‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 8 sur 130 · AGRANDISSEMENT DES LIBERTÉS · texte numérisé non relu

AGRANDISSEMENT DES LIBERTÉS

Quoiqu'il en soit, l'Assemblée dans sa deuxième session de J642, fut saisie de travaux importants. A peine réunie en juillet de cette année, un de ses membres au nom de tous les autres députés, iit une motion pour que la législature fAt divisée en deux chambres dont une, composée de députés seulement, aurait le veto comme l'autre chambre. Les /"remi^t commençaient à jalouser l'étendue de l'autorité du lord-Propriétaire qui, par l'introduction des membres de son conseil dans l'assemblée, avait une inHuence prépondérante sur les résolutions. Mais on ne renonce point aisément à un tel pouvoir, et il suffit au gouverneur de signifier son dissentiment pour couper court h foute discussion. Le moment n'était point encore venu pour la réalisation de cette réforme. Mais battus sur ce point, les députés s'attaquèrent à une autre prérogative qu'ils contestèrent malgré les termes mêmes de la charte. Le gouverneur avait jugé à propos d'ordonner une expédition contre les Indiens, et il réclamait des subsides. Les freemen opposés à celle mesure qui s'adressait tout à la fois, à la personne et aux ressources des habitants, contestaient encore le pouvoir du souverain. Celui-ci, sans nier le droit de l'Assemblée de refuser l'allocation demandée, maintenait fermement sa prétention d'ordonner seul, la mise en campagne de la milice, quand la sécurité de la colonie l'exigeai!. Cette i-ésisfance à l'autorité supérieure parait n'avoir pas eu de suites sérieuses, et les choses restèrent dans le statu quo, mais la démonstration en elle-même est comme un contrecoup des empiétements que le Parlement anglais avait accomplis quelque temps auparavant, sur les droits de la couronne.

L'Assemblée discuta aussi son règlement intérieur et y iiifroduisit de sages dispositions qui pourraient encore servir de modèle aujourd'hui, tanlellepritsoind'assurerle décorum des séances, la maturité des délibérations et l'assiduité des membres auxquels une amende était infligée en cas d'absence.

93 MARYLAUD.

lin voyant la variété des matières mises en discussion dans les deux sessions, el l'habiieté apportée dans les débats, on demeure convaincu que ce pelil peuple était vraiment mûr pour se gouverner lui-môme, sous la direction bienveillante de lord Baltimore.

En Maryland comme dans les autres Provinces, les colons ne pouvaient songer à s'agrandir qu'aux dépens des Indiens. Au fur et à mesure que le noyau de la population grossissait par les émigrations d'Angleterre, les nouveaux venus se répandirent de divers eûtes, sur une partie importante de la langue de terre formée par le Potomac et la rivière Patusent. Le soin de leurs inlénîfs faisait vite oublier h tous, les services que les indigènes avaient rendus aux premiers occupants ; et les mesures qu'on prenait contre eux, étaient acerbes et violentes, comme pour leur faire mieux sentir qu'ils devaient s'éloigner à toujours, de leur terre natale. J'y reviendrai plus loin lorsque je m'occuperai du rapport des deux races.

Mais cette marche en avant avait ses temps d'arrêt, et outre les luttes avec les Indiens, on ne put écbapper à des agitations d'une autre nature et non moins inquiétantes. En i644, un certain capitaine Ingle de la marine anglaise, étranger à la province, était venu y fomenter des troubles dans le dessein de dépouiller lord Baltimore de ses droits sur ce pays. Son action n'était point isolée, et la rébellion prit assez de consistance pour que Léonard Calvert fût obligé de se retirer en Virginie. X la faveur de ces désordres, Clayborne qui, comme on l'a vu, avait élé débouté de ses prétentions sur Vile de Ken), et dont la législature, un an auparavant, avait repoussé une demande d'indemnité, s'empara par un coup de main habile, de cette tle qui formait une partie importanlc du Maryland. Cependant Calvert, homme de sang-froid et de résolution, recrula en Virginie une troupe d'hommes armés, et après une courte démonstration, il réussit à ressaisir le

