PENSYLVANIE ET COMTÉS DELAWAUE
Cette lettre n'était , à tout prendre, qu'une promesse, elle n'avait rien àe strictement obligatoire pour les colons. Mais aussitôt que Penn eut réalisé un certain nombre de ventes de ses terres, il fit avec ses acquéreurs, à la date du H juillet 1681, un premier traité renfermant certaines conditions préparatoires de gouvernement, et dans le nombre, se trouvent quelques clauses concernant les Indiens. Les articles 11 et 12 portent entre autres ctioses, qu'on ne pourra rien leur vendre et rien acheter d'eux, si ce n'est sur le marché public, pour éviter des fraudes sur la qualité, le poids et la mesure; et qu'une inspection sera organisée pour donner à ces derniers, les garanties dont ils ont toujours manqué vis-à-vis des planteurs qui ont tant abusé d'eux.
L'article 13 place l'Indien sous l'égide de la loi commune, pour garantir sa personne contre toute offense dont un blanc se rendrait coupable envers lui.
L'article 14 consacre la promesse faite par la lettre de Penn, en leur assurant un jury de douze membres, dont six blancs et six Indiens, pour l'examen et la décision de leurs griefs et de ceux des blancs contre eux '.
Ces bases premières n'étaient que les avant-coureurs d'une charte de gouvernement dont Penn s'occupait, et à laquelle son esprit philosophique donnait beaucoup de soin. Cette charte datée du mois de mai 1682 mérite une mention toute particulière. C'est la première fois peut-être que le souverain d'un pays, dans un acte de cette nature, passait en revue les principes primordiaux des sociétés, dîscufail les formes connues de gouvernement, et recherchait celles qui étaient les plus propres à assurer le bonheur du peuple. Suivant les idées de ce grand homme, « !e pouvoir est une émanation deDieu, destinée à faire le bien et à éviter le mal. Aucun mode absolu de gouvernement ne convient à tous les peuples, et il y a des
' Proud, 2* vol., appendix, n* 1.
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raisons particulières de se décider pour telle ou telle formé, suiîant les circonslances. Sa maxime est que tout gouvernement sera bon quelle que soit sa structure, quand la loi aéra la rigle de tous, et que le peuple y prendra part. Vouloir davantage dit-il, « c'est tomber dans la tyrannie, l'oligarchie ou la confusion. Ce qui est important, c'est d'avoir des hommes droits el justes pour exécuter la loi, car si elle est mauvaise, ils en atténueront les effets ou la feront réformer. Si elle est bonne, ils ne peuvent que l'améliorer. Prenons au contraire des hommes mécliants, ils esquiveront la loi ou la dénatureront 1 Pour produire de bons citoyens, il faut répandre l'éducation, c'est la sauvegarde de l'avenir des peuples. »
C'est sur ces bases que Penn établit sa charte de gouvernement « à l'efTet, dit-il, d'assurer au pouvoir le respect du peuple, el de garantir le peuple contre les abus du pouvoir. Car la liberté sans l'obéissance n'est que confusion, de même que l'obéissance sans la liberté n'est qu'esclavage '. »
Ces idées philosophiques étaient bien peu comprises alors, cardans laJiouvelle-Angleterre qu'on adonnée comme modèle, on en était encore à cette époque, à la persécution la plus effroyable en matière de religion, et à l'oligarchie théocratique, au point de vue gouvernemeijtal. D'un autre côté, OR verra pins loin, que quelques années seulement auparavant, le fameux philosophe Locke imposait aux Carolines un gouvernement purement féodal malgré la répulsion des habitants. Ainsi, soit que l'on compare Penn avec ses contemporains, soit qu'on le juge isolément, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il apportait dans le nouveau monde, les idées les plus généreuses, destinées à faire le bonheur du peuple qui se confiait à ses directions.
fl devait se trouver dans les meilleures conditions pour faire réussir ses principes, car selon toute apparence, le prin-
' Proud, 1" vol., p. 197 et suiv.
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