WILLIAM PENN. W
principes des Qualiers. Sa profession de foi s'était toujours contenue dans des bornes qui pouvaient satisfaire ses amis, mais en 1668, à peine âgé de vingt-quatre ans, il fut chargé d'une mission pour propager les principes de la secte dés Quakers. Dans cette nouvelle arène il trouva la persécutt(m, et fut plusieurs fois jeté dans les prisons d'où il continuait à combattre par ses écrits,pour le triomphe de ses idées ; mais à la faveur des amis de sa famille, il parvenait toujours à renverser ces barrières. En 1671, à sa sortie de Newgate, il partit pour la Hollande et l'Allemagne qu'il visita en partie, et où il retourna en 1677, pour y faire une activa propagande. On verra plus tard, que ses rapports avec ce dernier pays contribuèrent beaucoup au peuplement de la colonie qu'il allait fonder.
D'un esprit élevé, naturellement enclin aux spéculations philosophiques," ses méditations portèrent plus particulièrement sur le mouvement des sociétés, et sur les perfectionnemenls à apporter dans le gouvernement des peuples ; en sorte que quand vint à sonner Theure de son avènement au pouvoir, le législateur philosophe avait toutes prêtes les institutions dont il voulait doter le pays confié à ses soins.
Son père, en mourant, lui laissa une grande fortune qui comprenait entre autres choses, une créance de 16,000 livres sur le gouvernement anglais. On ne pouvait compter sur les ressources de Charles II pour l'acquit de cette dette, aussi Penn, qui déjà en 1676, avait pris un intérêt dans l'acquisition de New-Jersey, pensa-t-il avec raison, que le meilleur moyeh de se couvrir sans réclamer d'argent au roi, était de solliciter en payement de sa créance, une certaine étendue de pays dans les possessions anglaises d'Amérique. Cette combinaison offrait plus d'une difUculté, car le territoire qu'il avait en vue, était précisément celui qui s'appela depuis Pensytvanie, et que le duc d'York considérait comme déjà compris
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dans sa propre charte de la province do New-York. Touferois le duc, en faveur de 1 elroile amitié qui l'unissait au père de William Penn, se relâcha de ses prétentions, et préla les inains à la concession demandée. Restait à vaincre l'opposition de lord Baltimore qui, lui aussi, faisait valoir des droits antérieurs, et insistait pour qu'on les respectât. Une instruction fut faite, et après l'accomplissement de toutes tes formalités voulues, le roi, persuadé qu'il ne portait ateinle à aucun droit préexistant, accorda à William Penn la concession qu'il sollicitait, et il lui lit expédier, à la date du 4 mars 1681, une charte qui le constituait propriétaire de cette province, et lui conférait les prérogatives de gouvernement'.
Celte charte avait beaucoup d'analogie avec celle de lord Baltimore, elle en différait cependant en quelques points importants : ainsi, après avoir établi l'autorité du concessionnaire et garanti les droits des colons à une participation aux lois et au vote des impôts, la charte réservait : l°au roi, le veto sur toutes les lois, 2° et au parlement, le droit d'imposer des taxes sur la colonie. Soumission était exigée aux lois anglaises régulatrices du commerce, lois si détestées dans les autres colonies; et la tolérance était réclamée pour l'Eglise d'Angleterre. Enfin on accordait à Penn le droit de créer des cours de justice dont les décisions seraient sujettes à appel ù la couronne. Mais chose remarquable! la charte ne tenait aucun compte des scrupules de conscience du Quaker en matière [de serment politique et judiciaire, pas plus que de sa répulsion pour la guerre qu'il considérait comme un acte de barbarie. Ainsi, ce pacte laissait le serment dans les termes du droit commun, et il confiait à Penn et à ses héritiers, la prérogative de lever des troupes, de faire la guerre par terre et par mer, même au delà des limites de la province '. Il était difficile qu'il en fût autrement, car l'on ne pouvait
' Proud's Hislory of Penmylvania, i" vol., p. 170. ) llildreUi, 3' vol., p. Ci.
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PRËUHINAinES. 100
supposer aux Quakers un efibcemenl tel, qu'ils consentissent B se laisser envahir sans se défendre. On verra plus loin, combien le scrupule de ces sectaires fut un embarras de gouvernement et une source de graves difficultés.
Déjtt on l'a vu, partie de cette nouvelle province était peuplée d& Suédois et de Hollandais, à l'embouchure du Schuylkill, outre quelques établissements formés par des Anglais sur la rive Ouest de la Delaware. Il devenait nécessaire de leur faire connaître qu'ils changeaient de maîtres : ce fut l'objet d'une proclamation du 2 avril 1681, par laquelle le roi réclamait des habitants, obéissance au nouveau Propriétaire, dans les termes de la charte qu'on leur notifiait.
