INFLUENCE FAGHECSE DES QUAKERS
utile, et dont il fut nommé juge suprême, en sa qualité de gouverneur, l'assemblée générale de 1756, longtemps après Ja révocation de ce dernier, s'a\isa de déclarer que l'existence de celte cour était illégale, en tant que juridiction de premier degré, et qu'il fallait se hâter de restituer aux cours ordinaires les pouvoirs d'équité dont elles avaient été dépouillées pendant si longtemps (de 1720 à 1736). Celte résolution était grave : elle mettait en question un passé qui s'abritait sous l'approbation tacite de tous les pouvoirs légaux, et s'attaquait à la base môme de la société, c'est-à-dire la sécurité de la propriété individuelle. Cependant rien ne fut fait pour rassurer les intérêts alarmés, et les juges ordinaires reprirent l'exercice d'attributions que l'on trouvai t dangereux précédemment, de leur confier. L'édifice se maintenait donc de lui-même, malgré les coups qui lui étaient portés et menaçaient son eiislence.
Les héritiers de Penn ne pouvaient espérer vivre en meilleure harmonie que ne le fit leur père avec les assemblées générales. Les mêmes difficultés se reproduisaient sans cesse, et des deux parts, ce n'était pas sans raison. D'abord l'esprit quaker dominant toujours, on refusa longtemps les subsides réclamés pour les guerres, même quand les autres colonies s'eiécutaient sans difïiculté : le scrupule de conscience s'exagérait jusqu'à entraver la marche d'un gouvernement régulier. Un refus de celle nature fait en 1740, sous le gouvernement de Thomas Penn l'un des fils du fondateur, provoqua de la part de celui-ci, une remontrance sévère à l'assemblée alors en session : « Si vos principes dit-il, sont inconsislanls avec le but du gouvernement, alors que Sa Majesté est dans la nécessité de réclamer par les armes, la satisfaction qui lui est due par l'étranger, pourquoi donc vos consciences ne vous détournent-elles point de solliciter une position dont ■vos consciences vous empêchent de remplir les devoirs, pour l'honneur de Sa Majesté et pour la sauvegarde des intérêts
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que VOUS représentez? car c'est un acte d'injustice d'envelopper tout un peuple dont vous ne formez pas {e tiers, dans toutes les conséquences déplorables qui nécessairement l'atteindront, s'il continue à marcher sous une pareille direction '. B Ces paroles étaient graves et bien senties. Le fait reproché aux Quakers pouvait effectivement produire de funestes conséquences, car l'Angleterre était engagée pour longtemps peut-être dans des guerres avec la France sur divers points de ce continent, et avec l'Espagne en Floride et aux Indes occidentales. La sécurité des colonies et leur prospérité dépendaient du résultat de ce^ guerres. Or comment refuser obstinément des subsides, sous prétexte de scrupules de conscience? C'était un désordre gouvernemental impossible h tolérer 1
Mais il n'était point le seul. \a législature empiétait de plus en plus sur les prérogatives des Propriétaires, jusqu'à faire des nominations de fonctionnaires, môme d'un ordre inférieur, pour assurer l'exécution de certaines lois '.
D'un autre côté, le peuple avait des griefe non moins sérieux contre les héritiers de Penn. Les rapports avec les Indiens n'étaient plus pacifiques comme dans les premiers temps : chaque fois qu'il s'agissait de négocier avec eux pour la paix, une nouvelle cession de territoire leur était demandée, et la province payait une compensation; cependant ce n'était pas elle qui s'enrichissait, mais les successeurs de Penn au nom desquels, en tant que souverains, se faisaitl'acquisition. On ne contestait point qu'il ne fallût faire contribuer le pays, dans une certaine proportion, aux conditions de la paix. Toutefois, une part devait être mise à la charge des gouvernants qui recueillaient exclusivement, certains avantages, du moins tel était le sentiment des assemblées. Puis, on pensait que les terres importantes que possédaient les héri-
• Gordon, p. 232.
