‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 6 sur 130 · LIBERTÉ RELIGIEUSE. 1S · texte numérisé non relu

LIBERTÉ RELIGIEUSE. 1S

porlê devant la haute Cour de justice du 1\laryland, où des serviteurs protestants ùtaientcn cause '. La proclamation fut invoquée par le secrétaire de la colonie comme devant faire autorité, et la décision eut lieu en conséquence.

11 convenait de donner force de loi à cette pensée généreuse, pour ne point abandonner au hasard ou au caprice d'un seul, une liberté si essentielle; c'est ce qui eut lieu dans la session de 1638-1659. Un projet de loi présenlé à la législature par Léonard Calvert au nom de son frère, fut accepté et devint obligatoire pour tous, le 19 mars 1638. En voici les termes bien simples :

o La sainte Église dans cette province, jouira de tous les droits et libertés *. » Ces expressions n'étaient que la rcpro* duction de la grande charte d'Ânglelerrc. On ne pouvait faire de mention spéciale du catholicisme, vu l'état de l'opinion dans la mère patrie. Mais en copiant la loi anglaise, celte Église pouvait se croire suffisamment abritée par le pacte fondamental. C'était cependant un appui bien fragile, et lord Baltimore ne devait point se le dissimuler, par cela même qu'il fallait prendre un détour pour se faire tolérer. Aussi al-il plus de mérite encore, de n'avoir repoussé du Maryland aucune secte chrétienne, pas même les puritains qui, chez eux, dans le même temps, menaçaient des peines les plus graves, tous les dissidents et surtout les catholiques. C'est donc un devoir pour tout écrivain qui raconte les événeoemcnls de cette époque, de rappeler que ce fut ce noble lord Baltimore qui, le premier dans le monde, inscrivit dans ses lois fondamentales, ce grand principe de liberté cssenlicl pour prévenir les violences si fréquentes ans époques do transition. Ce mouvement généreux était même empreint d'une sorte de magnanimité, au lendemain de l'acte d'intolérance qui avait fermé au premier lord Balliinore les portes de la

' Bozman, 3' vol., p. 85.

» Le mêine, p. 107.

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Virginie, et avec la perspective à peu près certaine d'une invasion de dissidents qui, devenant plus nombreux que les catholiques, pourraient vouloir rouvrir l'arène des réactions.

L'histoire n'étant bien souvent écrife que dans un esprit systématique ou dans un intérêt de parti, il ne faut point s'étonner si cette généreuse initiative de lord Baltimore a été passée sous silence par les écrivains français du siècle dernier, et si l'on a préféré en faire honneur au protestantisme. On comprend que Voltaire, qui avait peu de sympathie pour le calholicisme, ait trouvé son compte à présenter le quaker Penn comme le fondateur de la liberté religieuse, et ait affirmé que les autres colonies n'avaient fait que l'irailer '. C'est tout à b fois une ignorance de chronologie, et un déni de justice. Mais on a peine à comprendre que M, de Tocqueville, dans le tableau qu'il a fait du berceau américain, n'ait pas trouvé un seul mot à dire de ce fait considérable, à l'honneur des catholiques, et que son esprit ait été assez prévenu en faveur des puritains, pour attribuer à ceui-ci une liberté qui n'était due qu'à ceux-là I Je ne veux pas insister sur ce point. J'aime mieux dire que ce sont des historiens américains et protestants qui se sont plu à rendre justice à lord Baltimore, sans rien retrancher du mérite particulier de Guillaume Penn qui, comme lui, mais environ un demi-siécle après lui, inaugura la liberté religieuse dans la Pensylvanie.

On a cherché à diminuer le mérite du fondateur du Maryland, en disant qu'il lui était impossible de proscrire le protestantisme et qu'il ne pouvait se faire tolérer qu'en tolérant lui-même. 11 est vrai qu'il eût été impolitique à ce grand homme de fermer sa colonie aux protestants membres de l'Église anglicane, mais si la loi les protégeait, il n'en était pas de même des puritains et des autres dissidents qui, à cette époque, se débattaient contre la persécution et étaient

" Dictionnaire philosophique, V° Église, g 8, vol. IV.

