‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 64 sur 130 · PENSÏLVÂ.ME ET COMTES DELAWARE · texte numérisé non relu

PENSÏLVÂ.ME ET COMTES DELAWARE

ËtaienUils plus éclairés que les autres protestants de cette époque? Non, car ils se montrèrent sujets aux mêmes superstitions. On trou\e dans les archives de la province, à la date de 1684, une poursuite judiciaire pour sorcellerie, et Penn lui-même présidait le procès. Après les débats, le jury déclara l'accusé coupable d'avoir la répulalion de sorcier, mais non coupable sur les chefs à lui reprochés*. Le verdict fut donc en faveur de l'accusé, |iour insuffisance seulement des charges de la poursuite.

Avant la mort de Penn, les catholiques malgré la charte, étaient plutôt tolérés que protégés. Les Quakers, comme les autres protestants, les avaient en exécration, et se seraient volontiers autorisés des lois anglaises qui proscrivaient l'exercice public de ce culte. Le préjugé contre eux était tel, qu'il courbait sous son joug Penn lui-même qui ne les recevait qu'avec répugnance. D'après les archives du Conseil provincial, l'on redoutait extrêmement l'influence de leurs missionnaires, et l'on croyait la silreté publique intéressée à leur emprisonnement *. Les partisans de ce chef des Quakers pouiront-ils dire que c'était de la tolérance et surtout de la justice? On verra plus lard les efforts faits pour supprimer le culte catholique lui-même, quoiqu'il ne concernât qu'une poignée d'hommes de celle communion I

A la mort de Penn, il n'existait encore qu'un très-petit nombre d'écoles dans la colonie, et cependant elle était trèsprospère I Comment donc dans un gouvernement créé sur des bases philosophiques, laissait-on l'instruction publique si pauvrement dotée, et si inférieureàce beau système du Massachusetts ? Comment, pendant un espace de trente-sept ans depuis la fondation, Penn se préoccupa-t-il si peu d'une base tellement intéressante pour le pays, et qu'il déclarait lui-même lout-à-fait essentielle, dans le préambule de sa constitution?

' Cordon, p. 82.

* Le mtoe, p. 570.

INSTRUCTION PDULIQUl! NÉCIIGËE. 31S

On a prétendu en Irouver la cause dans la variété des origines de population, et dans la difficulté de créer des écoles communes pour les divers idiomes. Est-ce bien là une sérieuse justification? La grande masse de la population de la Pensylvanie à cetfe époque, se composait d'Anglais, d'Écossais et d'Irlandais parlant une seule et même langue ; plus, d'Allemands qui, de leur cAté, étaient unis par le même lien. Il n'y a\ait point là d'obstacles sérieux : on pouvait aisément créer des écoles communes pour chaque groupe, suivant son origine et son langage. Classer deux idiomes n'élaitpas chose difDcile, encore moins impossible. II faut plutAt attribuer l'absence de sollicitude pour l'enseignement public, h ces démêlés sans fin, sur des questions de prérogatives ef qui pis est, à propos de débats pécuniaires, qui détournèrent l'allention, d'un but plus élevé. Penn eut le grand tort, après avoir esquissé son édifice, de laisser le soin de la structure à des mains étrangères, sans se préoccuper beaucoup de l'achèvement. Il frappa l'attention de l'Europe par son programme, el cet effet produit, il abandonna son ceuvre à elle-même, au lieu de la féconder en vivant au milieu des colons. Celle existence était trop modeste pour lui, il aurait cru disparaître de la scène du monde. Malheureusement, il prêtera le séjour de la cour d'Angleterre oi'i il pensait pouvoir jouer un plus grand rôle, et où il perdit au contraire tout son prestige. Il oublia qu'en agissant ainsi, il reniait ses principes et accréditait le reproche dh duplicité qui ne lui a point été épai^é, car il s'attacha par d'étroits liens, au gouvernement le plus impopulaire d'Angleterre, dont les pratiques étaient précisément tout l'opposé des doctrines qu'il avait formulées dans la charte de Pensylvanie.

