, le conseil, et un nombre déterminé de représentants nommés annuellement par les propriétaires fonciers habitant la province. Ces trois individualités réunies consliluaient l'assemblée générale chargée de la confection des lois, et ayant pouvoir de se réunir et de s'ajourner à sa volonté. Les lois, même agréées par le gouverneur, étaient sujettes à l'approbation des Propriétaires,
L'assemblée avait encore la prérogative d'instituer des cours de justice, même des manoirs avecleurs juridictions distinctes ; de lever seule des taxes sur les terres et les marchandises, de créer une force militaire, de naturaliser les étrangers, etc.
Le gouverneur et le conseil avaient le droit de nommer tes juges elolBciers des cours instituées, pourvu qu'ils les choisissent parmi les freeholders c'est-à-dire propriétaires fonciers ; mais ces fonctions étaient révocables à volonté.
Les Quakers jouissaient de la dispense du serment, moyen*
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nant une afrlrmatlon qui en (cnait lieu, el les soumettait aux
mêmes peines que les parjures, en cas de fausse déclaration.
La liberté de conscieuce était garantie, mais on verra bientôt que ce précieux avantage ne (arda pas longtemps à s'affaiblir, non par le fait des Propriétaires, mais grâce à l'intolérance des sectes '.
Il est digne de remarijue qile ces libertés émanaient d'hommes qui, en Angleterre, les eussent repoussées avec mépris. Devenus Propriétaires d'une colonie, ils rivalisaient de largesses avec leurs voisins pour attirer les émigrants de leur côté, et pour féconder leurs possessions, à l'aide d'une judicieuse solidarité d'intérêts. Le moyen était habile, il eut plein succès.
Mais pendant que ces institutions se préparaient en Angleterre, il se passait dans la colonie, un fait qui semble d'une importance secondaire, et qui fut cependant un sujet de troubles et de désordres persévérants. J'en vais parler sommairement : avant que Nichols gouverneur de la province de New-York eût connaissance du démembrement qu'en faisait le duc d'York, en faveur de Carteret et de Berkeley, il avait imaginé, pour peupler la partie appelée New-Jersey, d'au toriser un certain nombre d'individus à y acheter des terres directement des Indiens, sans aucune réserve de quitrent ou profit de son maître, en tant que souverain du pays. Des habitants de Long-lsland se prévalant de cette faveur spéciale, achetèrent des tribus du voisinage, une grande étendue de terre à l'Est de la colonie, et dont ils payèrent le prix. Le titre quoique émanant d'une colleclion d'Indiens, n'était revêtu que de la marque d'un seul chef, mais il reçut la confirmation de Nichols. Bientôt, sur partie des terres achetées, on vit surgir trois petites communes appelées Ëlizabethtown, Woodbridgeet Piscataway. Un peu après, d'autres cultivateurs de
* T. F, Gordon's Uislory of New-Jeriey, p. 25-26.
CONHITION cléricale puritaine. 13
Loflg-Island s'établirent près de Htddielown, et des familles de la Nouvelle-Angleterre prirent possession de Shrewsbury, deux localités qu'on suppose avoir été fondées par les Hollandais et les Anglais.
Cette région contenait encore quelques communes peuplées par des Hollandais, antérieurement sans doute à la conquête, telles que Bergen sur l'Hudson, en face de Nevf- York, et une ou deux autres dans la baie de Newark.
C'es,t dans cet état de choses, que Carteret et Berkeley nommèrent pour gouverneur de leur province, Philippe Carteret frère de l'un d'eux. Il arriva en Amérique en 1665 avec une trentaine d'éniigrants, et tous se fixèrent à Ëlizabelhtown qui fut considérée comme la capitale de ce nouveau pays, quoiqu'alors elle ne comptât pas plus de quatre maisons. Son premier soin fut de confirmer les concessions faites par Nichols, et il expédia des agents dans les provinces de l'Est, pour rendre publics les avantages offerts par les Propriétaires, et pour attirer des émigranfs. La Nouvelle-Angleterre répondit à son appel. Toutefois l'esprit de secte était encore tellement étroit et jaloux, que des ëmigrants du Conneclicut en venant fonder quelques communes, sollicitèrent et obtinrent la faveur spéciale de se gouverner comme ils l'entendaient. Ils i-eproduisirent alors celte malheureuse loi du Massachusetts qui faisait dépendre la jouissance des droits politiques, de la qualité de membre de l'Église puritaine'. La contagion heureusement, ne gagna point les autres parties du territoire, mais on voit que dès le principe, la liberté de conscience qui élait la base du pacte social, se trouvait violée.
En 1668, le gouverneur convoqua une assemblée générale pour pourvoir aux premiers besoins de la colonie, mais deux sessions successives ne donnèrent que des résultais insignifiants. Quelques communes même dénièrent à l'assem-
> fiiiiicrotl,p. 515.
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blée toute aiitorilé sur elles, en se fondant sur ce qu'elles avaient obtenu, en sa constituant, \e letf-govemment^. Ce n'était là qu'un prélude à des difticultés plus graves.