Penn se prépara -immédiatement pour l'exécution, et il expédia à ses nouveaux sujets un message dans lequel il les assurait qu'il entendait les faire jouir de la liberté, sous le seul empire des lois à la confection desquelles ils participeraient '. Dans ces termes, il pouvait compter sur leur concours.
En môme temps, il rendit publiques eh Angleterre, les' conditions auxquelles il entendait faire des concessions de taire pour la colonisation de la province, à savoir : 40 shilt. par 100 acres, outre une rente perpétuelle de 1 shill, pour cette même quantité de terre. Cette rente devint plus tard, l'objet d'améres récriminations de la part des colons, qui préfendirent qu'elle ne leur avait été imposée que pour venir en aide aux frais du gouvernement, et notamment du gouverneur appelé à remplacer Penn dans la colonie. A ce titre, ils se considéraient comme dispensés de toute contribution particulière pour le soutien de l'administration.
Quoi qu'il en soit, il se présenta bientôt un grand nombre d'acheteurs, notamment une compagnie qui s'appela Compagnie /lire det commerçants en Pensylvaniey laquelle à elle
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seule, acheta 20,000 acres de ferre (4681). Ces premières ventes réalisées, trois bâtiments chargés d'émigrants mirent promptement à la voile, sous la direction de William Markham nommé par Penn pour son gouverneur, et de commissaires dont la mission consistait fa entamer des rapports d'amitié avec les Indiens, et à éteindre lewrs droits sur ce territoire. Les sentiments de Penn à l'égard de ces peuplades, se produisaient d'une manière si différente de ceux des autres colonies, qu'il convient de rapporter ici la lettre qu'il leur adressa dans celte circonstance :
a Mes amis,
« Il y a un Dieu grand et puissant qui a fait le monde et toutes les choses qui s'y trouvent, auquel vous et moi et tous les peuples nous devons l'existence et le bien-être, et envers lequel nous sommes comptables de tout ce que nous faisons ici-bas.
n Ce Dieu grand a écrit sa loi dans nos cœurs : elle nous enseigne et nous commande de nous aimer, de nous aider et de nous faire du bien les uns aux autres. II a plu à cet Être suprême de me donner un intérêt dans cette partie du monde que vous habitez, et le roi de mon pays m'y a octroyé une province. Mais je ne veux en profiter que de votre agrément et de voire consenUment:^ afin que nous puissions toujours vivre en paix, dans des rapports de bon voisinage. Le Dieu grand qui nous a créés, a-t-il entendu que nous nous dévorions et nous détruisions les uns les autres? N'a-t-il pas plutôt voulu que nous vivions avec modération et affectioa les uns pour les antres 1 Je tiens à vous dire combien je suis peiné des mauvais traitements et de l'injustice dont vous avez eu tant à souffrir, de la part des Européens qui n'ont songé qu'à eux dans leurs rapports avec vous, et ont tant abusé de votre con-
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flancR, au lieu de vous donner l'exemple de la bonté et de la patience. Vous en avez éprouvé beaucoup de peine, et telle est la cause sans doute des haines et des vengeances qui ont été portées jusqu'à l'effusion du sang; ce qui a soulevé le courroux de Dieu. Je ne suis pas un homme de cette sorte, on le sait très-bien dans mon pays. J'ai beaucoup d'atTection et de considération pour vous, et je désire me concilier voire amitié et la conserver au moyen de rapports paisibles fondés sur la bonté et la justice, les hommea que je vous envoie partagent mes sentiments et se conduiront en toutes choses, d'accord avec ces principes. Si quelqu'un d'entre eux venait à vous offenser, vous recevriez une satisfaction immédiate, par le moyen d'un tribunal composé d'hommes justes pris en égal nombre, dans vos rangs et parmi les n6(res ; de telle manière qu'il ne vous reste aucun sujet sérieux de dissatisfaclion ', etc., elc. »
Ce document est remarquable à plusieurs égards : il atteste les justes griefs des Indiens contre les Européens, et d'un autre côté, à la différence des Puritains qui ne voyaient en eux que des païens envers lesquels les plus grandes cruautés étaient autorisées par la Bible, Penn les appelle ses amis, enfants comme lui du môme Dieu, appelés aux même destinées, et ayant autant de droits que les blancs à l'affection, à la bonté, à la justice do tous. Pour la première fois, on les traite sur un pied d'égalité, sans égard à leur couleur, et ils ne sont pas menacés de l'esclavage, joug que les autres colonies n'épargnaient point aux peuplades de cette originc.'En un mot, ce ne sont pas des êtres différents qu'on voit en eux, mais des frères auxquels les préceptes de l'Évangile sont applicables 1 C'était une doctrine toute nouvelle qui fit époque, et dont tout l'honneur revient à Penn. C'est un de ses beaux titres de gloire.
' Proud, 1" vol., p. 195.