On a cherché à comparer Penn à lord Baltimore fondateur du Maryland, pour assurer au premier une supériorité qui ne me semble pas justitîée. L'un et l'autre eurent des mérites distincts, et si lord Baltimore est resté plus dans l'ombre, en

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Europe au moins, il ne faut l'alfribuer qu'à sa profession de catholicisme qui était fort peu du goût des philosophes et des écrivains du dix-huitième siècle ; tandis que Penn, en sa qualité de protestant et de Quaker, fut exalté par les Encyclopédistes et surtout par Voltaire qui, comme je l'ai dit plus haut, se montre bien étranger aux faits historiques du Nouveau- Monde. Essayons le parallèle, non pour flatter ni pour dénigrer, mais dans le but de taire à chacun la part qui lui est légitimement due. Disons d'abord que la comparaison qu'on a établie, pèche par un cdté important : lord Baltimore qui obtint du roi Jacques T, la charte fort libérale dont j'ai esquissé (titre III, chapitre xiii), les dispositions principales, ne survécut presque point à l'octroi qui lui en fut fait, et c'est à l'œuvre seulement, qu'on voit te mérite de l'homme d'Ëtat. Il faudrait donc comparer Penn non pas seulement avec le lord catholique premier du nom, mais encore avec l^cil Calverl son fils deuxième lord Baltimore qui, d'abord et pendant longtemps, fit fonctionner les institutions du Maryland. On voit déjà tout ce que ce parallèle a de défectueux. Cependant abordons ce terrain, ne fût-ce que pour redresser une fois de plus, les idées fausses qu'on multiplie pour ainsi dire à plaisir dans l'histoire.

te premier lord Baltimore, de prolestant qu'il était, se convertit au catholicisme, non dans un intérêt d'ambition, mais par l'entrainement de ses convictions, avec la pensée toute charitable de venir en aide et de créer un refuge à ses nouveaux coreligionnaires qui étaient alors l'objet d'une haine violente en Angleterre. Dans ce but, il résigna velontairement toutes ses fonctions publiques, noiamment celle de membre du (ktnseil privé du roi. Jamais conversion ne se Gl dans des conditions plus honorables.

Penn appartenait à l'Église établie d'Angleterre, et par conviction aussi, il devint Quaker; mais jeune encore, il n'avait aucun emploi public, et il n'eut à faire à ses conviclioas

LORD BALTIMORE ET PENN. Si5

ancun sacrifice de situation. S'il fut poursuivi par la suite, on peut dire qu'il courut au devant dfi la persécution par ses prédications ardentes et ses publications peu mesurées. En recherchant plus lard, les faveurs de la cour et en bravant l'opinion qui l'accusait d'hypocrisie, n'y a-t-il pas lieu de douter qu'il fut capable de l'abnégation qui porta lord fiallimore à résigner ses hautes fonctions, pour être plus libre dans l'exercice de sa religion 1

La charte du Maryland formulée par le concessionnaire lui-même, selon toute, apparence, enlevait à la couronne le droit précieux d'imposer aucune taxe directement ou indirectement sur la colonie ; ce qui dénotait un grand coup d'oeil chezThomme qui entrevoyait déjà le moment ou l'Angleterre voudrait pressurer ses possessions d'Amérique (1655).

Aucune clause de cette nature n'existe dans la charte de Penn, tout au contraire: la couronne se réserve te droit de révision et d'annulation de toutes les lois qui seraient faites dans la province. On ne peut lui faire aucun reproche pources conditions, il dut les subir; mais pour les colons, c'était une infériorilè de condition vis-à-vis de ceux du Maryland.

La liberté de conscience fut consacrée par ces deux fondateurs, mais ce fut lord Baltimore qui, le premier, inaugura ce principe, près d'un demi-siècle auparavant. Les dates sont importantes à consulter dans la considération des événements historiques, et celle-ci est de la plus haute gravité ! Faut-il ajouter que cette tolérance en Pensylvanie, eut des défaillances même du vivant de Penn, comme je l'ai dit plus haut.

Dans le Maryland au contraire, la liberté religieuse ne cesse d'être une vérité que lors de l'avènement des protestants au pouvoir, et par conséquent, après la perte de l'autorité gouvernementale par lord Cecil Baltimore.

Dans le Maryland, le Conseil ou chambre haute était nommé par le lord-Propriétaire, tandis qu'en Pensylvanie, le CoiBeil

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