ABOLITION DU SÏSTÈHE CRIMINEL
lonie, le cours de la justice criminelle se trouvait suspendu. C'est ainsi que deux individus accusés de^eurtrè, restèrent troisan6en|>risoD, faute déjuges et de témoins. Keilh deventi gouverneur affranchit les Quakers de ces entraves. Les tribunaux reprirent leurs séances, et la justice régulière, procédant d'oprës les anciens errements, condamna à mort les deux meurtriers qui attendaient impatiemment leur jugement ; l'exécution s'ensuivit sans empêchement. Cependant les adversaires des Quakers ne tardèrent point à dénoncer au roi cette violation de la loi anglaise. Une panique s'empara de toute la secte qui craignait un redoublement de rigueurs et la perte définitive de ses immunités. Elle prêta aisément l'orcillc à un moyen d'accommodement que lui proposa le gouverneur sans trop de scrupules pour le sacrifice qui lui était demandé. Keith leur persuada que le meilleur moyen de se concilier la bienveillance royale, serait d'adopter la loi criminelle d'Angleterre qui avait pour elle l'expérience des siècles, et de la substituer à celle imaginée par Penn. Ce changement radical s'opéra en effet, par un acte de l'assemblée générale de l'année 1718. Ainsi la peine de mort allait être appliquée au crime de haute trahison, à la fabrication de fausse monnaie, au vol de nuit avec elTraction, au rapt, à la mulilalion, à toutes blessures entraînant la mort, à la sorce'ierie, à l'incendie avec. préméditation, etc., etc. Ce régime cruel et sanguinaire eût indigné l'àme généreuse du fondateur dont on bouleversait l'édilice, et l'on put voir par ce seul fait, combien il était supérieur à la secte à laquelle il appartenait. Mais loin de revenir sur cette grave mesure, une autre assemblée ajouta plus tard à la nomenclature des ci'imes capitaux : la contre-façon, et l'émission de billets de crédit. On ne pouvait guère aller plus loin. Cet état de choses subsista jusqu'après la révolution américaine '.
' Gordon, p. 5GS.
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Fier de sa popularité, Keith croyait pouvoir s'affranchir des conditions mises S l'exécution de son mandat, et il résolut de secouer le joug du Conseil dont il dédaignait les avis. Cependant les héritiers Penn ne voulurent point tolérer un acte d'insubordination qui pouvait mettre leurs droits en péril. • On lui rappela ses engagements mais en vain : il brava les remontrances et provoqua ainsi sa révocation qui eut lieu en 1 726. Son passage à l'opposition était certaine, comme cela arriva déjà pour le gouverneur Lloyd ; mais son influence à l'assemblée où il se fit nommer député fut de courte durée. Il avait perdu le prestige de son riïle, et ici comme toujours, à moins d'un mérite exceptionnel, les corps délibérants ne subissent pas longtemps les influences individuelles.
Il est juste de dire, en faveur de Keith, qu'il rendit dés l'abord (17i7), un véritable service en obtenant à force de soins et d'habileté, de l'assemblée générale des comtés de la Delaware alors réunie à New-Castle, une adresse au roi, pour réclamer le précédent gouvernement de Penn, contre lequel elle avait protesté quelque temps auparavant. Cette adresse maintenait la désunion entre ces comtés cL la Pensylvanie, mais elle admettait le principe de ce gouvernement unique en faveur de Penn'.
Ces comtés, qui furent rendus à eux-mêmes par cette séparation, vivaient par le ti-avait dans une grande tranquillité qui contraste avec l'agitation législative presque permanente de la Pensylvanie. Les historiens américains ne signalent aucun fait important applicable à ce petit pays détaché. Je n'en dirai rien de plus.
' Gordon, p. 181.
Il convient de rechercher maintenant de quels éléments de population se composait la Pensylvanie, et la condition faile aux immigrants, dans la première moitié du dix-huitième siècle.
Dans cette province, comme dans la plupart des autres colonies, l'immigration des Européens est favorisée à l'origine, de plusieurs manières : on leur fait des concessions de terres à des conditions modérées, souvent presque nominales. La naturalisation leur est promptement accordée. Ils sont exempts de taxes pendant un certain temps, et la liberté religieuse tîgure sur tous les programmes. On s'intéresse avant tout, au peuplement de ces contrées, quoique les émigranls qui se présentent soient de nature variée, souvent même fort différents les uns des autres; on compte sur l'avenir pour en opérer la fusion et en faire un tout homogène. Mais au fur et à mesure que cette population s'assied et arrive à un degré d'accroissement satisfaisant, la colonie 'songe à sa conservation d'une manière étroite et jalouse. Elle perd de vue son origine, et n'accueille les nouveaux venus qu'avec infinimenl de réserve, même avec des conditions peu libérales, quoiqu'ils ne diffèrent point des premiers fondateurs. Déjà la pairie s'est faite : les nouveaux venus ne sont que des étrangers. On se dirige alors par une espèce de loi de salut public bien bu mal entendue, qui porte de graves atteintes au pacte primitif. Ainsi, le manifeste politique qui a fait la fortune philanlropique de Penn, devient dans l'exécution, ce que sont beaucoup de programnies, c'est à-dire lettre morte ou à peu près. On en a déjà vu des exemples, j'en vais donner d'autres tout à l'heure.