‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 78 sur 130 · CHARTE · texte numérisé non relu

CHARTE

le nom du doc d'Albemarle ; lord Craven; le fameux comfc de Shaflesbury appelé alors Ashley Cooper; sir John CoUeton ; les deux Berkeley dont l'un nous est déjà connu comme gouverneur de la Virginie ; et sir Georges Carteret que nous avons vu concessionnaire de la partie Est de New-Jersey. Pour mieux réussir dans leur demande, ces hommes avides d'honneurs et d'argent, masquèrent leur cupidité du faux prétexte d'un zèle pieux pour la propagation de l'Évangile parmi les Indiens. Ils ne faisaient en cela que copier ceux qui les avaient devancés en Amérique; comme eux aussi, ces derniers, en sacrifiant les Indiens, montrèrent plus tard que l'intérêt religieux n'occupa qu'une place secondaire dans les considérations qui présidèrent à la formation de la plupart des colonies.

Charles II se Jaissa persuader, et en 1665 il signa la concession qui lui était demandée avec tant d'instances. La charte portait abandon aux huit concessionnaires conjointement, de tous droits de propriété sur le sol de la Caroline, et de la souveraineté immédiate sur les habitants, mais à charge d'allégeance à la couronne d'Angleterre, et avec réserve comme toujours, du quart de l'or et de l'argent qui serait découvert dans la nouvelle province. Une clause spéciale assurait aux colons deux garanties qui devaient leur £tre chères : aucune loi ne pouvait être faite et aucune taxe levée, sans ie consentement exprés des freemen. Mais à côté de celle disposition libérale, s'en trouvaient d'autres qui les rendaient fort dépendants : ainsi les concessionnaires étaient investis du pouvoir exécutif et judiciaire; ils avaient droit de paix et de guerre; ils pouvaient constituer des comtés, des baronnies; conférer des titres d'honneur, et surtout accorder telle liberté de conscience qu'ils jugeraient convenable *. Cette charte, dans son extrême prodigalité, faisait bon

• Bancroft, p. 259-240. — HUlory ofSoulkCarolina, by B. R. CarroU, 1- vol., p. 43-«.

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marché des prétentions de l'Espagne qui, par l'occupation du fort Saiol-Augustin depuis un temps considérable, se regardait comme souveraine propriétaire de tous les territoires voisins de la Floride. On ne tenait pas compte davantage de la présence d'un petit nombre d'émigrants anglais établis depuis quelque temps sur une parcelle de ces possessions.

En edet, deux ou trois ans avant la concession dont il s'agit {1660-1661), des émigrants de la Nouvelle-Angleterre que l'intolérance puritaine ou l'esprit d'aventure inné chez ce peuple éloignait de cette contrée, étaient venus s'établir près de l'embouchure de la rivière du cap Fear. Ils avaient acheté des chefs indiens, les terres qui leur convenaient, et s'étaient mis immédiatement à l'œuvre avec le concours d'associés qu'ils avaient gagnés à leur projet. Grand fut leur émoi lorsqu'ils apprirent le succès des démarches des courtisans de Charles II ; ils pétitionnèrent pour faire reconnaître leur droit de priorité d'occupation, qu'ils appuyaient de l'achat du titre indien, et ils soutenaient que, protégés qu'ils étaient par cette double considération, nul ne pouvait leur contester la prén^alive de se gouverner eui-mèmes.

Ces prétentions étaient bien hasardées, car à la couronne seule appartenait la souveraineté tant qu'elle ne l'avait point déléguée. Puis, le titre indien n'ayant trait qu'à la pussession du sol, non à la propriété, il fallait encore l'investitiffe royale pour compléter le titre. Mais les principes n'ont guère d'empire au début des sociétés : on procède par expédients, en vue d'intérêts à concilier, et comme l'intérêt seul détermine les grands déplacements de population, le droit transige avec le fait, pour mieux se fortifier. Cette situation fut comprise de part et d'autre, et les négociations amenèrent un compromis. Les Propriétaires concessionnaires voulaient conserver ce noyau d^à formé, et l'augmenter en sollicitant par des mesures libérales, une conflnuation d'immigration. Ils publièrent alors une espèce de charte qui était tout un pro-

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gramme de gouvernement. Chaque colon libre avait droit à cent acres de terre, à la seule chargejd'une rente perpétuelle de un demi penny par acre.

