‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 31 sur 130 · QUAKERS · texte numérisé non relu

QUAKERS

considérations seulement, le prince se relâcha de ses exigences, mais sur la partie Est seulement, qui devait rester à son ami. Ou ne faisait donc que déplacer le champ de la lutte, car désormais, c'est dans l'Ouest de la province et avec les Quakers destinés à le peupler, que la question de )H'érogative \& s'agiter de nouveau.

Chacune des deux parties Est et Ouest de New-Jersey étant appelée à avoir des institutions et un gouvernement disliocts, il convient, pour mettre plus de clarté dans le récit, de considérer l'une et l'autre sous des paragraphes séparés, jusqu'à ce que les événements politiques les réunissent une fois de plus, sous une seule domination.

■ •oiioa II

REn-JERSET-OmST. — QUAKERS. — CHARTE. — DIFFICDLlis M 0ODVER1<EI1e:IT. — InTOLÎRjkXCE.-

Beritcley, auquel par un partage'provisoire, était échue la partie Ouest du New-Jersey, fatigué des luttes è soutenir pour le payement des quifrents, et redoutant les conséquences des prétentions du duc d'York, qui pouvaient de beaucoup appauvrir ses possessions, se décida h les aliéner. II se mit en rapport avec deux Quakci's anglais : JohnFenwicke et Edouard Byllinge, lesquels moyennant un prix de mille livres sterling, prirent son lieu et place, le 18 mars 1673. L:i part de chaque acquéreur ne se trouvant pas bien déterminée, un débat allait s'ensuivre, lorsque William Pcnn, Quaker lui-même, s'interposa et régla le différend, à la satisfaction commune.

Fenwicke fiit le premier k se rendre en Amérique; il partit en 1675, emmenant sa Emilie et quelques Quakers intéresressés comme lui dans l'entreprise. Ils prirent terre dans un lieu d'un aspect riant, sur la Delaware, et lui donnèrent le nom de Salem.

Quant à Byllinge associé de Fenwicke, engagé dans des

13* , NEW-JERSEY-DUEST.

affaires dé commei"ce très-élendues, il essuya des perles considérables qui l'obligèrent à céder tous ses biens à ses créanciers, pour obtenir d'eux sa libération. Ceux-ci formèrent une union, et désignèrent pour commissaires chargés des intérêts communs, trois d'entre eux appartenant à la secte des Quakers; de ce nombre était William Penn. D'accord avec Fenwicke, l'intérêt collectif dans la colonie fut divisé en cent parts dont dix seulement revenaient à ce dernier. Quant ans quatre-vingt-dix autres attribuées aux créanciers Byllinge, les besoins de la liquidation étant pressants, force fut de les vendre ; elles se trouvèrent bieniilt en diverses mains. L'administration de Jersey-Ouest n'en devait pas moins avoir un gouvernement unique, mais le souverain était multiple. C'était la première colonie quaker qu'on allait fonder en Amérique. Comme les principes de la secte ont exercé beaucoup d'influence sur la marche du gouvernement de cette partie du New-Jersey et de la Pensylvanie, et que les bases de celte société sont entièrement différentes do celles du New-Jersey-Est peuplé de Puritains, il n'est pas sans intérêt déparier sommairement ici du uredo des Quakers, en opposition avec celui de leurs voisins.

De toutes les formes du protestantisme, le quaherisme affeclait le plus d'indépendance dans les matières spirituelle et temporoUe. Pour les membres de cette secte, la Bible n'élait qu'un texte obscur qui avait besoin d'être éclairé par cette étincelle divine qu'ils appelaient lumière intérieure (inner lighl) ^ et que chaque homme porte en lui, plus ou moins vive. A la lueur de ce précieux fanal, la vérité se révélait et délerminait la conviction. Si celle doctrine était fondée, il y aurait pour tous, une sorte d'indépendance individuelle, mais inégale, et qui ne serait pas sans danger, puisque la raison de chacun serait éclairée d'une manière variée cl diffi'rento. Mais par-dessus tout, cette raison se subaltcrniserait à une sorle d'illumination qui pourrait l'ébïouir et

OUAKERS ET. PURITAINS. 159

ta détourner des voies qui lui sont propres. En fait, c'était un mélange confus de raisonnement et de superstition, h Taide duquel on justifiait par le sentiment intime, ce qu'on ne pouvait définir autrement; cl pour donner plus de poids aux croyances, on les plaçait sous le rayon de la divine lumière.

