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Parmi les émigranls qui concoururent à former le premier noyau de la province, se trouvaient des Anglais, des habitanls du pays de Galles, qu'on appelait alors les anciens Bretons, appartenant presque tous à la secte des Quakers. Ils s'établissent principalement sur les bords du Sclmylkilt, et un peu plus tard, au centre des montagnes de la chaîne des Allégbanies'.
Après les Anglais, les Allemands forment la plus abondante pépinière de la colonie. De 1681 à 1684, on en voit arriver un certain nombre, sectateurs pour la plupart de Simon Mennon, et ils fondent près de Philadelphie, la ville de Germantown, ainsi appelée pour conserver l'origine des premiers habitants.
En 1707, des Mennoniles de Suisse et du sud de l'Allemagne créent celte partie de ta province appelée aujourd'hui le comté de Lancastre. Depuis lors, l'émigration allemande a une marche continue vers celle région, comme si l'Amérique était centralisée pour elle dans la Pensylvanie. La cause de cette préférence peut être attribuée aux voyages que Penn fit en Allemagne avant l'cAtenlion de sa charte, et pendant lesquels il exposa son système de gouvernement. Il acquit ainsi la sympathie de tous les Allemands que le malheur des temps forçait à émigrer. On signale notamment les émigrations qui eurent lieu en 1709, 1721,1730, 1732 et 1749. L'afflux des émigranta de cette origine était tel, qu'en 1772 ils formaient à peu prés le tiers de la population totale qu'on évaluait alors à trois cent mille âmes\ Ces Allemands appartenaient à diverses sectes dont les principales étaient luthérienne, morave et mennonite. Parmi eux aussi se trouvait un petit nombre seulement de catholiques.
Les Ecossais et les Irlandais d'origine anglo-saxonne conlribuércut pour une large part au peuplement de la province. Dès
' Proud, l*'Yo!.,p. 221.
* Le même, p^ 27?;
D.nt.zedbïG00g[c
le commencement du dix-huitième siècle, ils arrivaient en grand nombre, et l'on ne compta pas moins de six mille Irlandais débarquant en 1729. Postérieurement jusque vers le milieu du siècle, lémigration de ce pays amena en moyenne environ douze mille individus par année : ils peuplèrent principalement l'Est et le centre de la province. C'est à eux que le comié de Cumberland doit naissance : ils y abondèrent'.
Toutefois il convient de remarquer que ces immigrants ne restèrent pas tous dans la Pensylvanie : partie d'entre eux se répandirent dans les provinces voisines, mais la plupart restèrent fixés au sol où ils avaient pris terre et qui contribua à leur fortune.
Dans le premier tiers du dix-huitième siècle, la crainte dominante des Quakers était de voir la colonie envahie par ceux qu'on appelait les étrangers. Déjà l'immigration des Palatins était nombreuse et elle promettait de s'accroHre notablement. On prétendait que le rigoureux hiver de 1 709 avait chassé des bords du Rhin trente mille Allemands qui avaient pris refuge d'abord en Angleterre, et de là s'étaient dirigés en grande parlie, en Amérique. Cette masse compacte faisait ombrage nonseulement aux Quakers, mais encore à la métropole ellemême qui croyait déjà voir la Pensylvanie au pouvoir d'hommes n'ayant aucune aninité avec la race anglo-saxonne. Les foits les plus simples semblaient être des indices de gravité réelle : on remarquait que les Allemands ne faisaient aucun effort pour apprendre la langue anglaise; loin de là, ils se cantonnaient dans des localités distiiicies où ils vivaient entre eux, presque sans contact avec les autres colons. Mais comment leur en faire un grief 7 Quoi de plus naturel pour de malheureux émigrants, que de conserver le plus longtemps possible, la langue de leurs pères, dernier anneau qui les rattache à leur berceau ? Quoi de plus respectable que cette
■ Baird, p. 1M.
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fraternité étroite entre les membres persécutés d'une mi^me secte, presque d'une même famille, qui ont besoin de s'épancher pour se donner de rautueiles consolations? Les mœurs, les coutumes, le caractère particulier de chaque peuple ne formenf-îls point une suffisante barrière pour arrCtcr longtemps la fusion des races, sans qu'il résulte nécessairement de ces dilTérences, des rivalités redoutables? En faisant abstraction de ces injustes appréhensions, qu'avait-on à reprocher sérieusement à ces colons?Rien absolument. Un rapport fait à l'assemblée générale, en 1729, témoignait au contraire de la bonne conduite des Allemands : ils payaient les taxes sans murmurer, vivaient avec frugalité du produit de leur travail, et se montraient tout à la fois religieui et zélés pour la chose publique '.
Ces considérations qui pouvaient calmer les inquiétudes encequi concernaitlesimmigrantsacclimatés, laissaient place à de grandes appréhensions pour l'avenir. Dès 1721, la naturalisation rencontre de sérieuses diflÈcultés. Bon nombre d'Allemands qui avaient résidé depuis longtemps en Pensylvanie, adressèrent une pétition à l'assemblée générale pour élre admis à la jouissance des droits de citoyen. L'examen de cette requête fut ajourné indéfiniment. Mais en 1724, on passa unbiil dont l'objet était d'accueillir la demande des pétitionnaires, à la charge par eux de justifier d'un certificat du juge de paix, attestant la valeur de leurs propriétés et la nature de la religion qu'ils professaient. Cette résolution violait deux principes servant de base à la charte : l'égalité entre les freemen, et la liberté religieuse pour tous»les chrétiens. Il est juste de dire que le gouverneur refusa sa sanction à cet acte arbitraire. Mais ce refus ne préjugeait rien sur le fond de la pétition, et telle est la force des préjugés de race et de secte, qu'il s'écoula un longtemps avant que justice fût faite.
' GordoD, p. 908.