PENSÏLVANIE KT COMTÉS DELAWARE
CIURTE DE 1II96. ~ PIHÂTERIK. — DUSEDSIONS. — CHARTS DE ITOl.
cras iLECTOiuL. — RisisTAncE adx iubsides de cdebre.
Les prétentions arbitraires de Penn ne pouvaient qu'irriter les esprits, lui enlever les sympathies et altérer gravement la considération qui s'était attachée à ses premiers actes. Markham son gouverneur, exposa dans la session de 1695, les idées de Penn sur sa situation vis-à-vis des colons, mais l'accueil qui y fut fait lui donna l'idée de convoquer une autre législature dont les éléments nouveaux plus dociles peut-être, assureraient le succès des demandes de subsides qu'il lui importait de faire réussir. Mais lorsque l'assemblée générale fui réunie et qu'il eut présenté ses projets, un contreprojet se produisit immédiatement, lequel, par un arrangement habile, confondait dans le même contexte les subsides et un nouveau système de gouvernement. Markham fatigué d'une lutte sans résultat utile, consentit enfin au compromis qui lui était proposé, en réservant cependant le veto du Propriétaire dont il n'avait reçu aucune instruction sur ce point. A ces conditions, il obtint un subside de trois cents livres sterling affecté disait-on, aux Indiens résidant à Albany, mais en réalité, pour les besoins de la guerre. Ce détour n'était ' qu'une capitulation de conscience qui n'arrêtait pas plus les Quakers que les autres sectes protestantes, malgré l'austérité apparente de leurs principes.
Le nouveau pacte qui porte la date de 1696, est le troisième acte de celte nature qui, en peu d'années, prétendait régler les institutions fondamentales d'une manière stable et permanente. Je me bornerai à dire qu'il consacra les usurpations de l'assemblée, et imprima au gouvernement général une physionomie plus démocratique. Penn n'y donna jamais son agrément, et cependant il fonctionna sans difficulté jusqu'en 1699, époque de son refour dans la colonie.
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MESURES contre: lA PIRATERIE. 197
Déjà même avant ce retour, on se plaignait amèrement en Angleterre, des actes de piraterie et de contrebande qui se commettaient en Amérique, au mépris du droit des gens et des lois anglaises réglementaires du commerce. Les pirates infestaient les mers du Nord, et pénétraient jusque dans l'intérieur de la Delaware, avec la connivence des habitants. Penn ne ménagea point les remontrances, et comme il vit qu'elles étaient stériles, il recommanda à son représentant des mesures répressives, promptes et énergiques. L'assemblée générale bien convaincue du discrédit qui résulterait de la prolongation de son silence, et n'ignorant pas non plus le tort matériel soufTert par les habitants, se décida à édicter des peines sévères contre les délinquants; elle fît môme un acte de justice eseniplaire, en chassant de son sein un certain James Brown député de Kent, accusé d'avoir encouragé la piraterie {1697). Mais alors comme aujourd'hui en Amérique, les lois restaient longtemps lettre morte, et leur fréquente répétition en attestait l'impuissance sur une population qui détachait assez souvent le droit, du devoir. C'est ainsi que les mesures répressives de ce brigandage maritime durent être renouvelées pour donner satisfaction aux intérêts lésés et à l'opinion publique'.
Les idées de Penn s'étaient peu modifiées sur la nature de son autorité, et il revint en Amérique en 1699, bien décidé à regagner le terrain perdu en son absence. Mais les membres de l'assemblée alors en session, cherchèrent à lui faire comprendre que toute tentative de sa part serait inutile, même fâcheuse pour lui, et qu'il devait se rendre au vœu des populations. Moins convaincu que découragé, et voyant enfin l'inutilité d'une persistance qui n'aboutirait qu'à un insuccès final, Penn convoqua en 1700-1701, une nouvelle législature pour aviser au règlement de toutes les difficultés pendantes.
• flUdnlb, 2* vol., p. 205.
198 PENSYLTANiE ET COMTÉS DELAWARE.
Toutefois une circonstance venait compliquer la situation : les bas comtés de la Delaware étaient de plus en plus impatients de faire cesser leur union avec ta Pensylvanie, et ils réclamaient hautement leur séparation. D'un autre côté, la question des subsides se présentait de nouveau, plus urgente que jamais. Mais le caractère conciliant de Penn , et la crainte de dissensions qui pourraient causer la révocation de la cliarte royale, amenèrent la pacification générale, au moyen d'une nouvelle charte qui porte la date du 25 octobre 1701. C'est la quatrième, depuis la fondation de la colonie'.
La session débuta par une allocation d'une somme de deux mille livres afïectée aux charges du gouvernement. Quant aux subsides réclamés par l'Angleterre pour la défense de Nevï-Yorij, ils furent écartés.