• Le même, p. 215, 237.
AMOVIBILITÉ judiciaire;. 335
tiers Penn, ainsi que les rentes foncières dont ils étaient créanciers, devaient être passibles comme les aulres, de toutes les charges qui grevaient la province, malgré tes exemptions dont eux et leur père, avaient toujours joui en leur qualité de souverains- Mais on leur faisait un reproche non moins grave : John Pennétait mort sans enfants (1746), et Thomas Penn son frère puîné se trouva réunir dans sa main les trois quarts de la province qu'il gouvernait déjà pour le compte commun. Ces Propriétaires avaient introduit au mode de nomination aux emplois une dérogation essentielle qui consistait à convertir des juges et autres fonctionnaires d'un ordre élevé, jusque-là toujours nommés à vie, en instruments dociles toujours révocables à volonté. Cette innovation passa d'abord inaperçue, mais ensuite elle fut considérée comme une violation de la charte, et souleva de vives réclamations*.
Je ne parle point de difficultés de moindre conséquence qui s'ajoutaient à celles-là ef qui, en même temps qu'elles pesaient sur la marche des affaires, entraînaient une grande désaffection réciproque. Il csl aisé de voir combien des deux parts, on s'éloignait du gouvernement modèle, et combien grande est l'erreur de ceux qui ne jugent un peuple que par ses institutions premières. 11 faut pénétrer plus avant dans la vie de chaque jour, pour en faire ressortir l'expérience, et montrer toutes les déviations qu'elle entraîne, jusqu'au point souvent, d'altérer le principe et de changer le caractère du gouvernement le plus généreux.
IKFI.UENCE illenjuide. — sËonioa. — scrdpcles de gouscibiice. — pexahde
DE GOUVERHEHGHT BUTAL. ~ ftBFLEtlMS GÉNÉRALES.
Si l'assemblée quaker se montrait si rebelle aux demandes de subsides, en paraissant ne rien comprendre aux nécessités ' Hildreth, 2*ïol., p. 4.1.
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de la situation, c'est qu'elle était soutenue par la partie allemande de la population, à laquelle on faisait craindre, si elle se prétait aus demandes du gouvernement, de retomber sous le joug militaire auquel elle avait voulu échapper en fuyant l'Europe. Mais ces moyens peu loyaux n'aveuglaient pas la partie intelligente de la colonie : ainsi en 1744, Franklin excita le zèle des habitants pour une association militaire volontaire destinée à assurer la sécurité du pays, en vue de la guerre pendante entre la France et l'Angleterre. Il recueillit douze cents adhésions presque immédiatement; et en peu de temps, le nombre des volontaires s'éleva à 10,000 qui consentirent à s'armer h leurs frais, et firent chois eux-mêmes de leurs officiers I Une loterie fut organisée pour se procurer une batterie d'artillerie, et chose remarquable 1 Un certain nombre de Quakers s'y intéressèrent. Logan et quelques autres membres de la secte faisaient une distinction au sujet de la guerre, et autant ils répugnaient à l'ofTensive, autant ils étaient prêts à concourir à la défensive. C'était un progrès dans la doctrine, malheureusement, il ne comptait pas encore beaucoup de partisans. Telle était la ténacité des idées de la masse des Quakers sur ce point, que treize ans plus tard c'est-à-dire en 1747, à la veille d'une guerre avec les Indiens, la même difficulté se représenta et elle divisa la population tout entière. La plupart desQuakers, les Moraves, les Mennonites, etc., se prononçant énergiquement contre une guerre de résistance, exhortaient le peuple à s'en remettre à la volonté d'en haut pour leur salut, tandis qu'une partie des Quakers ainsi que les Épiscopaux, lesBaptistes elles Presbytériens réclamaient hautement l'emploi des moyens de défense que Dieu avait mis dans leurs mains pour se protéger. La seule voie possible pour sortir de celte difficulté fut de regagner l'amitié des Indiens, et l'on y réussit momentanément. La question resta sans solution en tant que principe, et par la suite, on ne fit fîice & ces besoins que par des équivo-