La liberté de conscience était proclamée.

Quant au gouvernement, on accordait aux colons le droit de composer une liste de treize personnes parmi lesquelles les Propriétaires feraient choix d'un gouverneur et d'un Conseil de six membres, formant pouvoir exécutif.

L'autorité législative était remise h une assemblée composée du gouverneur, du Conseil et d'un certain nombre de délégués élus par les colons.

Telle fut en substance, la première charte de gouvernement de la Caroline. Elle était, à beaucoup d'égards, la reproduction de celles que nous avons déjà vues adoptées ailleurs '.

Le choix de l'emplacement près du cap Fear n'était pas heureux : le sol infertile ne pouvait récompenser les efforts desémigrants, aussi fut-il bientôt abandonné par la plupart d'entre eux. Le reste eût péri de misère sans les secours qui vinrent du Massachusetts.

Cette région n'était point la seule que l'émigration eût en vue. Dès 1622, un nommé Porey avait poussé ses explorations jusqu'au détroit appelé depuis Albemarle du nom d'un des concessionnaires de^la colonie, mais il se borna à une simple reconnaissance. Il semble que cette partie du territoire n'ait commencé à être peuplée qu'à l'époque où l'intolérance religieuse vint à sévir en Virginie, vers 1645. Les dissidents alors et depuis, seraient venus chercher un refuge dans ces parties éloignées et encore désertes de la province, et y auraient fondé quelques établissements sur les bords de la rivière Chowan près du détroit d'Albemarle. Lorsque fut faite la con^ cession de la Caroline aux dépens de la Virginie, les limites

' Bancrotl, p. 210. — liiidrelli, 2- vol., p. 2

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sëparalîves de ces deux colonies n'avaient point une précision (elle, qu'elles ne pussent varier au gré des intérêts de ceux qui seraient appelés à les fixer déûnilivement ; et il arriva que William Berkeley qui remplissait pour le roi les fonctions de gouverneur de la Virginie, en même temps qu'il était l'un des Propriétaires de la Caroline, étendit la juridiction de celle-ci, de manière à embrasser les nouveaux centres de population, quelque douteux que fussent ses droits à cet égard.

Cette partie de la colonie avait déjà assez de consistance pour que, dès 1664, Berkeley lui donnât pour gouverneur William Drummond. Il nomma en même temps un Conseil composé de six membres, et il promit pour une époque plus éloignée, une assemblée représentative. Il n'était rien dit quant h la liberté de conscience, mais elle était en germe dans la charte générale de la colonie ; et puis, Uerkeley qui se trouvait en face de dissidents, se serait bien gardé de heurter leurs crojances, comme il l'eût fait en Virginie. 11 lui fallait des colons à tout prix, c'était la meilleure garantie pour la population.

Cette même année (1664), quelques planteurs des Barbades, après avoir exploré les côtes de la Caroline, entrèrent en arrangement avec les Propriétaires pour obtenir d'eux une concession à l'embouchure du cap Fear. Ces préliminaires étant réglés, bon nombre d'émigrants venant de ces îles sous la conduite de Sir John Yeamans, se fixèrent en [1665 sur un point très-voisin du Heu où se trouvaient encore quelques débris de la première colonie puritaine qu'ils absorbèrent. Yeamans fut nommé gouverneur de cette contrée qui déjà en 1666, comptait huit cents âmes, et qu'on appela Clarendon, du nom de l'un des Propriétaires '. Quoique les habitants très-industrieux tirassent bon parti des forêts qui les

< Bancrofl, p, 242-2i3. — lliiilrelh, 2" vol., p. 27-28.

