ESCLAVAGE. S
continua à arriver là, comme dans la Virginie, comme dans le Maryland. Une nouvelle loi sur celte matière, publiée en 1736 et destinée à corroborer celle antérieure, eut le même insuccès. Il n'en pouvait être autrement, car comment résister ouvertement aux ordres de la métropole qui voulait chasseï de son sein les convicts-, et jugeait les colonies d'Aménque, le lieu le plus propre à les recevoir?
On manque de documents assez précis pour établir, comme cela a été fait pour le Maryland, dans quelle proportion approximative cette nature d'individus entra dans la masse. I! faut cependant que le nombre s'en soit assez accru, pour qu'à trois reprises différentes, le Conseil d'abord, puis l'assemblée, en aient fait l'objet de leurs délibérations.
Les nègres furent aussi l'un des cléments notables de la population. On les reçut dès le principe, comme esclaves, sous le prétexte hypocrite de la nécessité d'en faire des chrétiens; mais tous ne s'accommodaient pas de cette transaction de conscience, et les protestations ne se tirent pas longtemps attendre. C'est ainsi que en i688, des Allemands de Germantown rédigèrent une pétition contre l'esclavage et contre le commerce d'esclaves, en tant que réprouvés par la religion. La même manifestation se renouvela sans beaucoup de suc- ^ ces en 1696. L'Angleterre s'était fort intéressée dans ce commerce, et tous les gens vivant de ce trafic dans la colonie, cherchaient à le faire prévaloir. Cependant un contre-courant d'idées luttait constamment pour le décourager. Des actes de l'assemblée, passés en 1705, 1710,1712, 1761, 1768 et 1773 frappèrent des droits assez élevés sur cette nature de marchandise; mais soit que les profits fussent trés-élevés, soit que la fraude eût des auxiliaires efficaces, l'importation n'en continuait pas moins. Il est à remarquer que la plupart de ceux qui voulaient l'arrêter, n'étaient pas mus par un vrai sentiment d'humanité, mais parla crainte du danger d'une insurrection de nègres, et du massacre des blancs; du moins
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tel est l'un des motirs de la loi de 1712 rappelée plus haut '.
Penn, bien persuadé de l'inutilité des efforts fails pour rendre enicace la prohibition, chercha à améliorer le sort des esclaves. Il proposa, comme on l'a déjà vu, une loi destinée à régulariser l'union des nègres, mais l'assemblée quoique composée de Quakers, préféra maintenir une honteuse promiscuité qui paraissait mieux satisfaire leurs intérêts. On voit donc que les sectes savaient faire fléchir leurs principes, môme dans les circonstances où ils auraient dû conserver davantage leur empire I
Les nègres n'étaient pas les seuls esclaves existants dans la colonie. On avait réduit à cet état misérable les Indiens qui étaient aussi l'objet d'un trafic assez actif. J'en parlerai dans le chapitre suivant qui rendra compte des rapports établis entre les races blanche et rouge.
SECTES TlttlÊES. — iCOlBS. — ÉTlBUSiïElUNn DB CHlRllf. AOBICDLTDBB. — COMIIEItCE.
Quant aux sectes qui se partageaient la province, on comptait entre autres, les Quakers, les Épiscopaux, les Luthériens, les Presbytériens, les Indépendants, les Calvinistes, les Moraves, les Catholiques, les Juifs, etc. Tout ce qui n'était pas protestant ne formait que d'imperceptibles minorités. Mais si peu considérables que fussent les Catholiques, on avait peine à souffrir l'exercice public de leur culte. Vers 1 735, ils bâtirent une chapelle à Philadelphie, et un prêtre célébrait pour eux le service divin. Mais le Conseil provincial ne tarda pas à s'émouvoir de cette nouveauté, et le gouverneur Gordon proposa de supprimer ces cérémonies publiques, comme étant contraires à un statut de Guillaume III. Cependant les Catholiques invoquèrent la charte provinciale qui, pour eux,
* Gordon, p. 5àA.