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LE TABAC. i^

proscrits en Virginie. Bien ne l'obligeait a recevoir des émigranls de cette secte, c'étaient les auxiliaires les plus dange* reux qu'il pâl se donner, ainsi que la suite le démontrera. 11 lui était facile de recruter des colons dans les autres sectes, comme le faisait la 'province voisine. Sous ce rapport donc, l'atténuation dés mérites de lord Baltimore n'est point acceptable et sa gloire ne s'en trouve nullement atteinte. - J'ai déjà fait justice d'une prétendue supériorité que M. Laboulaye voudrait attribuer à Boger Williams sur lord Baltimore, quoique venant après celui-ci sur la scène politique ; en se fondant sur ce que Williams avait proclamé la . liberté, mémo pour les païens. J'ai dit entre autres choses, que Williams n'était pas entièrement désintéressé en accordant cette liberté, car ses croyances avaient beaucoup varié, i ce point qu'il fmit par se séparer de toutes les sectes connues. J'ajouterai que les non -chrétiens, à cette époque, étaient si rares, qu'il y avait peu de raèrite i les tolérer. Enfm j'ai démontré que dans Rhode-Island, on ne respecta pas toujours ce principe de liberté envers les catholiques puisque, du vivant même de Williams, on les priva des franchises politiques .

Les concessions de terres ayant pour principal objet d'attirer les colons, on ne pouvait admettre que les concessionnaires profitassent de leurs titres sans en remplir les engagements, au nombre de-squels se trouvait la résidence dans la colonie. Une loi déclara que tout concessionnaire qui, dans les trois ans, n'aurait point pris possession de ses terres par lui ou par d'autres qui viendraient s'y élablir, serait déchu de tous ses droits, et que le lord-Propriétaire pourrait en disposer.

Le principal produit de la colonie était le tabac. Il avait comme en Virginie, deux fonctions : c'était avant tout, une marchandise destinée principalement à l'exportation, puis, il servait de monnaie avec cours forcé. Pour prévenir les fraudes

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nombreuses dues à la cupidité des producteurs-vendeurs, une loi de 1640 ordonna qu'aucune exportation n'auruit lieu qu'après inspection faite par des agenls assermentés qui en constateraient la qualité et la quantité, et que toutes contraventions aux règlements sur cette matière seraient punies de peines sévères. Ce produit était très-demande par l'Europe, et les profits qu'il donnait au producteur avaient tellement enflammé la passion du gain, que déjà en 1639, l'on no songeait plus à semer du blé. L'imprévoyance devint si grande, que la colonie fut menacée de famine, et la législature dut . exiger de chaque planteur Tensemencement d'mie partie de terre en blé, et délimiter la culture du tabac. La soif du lucre était la même partout, aucune colonie n'échappait à son aiguillon, et les producteurs, à quelque communion qu'ils appartinssent, savaient assez bien faire plier les principes devant les intérêts commerciaux.

Tout porte à croire que malgré [les immunités garanties par la cbarte, le tabac du Maryland fut soumis, de la part de l'Angleterre, aux mesures arbitraires infligées à la Virginie ', telles que je les ai indiquées au chapitre qui concerne cette province. J'y renvoie le lecteur.

BBS LIBERTÉS. — EMPlÉTEMENtS SKH LES INniENS. LÉDISLÀTUEtE DIVISÉE EH DEDI CBAIBRES.

Ltt colonie se peuplait lentement, mais déjà en 1642, on trouve la trace protestanledans une pétition adressceàTassemblée pour revendiquer un droit contesté à des individus de cette secte-. Ces dissidents alors peu nombreux autant qu'on peut le conjecturer, venaient sans doute de la Virginie où leur Église était à la fois dominante et intolérante. Ce n'est que plus lard en 1649, qu'on voit ces dissidents paraître en

t Botman, 3'to)., p. 83.

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