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enviroQnaient, la colonie, malgré l'inlelligenfe adminisfration de Yeamans, resta toujours languissante.

Les deux établissemehls que nous venons de voir se former prés du détroit d'Albemarle, et au cap Fear, étant trùséloignés l'un de l'autre, avaient par cette seule raison deux gouvernements distincts, quoique tous deux appartinssent à la partie de la Caroline dite du Nord. C'est donc à tort que M. Edouard Laboulaye a affirmé que l'établissement du cap Fear était le berceau de la Caroline du Sud (p. 579). Un coup d'œil jeté sur la carte aurait suffi pour l'avertir de celte erreur de géographie, et l'histoire vue de plus près, lui eût appris que ce n'est point en 1662 ou 1665 que commença cette dernière province, mais en 1 669 ou 1670. Cette double rectification était nécessaire encore au point de vite des origines qu'il faut se garder de confondre, dans un pays où l'élément ethnographique et les influences de secte prirent une si grande place !

Malgré l'exiguité de la population comparée à la vasle étendue de ces possessions, les courtisans Propriétaires en 1665, obtinrent encore de l'inépuisable libéralité, mieux vaudrait dire de la prodigalité de Charles H, une nouvelle charte qui augmentait leur concession au Nord et au Sud, surtout au Sud où elle avait la prétention de comprendre toute la Floride moins son extrémité péninsulaire. Ce n'était point assez : une troisième charte de 1667 fit concession aux mêmes favoris, du groupe des lies Bahamas sur lesquelles ils fondaient de grandes espérances. Mais ils n'y trouvèrent que déception, car l'infertilité du sol jointe aux incursions des Espagnols et aux déprédations des pirates, rendit ce séjour peu sûr pour de paisibles habitants '.

Jamais aucunedes concessions antérieurement faites à d'autres personnes n'avait embrassé d'aussi vastes possessions que

■ Hildreth, 3'vol., p. S8-39.

Wi CAROLINES.

celles connues alors sous le nom générique de Caroline. L'on ne pourra en avoir une juste idée qu'en sachant qu'elles s'appliquent aujourd'hui, non-seulement aux deux Carolines, mais encore à la Géorgie, à la majeure partie de la Floride, ft l'Alabama, à la Louisiane, au Texas, à une grande partie du Mexique, à l'Ârkansas, au territoire indien, au Kansas, au Nébraska, au Missouri, au Tenessee et au Mississipi. Aucun Ëtat dé l'Europe n'oITrait rien de pareil ni comme étendue, ni comme richesse et variété de sol, ni comme climat, ni comme fleuve. C'était la réalisation de l'idéal en tant qu'em> pire. Quoi de surprenant qu'une si brillante position ait enflammé l'imagination du comte Shaftesbury, et qu'il ait rêvé pour ce pays un gouvernement dont le mécanisme ingénieux serait comme le résumé de l'expérience des siècles I Quel est l'homme qui, dans un poste élevé, n'a point la légitime ambition de marquer son empreinte dans les annales du monde? On se plait à se considérer comme l'instrument spécial d'un Être supérieur, et alors même qu'on ne cède qu'à un instinct étroit, on s'imagine encore être le dispensateur de ses bienfaits.

Les chartes qui régissaient les autres colonies paraissaient aux favoris de Charles II trop roturières, trop démocratiques. Le temps était venu de procéder sur d'autres errements, et d'inaugurer en Amérique un système hiérarchique bien pondéré ayant pour base le privilège. Shaftesbury qui fut chargé par ses Co-Propriétaires de préparer ce grand travail d'organisation, avait une perception vague du but à atteindre, et il flottait entre des idées difficiles à concilier. Il était aussi opposé à l'arbitraire du pouvoir absolu, qu'à l'envahissement des idées populaires. L'idéal pour lui, était l'organisation aristocratique d'Angleterre avec la dose de liberté qu'elle pouvait comporter ; mais il rêvait une combinaison plus savante encore, car chacun aspire au rôle d'initiateur. Cependant il manquait de la science nécessaire pour dessiner

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