Du domaine spirituel, les Quakers transportaient cette indépendance dans la vie pratique. Pour eus, toutes les opinions religieuses étaient admissibles : chacune dVlles contenait une parcelle devérilé. DifTèrenls en cela des Puritains qni réclamaient la liberté de conscience et ne la pratiquaient que pour eux seuls, à l'eiclusion de tous autres; les Quakers, conséquents avec leurs doctrines, admettaient la tolérance pour tous les cultes. Ils se séparaient aussi des Puritains en un point très-important : ceux-ci s'appuyant presque exclusivement sur l'Ancien Testament et sur la loi de Moïse qui était duœ el cruelle, n'avaient recours qu'au glaive, comme moyen efficace de conversion. Les Quakers, au contraire, n'invoquaient que le Nouveau Testament, c'est-à-dire la douce loi de l'Évangile, pour triompher par la persuasion; aussi repoussaient-ils l'élal de guerre comme cruel el barbare, et ils résistaient à toule organisation militaire. Ils allaient plus loin encore : fnis-enelins à la passivité, ils voulaient refuser à la loi pénale la sanction du bras séculier. A l'inverse des Puritairsqui reconnaissaient aux synodes une certaine autorité sur !a doctrine, les Quakei's rejetaient toute suprématie religieuse, mais ils étaient loin de se montrer hostiles au pouvoir séculier. Ils s'eUorçaient île distinguer d'une manii're bien tranchée, l'hommage qu'ils devaient à Dieu, de la déférence seulement qu'ils accordaient au souverain temporel; c'est ainsi qu'ils refusaient la formule du serment politique cl judiciaire, el y substituaient une simple affirmation qui, pour eux, constituait un lien aussi fort que le serment luimême.

140 NEW-JEHSET-ODEST.

II est encore un autre point sur lequel ils s'éloignaient des Puritains : ceus-ci, on l'a vu, admettaient des inégalités de naissance, de rang, de fortune, tandis que les Quakers les repoussaient d'une manière absolue. Les uns et les autres proscrivaient le luxe, mais chez ces derniers, la règle était égale pour tous, tandis que les autres sectaires admettaient certaines distinctions suivant la position sociale. Enfin les Puritains se considéraient comme le peuple choisi de Dieu, tandis que les Quakers ne voyaient en eux-mêmes, qu'une branche de la grande famille humaine reliée aux autres par la fraternité évangéUque.

Les Quakers, très-humbles à leurs débuts, heurtèrent violemment la conscience publique par des excentricités et des blasphèmes qui, à une époque de grande ferveur religieuse, ne pouvaient rester impunis. Quand leur nombre s'augmenta en Angleterre, on eut un grief de plus à leur opposer : c'était le refus de serment, dans les cas voulus par la loi. On les supposa alors animés d'intentions hostiles à la royauté, et comme tels ils furent l'objet d'activés persécutions. La loi prononçait contre eus l'amende, l'emprisonnement, puis le bannissement; et un grand nombre d'entre eux furent transportés aux lies Barbades et dans l'Amérique anglaise. Dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, les rudes épreuves du malheur les avait rendus plus circonspects; ils s'étaient recrutés parmi les marchands et les hommes de quelque consistance, et si leur secte comptait encore des esprits exaltés, ta masse tenait à former une organisation sérieuse avec une certaine discipline, dans une contrée où elle pût appliquer ses principes et les propager sans entraves et sans molestation. C'est dans la vue de créer un refuge aux proscrits et d'établir un gouvernement de leur choix, que plusieurs hommes importants parmi les Quakers, achetèrent la part de Byllinge dans le New-Jersey. Au point où nous sommes arrivés de l'histoire de cette province, ils vont poser les bases

Page 1