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DEUX GHAHBRES lËGISLATlVES. »

terrain perdu et it étouffer la revente (1642). L'Assemblée générale lui vînt en aide : la loi martiale fut proclamée et l'embai^ mis sur tes bâtiments étrangers. Dès lors, tout s'apaisa et rentra dans l'ordre. Mais ce qui donna un caractère barbare à cette levée de boucliers, c'est que Claybonie et Ingls enlevèrent ou détruisirent une grande partie des archives de la province '. Il en résulte aujourd'hui des lacunes qui obligent à suppléer par la conjecture, à la connaissance eiaçte de certains faits dont la trace est perdue, mais qui heureusement, ne sont que d'un intérêt secondaire. Calverl ne survécut que peu de temps à ces troubles civils ; 11 mourut le 9 juin 1647. Ce fui une perle sérieuse pour la colonie, car il en connaissait les besoins et s'était toujours montré conciliant. Les habitants l'aimaient, et son habileté savait ménager cette situation délicate qui consiste à concilier le pouvoir avec la liberté, en tenant une balance équitable entre des intérêts qui réclament une légitime satisfaction. Voyant sa 6n approcher et usant des pouvoirs spéciaux contenus dans ses instructions, il nomma à sa place Thomas Greene qui était en possession de sa confiance, et qui signala les premiers pas de son administration par une amnistie générale devenue nécessaire pour rendre le calme aux esprits.

Deui circonstances manifestent les progrès de l'opinion h cette époque : l'une est antérieure, l'autre postérieure à la mort de Calvert. Dans la session h laquelle il prit part pour la dernière fois en 1647, lAssemblée générale fut divisée en deux chambres, concession qui avait été refusée quelques, années auparavant. A l'exemple de ce qui avait eu lieu en Angleterre, les députés de la chambre basse, au début de la session, furent invités à venir assister le gouverneur dans la chambre haute. Le discours d'ouverture leur donnait à tous l'assurance la plus complète d'une entière liberté pour

' HildreUi, 1" Tol., p. 545.

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SI HARYLAND.

leur personnes et pour leurs discussions. On voulait effacer

autant que possible, toute trace de guerre civile,

La deuxième mesure, postérieure à la mort de Calvert, a plus de signification encore, elle est comme le précurseur de là catastrophe du roi Charles 1". Lord Baltimore était représenté par Greene qui élail catholique : maintenir à ce posle un homme de cette croyance, n'élail-ce pas s'exposer, en cas de révolution en Angleterre, à voir sombrer la foilune politique et pécuniaire du Propriétaire? Les dissidents do la colomie ne manqueraient pas de s'emparer de cet argument pour ruiner celui-ci dans l'esprit du pouvoir dirigeant. H iallail donc se tenir prôt à tout événement. Dès 1648, lord Baltimore remplaça Greene par un protestant de la Virginie, nommé Stone, qui avait fait offre d'amener dans la colonie cinq cents Ëmigrants d'origine anglaise et Irlandaise. Deux autres personnes de la même secte furent appelées aux postes d'inspecteur général des contrôles et de secrétaire du gouvernement. La majorité du Conseil fut également protestante '. Lord Ballimore devançait les événemcnis dans l'espoir de conjurer les conséquences de la révolution d'Angleterre. Toutefois en faisant ces choix, il n'oubliait point la religion à laquelle il appartçnail, et dans ses instructions à ces agents, il recommandait de ne point molcsler les Catholiques sous le rapport religieux, et de leur faire une part convenable dans les nominations aux emplois.

PRÉDOUINtltCB DES FORITAIHS. — TICISSITUDES SES CITBOLIQUES.

CABACTËRB PIHTICDLIEK DE Ljt llfil^LATIOM.

LK CàTHOLICLGUB EST-II, CONPMICLB AVEC Lk LIBERTÉ?

L'élément protestant, à la faveur du gouvernement paternel de Léonard Calvert et des libertés consacrées par la charte,

» llildrelh, 1" vol , p. 546.

NOUVELLES LOIS GRIMINELLES. S5

allait toujours grossissant, el il élail Facile d'enti'cvoir le moment où il prendrait en main le pouvoir. A la mort de Léo* nard CaWert, la délégation d'autorité faite par lord Baltimore à un gouverneur et à des agents prolestanls, ne pouvait que hâter cet événement qui serait gros de conséquences. CttUe situation se dessina dans la session du 1649, où la majorilé des membres élus était protestante.

. Le gouverneur apporta à l'assemblée un certain nombre lie lois importantes qui furent mises en discussion. Comme les catlioliques étaient en minorité, il n'est pas sans intérêt d'csaminer comment on traita les matières religieuses.