EMBARRAS DE GOUVERKEMENT. 257
ques indignes d'un peuple chrélien. Ainsi en 1745, en vue de la guerre du Canada, l'assemblée générale n'alloua (les subsides que sous un motif déguisé. Elle fit de même en 175S, en présence de circonstances identiques, mais alors elle céda à une pression extérieure. Quatre cents individus principalement allemands, fatigués de ces luttes stériles, envahirent le lieu des séances, et tout en conservant une attitude assez modérée, ils demandèrent que tout débat cessant entre l'assemblée et les Propriétaires, on s'occupât immédiatement de mettre te pays en état de défense'. En 1756, certains membres quakers de l'assemblée, comprenant enfin la fausseté de cette position qui consistait ^à consacrer dans l'enceinte de la législature des principes qu'on réprouvait dans le temple, voulurent dessiner nettement la situation à propos d'une demande de subsides de guerre adressée par le gouverneur. Ils déclarèrent publiquement qu'après avoir réfléchi sur les exigences du mandat législatif, et les trouvant incompatibles avec leurs devoirs religieux, ils renonçaient à leurs sièges plutôt que de mentir davantage à leurs consciences. Cette retraite n'était-elie pas la meilleure justification des idées émises par George Keith lorsqu'il fit scission dans la secte? Malheureusement, cette démonstration resta limitée à quelques individus seulement. Les autres en grande majorité, volèrent les subsides et continuèrent, en sollicitant un mandat compromettant, à faire passer les considérations politiques avant celles d'une autre nature.
Thomas Penn, fatigué des luttes incessantes qu'il lui fallait soutenir contre la législature, se déchargea du gouvernement en 1746, et le confia à John Hamilton fils d'un précédent gouverneur. Ses mains de ce dernier, il passa dans celles de John Penn fils de Richard l'un des trois enfants du fondateur. C'est lui qui le possédait lorsque vers 1764, l'attitude des Indiens
' GoxIoD, p. 316.
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du voisinage donna des craintes sérieuses k la colonie. L'assemblée fut alors saisie d'une demande d'hommes et d'argent, toujours dans un but défeDsif. En présence du danger, elle était prête à s'exécuter, mais elle tint à établir en principe, que toutes les propriétés de la famille Penn contribueraient comme les autres, aux charges de la colonie. Une conciliation eut lieu : sur ce point les héritiers Penn cédèrent, moins peut-être en vue de complaire au pouvoir législatif, que pour conjurer la dépossession de leur charte de gouvernement. Cependant le peuple fatigué de pareils souverains, sollicitait déjà la couronne pour obtenir d'être gouverné par elle. Ce mouvement d'opinion fut soutenu par l'assemblée générale qui formula tous les griefs du pays contre un gouvernement qui abusait de plus en plus de tous ses pouvoirs et de toule son influence, au grand détriment de la fortune, de la liberté, et de la moralité des habitants. On lui reprochait notamment dans un butd'intérêt privé, d'avoirmultipliè les licences accordées aux gens tenant tavernes et débits de liqueurs, et de s'être ainsi rendu complicedela propagation des mauvaises mœurs. Cette liste de griefs était exagérée, elle reflétait surtout l'esprit quaker qui, à l'exemple du calvinisme, proscrivait toute espèce d'amusement comme un danger pour la morale publique.
Cependant cette levée de boucliers était loin d'obtenir l'adhésion de foute la population. Il y eut des oppositions de sectes, et l'on vit les Presbytériens protester comme un seul homme, contre tout changement de gouvernement. Mais moins influents que les Quakers, ils ne purent l'emporter, et la pétition de l'assemblée fut envoyée à Londres, avec des agents chargés d'obtenir satisfaction '. Toutefois on ne voit pas qu'il ait été donné suite à cette grave démarche, soit que la couronne se montrât peu disposée à toucher à des droits
' Gordon, p. 435.
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