‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 72 sur 130 · SECTES. K · texte numérisé non relu

SECTES. K

était supérieure aux lois d'Angleterre. On en référa à la làmille Penn, et d'après ses instructions, le gouverneur les laissa pratiquer leur culteen liberté. La chapelle de Philadelphie était, vers le milieu du dix-huitième siècle et jusqu'à la révolution américaine, la seule de cette communion qui fût tolérée dans les colonies anglaises'. Les Catholiques prirent plus de consistance par la suite, au moyen des immigrations d'Allemands de cette croyance, qui graduellement vinrent grossir leur nombre et leur donner quelque importance.

Les Quakers furent d'abord les plus nombreux en Pensylvanie. Les Épiscopaux qui l'étaient moins, gagnèrent du terrain, notamment par les conversions auxquelles donna lieu le schisme créé par George Keith qui se fit ministre de cette secte. Mais les Presbytériens et les Calvinistes allemands et hollandais l'emportèrent de beaucoup ensuite par le nombre, car plusieurs des comtés du fond de la province n'élaient peuplés pour ainsi dire que d'individus appartenant à ces deux sectes. De grandes masses de Presbytériens d'origine anglo-saxonne vinrent du nord de l'Irlande : courageux et persévérants dans le maintien de leurs croyances, ils firent une vive opposition à Franklin et aux Quakers, lorsque ceuxci voulurent remplacer le gouvernement des héritiers de Penn par celui de la royauté '.

Je n'entrerai dans aucun détail à l'égard des autres sectes qui étaient trop faibles pour peser de quelque poids sur la marche des affaires. Toutefois il est bon de constater qu'à l'exception des Quakers, des Ëpiscopaux et des Presbytériens, qui étaient généralement de race anglo-saxonne, les autres dissidents se rattachaient plus ou moins à la race purement teutonique.

' Hildreth, 2* vol., p. 345. * (iordon, p. 571.

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Si les Quakers exerçaient une influence marquée en politique, voyons ce qu'elle était dans la \ie ci\ile.

Jusqu'à la mort de Penn, malgré le succès croissant de la colonie, il existait encore bien peu d'écoles, et elles ne s'occupaient guère que d'instruction primaire.* En 1749, on érigea à Philadelphie un établissement appelé Académie et École de charité, dont les études ne dépassaient guère le niveau ordinaire. Mais en 1755, on réunit dans une seule et même charte d'incorporation tout à la fois cette école et un collège pour des études plus élevées.

Ce n'est qu'en 1764, qu'on jeta les fondements de l'école de médecine de Philadelphie, devenue si célèbre par le mérite des professeurs qui y furent attachés.

Les établissements de cliarilé proprement dits n'étaient pas mis en oubli. Dès 1705, on ouvrit un hâpital devenu nécessaire par l'affKience des immigrants dans le nombre desquels se trouvaient des pauvres, des infirmes, et tous ceux qui, dans un passage pénible où ils étaient entassés pêlemêle, et souvent avec une nourriture insuiftsante, contractaient à bord, des maladies qui requéraient des soins attentifs lors de l'arrivée des bâiiments.

En 1751, on créa un hôpital spécial pour les aliénés, sans parler des prisons qui avaient en vue beaucoup moins le châtiment du coupable, que sa régénération.

Mais de toutes ces créations, Tinstruction publique fut la branche la moins féconde en heureux résultats. On a accusé les Quakers, à tort sans doute, d'être hostiles au développement de l'instruction ; et on a rapporté à cettecause, le peu d'expansion des lumières dans la période coloniale. Peut-être serait-il plus équitable d'en rechercher ailleurs les véritables motifs. D'une part, en créant des écoles de charité qualifiées telles, on éloignait les enfants des classes aisées, même de la classe inférieure, qui pouvaient répugner à se trouver confondus avec les pauvres. Il en résulta un manque d'émulation tout

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à fait diffèrent de ce qui avait lieu dans la Nouvelle-Anglelerre'. Puis, au fur et à mesure que les sectes grossissaient, elles devaient se jalouser, et pouvaient craindre qu'une éducation commune n'occasionnât des troubles dans chaque groupe. Cette considération au surplus, si elle est une atténuation pour la législature, n'absout en aucune façon les sectes elles-mêmes qui avaient chacune charge d'âmes, et laissaient cependant dans l'ignorance la génération nouvelle. Malheureusement, cet état se prolongea longtemps encore même après la révolution américaine.

En considérant cet état de choses, on se persuade difficilement que Penn fut le fondateur de la colonie, et que peu d'années après sa mort, Franklin en fit sa patrie d'adoption. 11 ne tint pas à celui-ci d'élever le niveau intellectuel des habitants, car il créa à Philadelphie une société de lecture {library company) dans laquelle, pour une faible rétribution, l'on était admis à jouir en commun d'une bibliothèque nombreuse et bien choisie. De plus, en 1732 il publia VMmanack du bonhomme Richard, destiné à populariser les principes d'honnêteté et de morale. Mais il ne fut pas sufGsamment soutenu dans ses efforts, et il se trouva contraint faute d'appui, d'abandonner après deux ans d'une existence laborieuse, une publication périodique qu'il avait supposée en rapport avec les besoins du moment.

L'agriculture fut originairement le principal but d'activité des colons. Elle produisait des grains de toutes sortes, notammenldu blé qu'on exportait en grande partie aux Indes occidentales qui fournissaient en retour, des vins, des spiritueux, surtout du rhum, et des nègres, même des Indiens. Mais avec le temps, les produits agricoles cessèrent d'avoir un débouché aussi assuré, et beaucoup de bras restaient inaclifs. Pour remédier à cette situation, une loi de 1719 découragea par des

' The educationai InslUulions ofAe United SlaUs, by SUjairom, déjà cilé, p. M et suiv.

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(axes, l'emploi de cerlaines denrées coloniales étrangères qu'on substituait au grain et au houblon dans la fabrication de la bière. En même temps et pour en tenir lieu, elle stimula les distilleries à se servir de plusieurs produits du sol. Les industries les plus prospères furent la mouture du blé, et les salaisons qui trouvaient ud marché très-utile, aux Indes occidentales. Pour ne pas compromettre ces avantages, la législature à l'exemple des autres colonies, créa en 1719, des inspecteurs chargés de vérifier la qualité des produits, et de la certifier par une marque qui pourrait servir de garantie à l'acheteur *. En Pensylvanie comme ailleurs, la fraude avait besoin d'un frein. Pas une secte n'échappait à celte nécessité, mCrae celle dont les principes paraissaient les plus sévères et les plus conservateurs.

INSTAIlUTf JUDIGIliaE. — US0RPllT]O^S LKGISLATITBS. — DIFFICULTÉS FISCUES. AMOVniUTÉ DES lUGBS.

Après avoir parcouru les faits généraux intéressant la colonie, je reprends le récit des événements politiques au point où je l'ai interrompu, c'est-à-dire à la révocation de Keith qui fut remplacé dans son poste par Patrick Gordon, en i7i7.

Le testament de Penn reçut son exécution : sa veuve et les enfants de son deuxième mariage recueillirent ses possessions et son gouvernement de Pensylvanie. La veuve Penn venant elle-même à mourir, le tout fut partagé entre ses trois fils : John, Thomas et Richard, avec double part à l'aîné John, conformément à la loi de la province.

L'administration de Gordon fut signalée par un fait qui montre combien les principes avaient encore peu d'empire dans ces jeunes sociétés. Après avoir reconnu à William Keilh le droit d'ériger une cour de chancellerie jugée alors très-

• Gordon, p. 185,

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