.Le moment -vint où le gouverneur exigea le payement des quilrents pour toutes les terres occupées par les colons. Ceux qui possédaient en vertu de licences données par Nicliols, refusèrent tout payement, en alléguant qu'ils n'avaient point acheté du souverain, mais des Indiens directement, et que leur situation n'avait rien d'analogue avec celle des possesseurs dont le titre postérieur rentrait dans les condilions de la charte. Hais ceux-là même dont les obligatiohs n'étaient guère contestables, firent cause commune avec les autres; et de toutes parts, il y eut résistance. Les mécontents convoquèrent eux-mêmes révolu lionnairement une assemblée dans le but d'aviser, et les délégués nommés se constituèrent seuls et choisirent un gouverneur. Une fois jetées dans cette voie, les choses suivirent une pente rapide : on s'empara des officiers chargés de faire exécuter les ordres de Carteret, on confisqua leurs biens, et lui-môme pour échapper k un sort plus terrible peul-ètre, ne trouva son salut que dans la fuite *.
Ces perturbations duraient depuis deux années, lorsque le duc d'York qui se considérait encore comme souverain de ce territoire, témoigna aux colons sa désapprobation de leur conduite ; et le roi leur envoja l'injonction de se soumettre aux Propriétaires, et de jrafyir les rentes réclamées. Mais avant l'époque fixée pour IcTétàÈlissement de l'ordre, New- Jersey ainsi que New-York étaient relouibés aux mains des HollBndsis qui en avaient reconquis la possession. Le nouvel élat de choses ne fut pas de longue durée, car par le traité de Londres de 1674, la Hollande restituai t'Anglelerre les
' Hildreth, 2' vol., p. 55.
* T. F. Cordon, p. 39.
ItEPRlSE DE POSSESSION. 155
colonies qu'elle lui avait enlevées, notamment New-York et New-Jersey.
 l'occasion de la dépossession momentanée de l'Angleterre, dépossession qui avait exigé un traité avec ta Hollande pour opérer la réintégration de l'autorité perdue, on prétendit que les droits du duc d'York sur les deux provinces, s'étaient évanouis par la conquête hollandaise, cf que le traité de paix les avait fait rentrer à la couronne ; qu'ainsi il y avait nécessité d'une nouvelle investiture au profit du duc. Cette considération ne pouvait entraîner aucune difficulté sérieuse, car le roi s'empressa de renouveler la concession primitive, el dans les mêmes termes. Mais si le principe était vrai, il devenait indispensable de l'appliquer au titre de Cartcret et défierkeley. Le duc, qui n'èlail point sans regret d'avoir aliéné une si belle province, hésitait, et il eût volontiers exigé des avantages nouveaux en retour de ce service. Cependant le souvenir d'anciens rapports d'amitié avec les deux nobles anglais, triompha de ses incertitudes intéressées, et il réitéra à leur profit la concession originaire, sans y rien changer, et en laissant toujours planer le doute sur l'octroi de toutes les prérogatives de gouvernement,
New-Jersey avait été réuni 5 New-York sous la courte domination hollandaise. II en fut de même après la reprise de possession par l'Angleterre. Andros administra ces deux colonies pourle compte du duc dTorfc, jusqu'à ce que George Carteret et Berkeley pussent reprendre le gouvernement de New-Jersey. Malgré les mauvais traitements dont il avait été précédemment l'objet, ce fut encore Philippe Carteret qui reçut la commission de gouverneur. On ne s'explique guère ce choix, car outre les précédents dont le souvenir était fâcheux, il avait à vaincre l'ijupression pénible d'une nouvelle charte qu'il apportait, et qui était restrictive des libertés pi-écédemment acquises. Ainsi on transférait de l'assemblée au gouverneur et au conseil seuls, le pouvoir d'accorder des
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naturalisations, d'approuver ou de rejeter les ministres choisis par les différentes sectes, et dont le traitement serait i la charge de ta colonie. En outre, le gouverneur avait seul la prérogative de fixer l'époque et le lieu des sessions de la législature, et de faire des ajournements, à sa volonté, comme aussi de diviser le pouvoir en deux corps dont l'un composé des membres du conseil, et l'autre des députés élus par les freehdders\
Cette nouvelle charte n'allait s'appliquer qu'à la partie Est de New-Jersey, la seule peuplée, la seule aussi qui dût rester à G. Carteret. En effet, cette attribution résultait du partage déjà convenu entre les deux concessionnaires, de la totalité du territoire concédé, au moyen d'une ligne inclinée partant de Utile Egg harbour sur l'Océan, et s'ëtendant jusqu'à la frontière Nord-Ouesl. Cette division se réalisa un peu plus tard en 1676.
Ces arrangements n'avaient qu'un inlérûl secondaire pour les colons, et leur attention se portait alors sur un grave empit^tement que se permettait Andros gouverneur de New- York, P. Carteret témoin du succès du commerce de cette province, dirigea les efforts de sa colonie vers le même but, et essaya des rapports directs avec l'Angleterre. Cette rivalité était menaçante pour leurs voisins : elle éveilla la sollicitude, mieux vaudrait dire la cupidité d'Andros qui fit revivre les prétenlions du duc d'York sur New-Jersey, en le rendant tributaire de son autorité souveraine. Il fit main basse sur les vaisseaux engagés dans le commerce avec ce pays naissant, il commit encore d'autres esactions, et il poussa la hardiesse jusqu'à arrêter Phil. Carteret, et à l'emmener prisonnier à New- York. Cependant George Carteret, qui ne pouvait rester impassible en face de pareils outrages, s'adressa au duc lui-même : il invoqua leurs anciens rapports d'amitié, et à la faveur de ces
* Gordon, p. 5'.