Vinrent ensuite diverses lois concernant les esclaves. George Keith le dissident, dénonçait l'esclavage comme contraire à la loi du Christ, aux droits de l'homme et à une saine pditique. Mais les Quakers trop intéressés alors au maintien de cette institution, prétendirent n'être pas prêts k prendre un parti à ce sujet. Voltaire pourrait-ii dire quel est le plus libéral, de Keith qui demandait la suppression de l'esclavage, ou des Quakers qui le maintenaient? On se borna à faire des lois réglementaires destinées à améliorer le sort des esclaves, et spécialement une loi qui remettait à des tribunaux exceptionnels, la connaissance des délits et crimes commis par eux. Penn voulait davantage : il proposa de consacrer légalement le mariage des nègres. Mais l'hypocrite philanthropie des Quakers s'y opposa absolument, en sorte que ces malheureux furent condamnés à une ignoble promiscuité. Dans celle circonstance comme dans beaucoup d'autres, le grand homme pouvait-il être fier de ses coreligionnaires? En quoi se distinguaient-ils. des autres sectaires?
' Gnrdon, p. 123.
NODVELLE CONSTITUTION. 1»
Examinons maintenant la constitution nouvelle. Toici les points principaux qui en formaient la base :
Liberté civile et religieuse.
Pouvoir législatif confié à une assemblée sujette à élection annuelle, et composée comme précédemment. Hais la présence des deuï tiers des membres était déclarée nécessaire pour la validité des délibérations.
Les prérogatives déjù assurées à ce corps législatif hû tarent maintenues, mais avec réserve du veto, au 'gouverneur.
Quant au pouvoir judiciaire, il n'en fut fait aucune mention, pas plus que du conseil' ; omissions volontaires sans doute, de la part du plus grand nombre, mats qui devaient plus tard, entraîner de graves discussions.
Les shériffs et coroners étaient laissés à la nomination du gouverneur, sur une liste double de candidats présentés par les comtés.
Par un article supplémentaire de la charte, le Propriétaire accordail à la province et aux comtés le droit de dissoudre leur union quand ils le jugeraient à propos, dans un délaide trois années. Dans la prévision de ce cas, l'assemblée de la province devait recevoir un nombre additionnel de membres.
L'idée de privilège pénétra dans ce corps omnipotent : les Quakers étant généralemeni les plus riches de la colonie, on exigea un cens électoral qui consistait dans la possession de cinquante acres de terre, ou d'une valeur mobilière équivalant à cinquante livres sterling, afin de concentrer le plus possible le pouvoir dans leurs mains. Précédemment, ils n'avaient commis d'usurpation qu'aux dépens du Propriétaire ; maintenant ils portent la main sur les droits du peuple *.
' Gordon, p. 121.
» liildreth, 2* vol., p. 207.
300 PENSïLVAWIE ET COHltS DELAWARE.
Les concessions faites par Penn parurent si grandes, et son pouvoir si effacé, que lorsqu'il voulut plus tard, faire ressource de sa charte en la cédant à la couronne, on lui répondit qu'il avait tout concédé, et que ce qui lui restait ne valait plus la peine d'être acheté '. Une des grandes difQcultës de la situation consistait à trouver un homme habile et loyal pouvant, sans compromettre les intérêts du Propriétaire, gouverner ses possessions, tout en se ménageant la bienveillance de l'assemblée qui se montrait rebelle à toute direction, i toute transaction. Après beaucoup de recherches, Penn confia le gouvernement à Andrew Ilamilton de NewJersey, et il lui adjoignit un Conseil d'Ëtat composé de dix individus, pour la plupart de la secte des Quakers, lesquels avaient pour mission d'assister ce dernier de leurs avis, dans toutes les affaires publiques. Mais l'âme de ce Conseil était James Logan qui en devint le secrétaire, et qui avait su gagner la confiance absolue de Penn, à ce point qu'il fut enjoint à Bamilton, et plus tard à ses successeurs, de se conformer entièrement à ses conseils.
Ces choix faits, Penn quitta l'Amérique pour n'y plus revenir. Il emportait un vif sentiment d'amertume contre les colons avec lesquels il avait eu à subir tant de démêles, nonseulement pour les choses du gouvernement, mais encore pour des règlements d'intérêt privé, auxquels avait présidé ■me excessive âpreté.
L'administration d'Hamilton dura peu, et fut troublée par des débats irritants auxquels donna lieu le conflit sans cesse renaissant entre la Pensylvanïe et les bas comtés de la Dclaware, au sujet de leur union. La séparation de ces deux possessions fut enfin prononcée en 1702. Cependant elles continuèrent à avoir le même gouverneur et le même Conseil de gouverneinent, mais à tous autres égards, leur administra-
< Gorckm, p. 13Ï.