La peine de mort fut décrétée contre tout blasphémateur et contre quiconque nierait la Divinité de Jésus-Christ et l'unité de Dieu en trois personnes. La confiscation de tous les biens du coupable était la conséquence obligée de la condamnation corporelle. . .

Toute parole offensante contre la vierge Marie, ou les apôtres et les évangélistes, entraînait comme pénalité : d'abord l'amende, puis la flagellation, enfin le bannissement.

Des peines analogues sauf le bannissement, furent édictées contre tous ceux qui qualifieraient un colon quelconque de l'épithète d'hérétique, schismatique, idolâtre, puritain, prcshylérien, etc. Il en devait être de même pour cens qui profaneraient le dimanche par des récréations inconvenantes ou Iruyantes, ou par un travail quelconque.

Enfin la loi proclama une liberté complète pour leurs ci-oyances, et pour l'exercice du culte '.

L'ensemble de celte législation n'avait rien de contraire au sentiment catholique du temps ; mais il ne marquait aucun progrès libéral, ef s'il maintenait la tolérance religieuse, ce fut par égard pour lord Baltimore. Au surplus elle ne fut pas de longue durée pour les catholiques, .

' Hildrelli, 1" vol., j). 547.

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M MARÏLAKD.

Los proleslants qui formaient la majorité dans cette iégislature de 1649, étaient en partie épiscopaui et en partie puritains. Peut-être même, ceux-ci ëtaient-ils inférieurs en nombre à ceux-là. Mais dans le cours de cette année, de^ puritains qui avalent formé une petite Église dans la Virginie, ayant été espulsés de cette province par l'intolérance des épiscopau\, se réfugièrent pour la majeure partie dans le Ifaryland. Malheureusement pour les catholiques, ils y fondèrent un établissement nouveau sur les bords de la rivière Severn, près de l'endroit où est située aujourd'hui la ville d'AnapoUs, capitale politique de l'Etat du Maryland; ils lui donnèrent le nom de Providence. Le nombre de ces immigrants pouvait s'élever à 118 '. Cel(« nouvelle acquisition n'augmentait pas la population d'une manière sensible, cependant elle eut une influence réelle sur les événements qui allaient se précipiter dans la colonie, ainsi qu'on va le voir bientôt.

L'émigration étrangère était depuis quelque temps insignifiante, à raison sans doute des progrès toujours croissants de la révolution d'Angleterre, qui tenait en éveil toutes les ambitions prêtes à s'abattre sur les dépouilles de la royauté ; dépouilles préférables, à leurs yeux, à la vie pénible et misérable des colonies. Ces considérations délenninèrent lord Baltimore à faire en juillet 1649, une proclamation par laquelle il appelait de nouveaux immigrants, en leur offrant des avantages supérieurs à ceux qu'il avait assurés à leurs devanciers. C'est alors qu'il fit une large concession de terres à Bobert Brooke qu'on suppose être puritain, en vue du nombre de personnes que celui-ci promit d'introduire et d'établir dans la colonie ; déplus, un manoir lui fut érigé, avec des prérogatives exceptionnelles. Cette faveur spéciale ne peut s'expliquer qu'en supposant à lord Baltimore la pensée, dans un moment si critique, de se créer des appuis parmi les puritains qui s'erapa-

• Bonaan, 3* vol., p. S93.

PRÉDOMINANCE DES PROTESTàMS. 27

raient du pouvoir, afin de conjurer la perle de sa diarle de gouvernement. Mais en état de révolution, que peuvent les prévisions humaines môme les mieux combinées? Le torrent renverse tout ceqni lui fait obstacle : la révolution était puritaine, elle devait sacrifier les catholiques, au Maryland comme ailleurs.

La mort de Charles 1" assurait le triomphe définitif du Parlement. Cependant son fUs, sous le nom de Charlesll, rallia ses partisans et voulut tenter la chance des batailles pour ressaisir le trône qui lui échappait. La nouvelle de son entreprise arriva dans le Maryland en l'absence du gouverneur Slone. Greene qui le remplaçait, se résolut à reconnaître le jeune prétendant et à le proclamer roi. Cette démarche précipitée semblable d'ailleurs à la conduite du gouverneur de Vii^inie, mais tout à fait en opposition avec les habitudes prudentes et modi'rées du lord-Propriétaire, ne fut pas sans influence sur les événements qui vinrent frapper ce dernier. Mais bientôt, Stone de retour dans la colonie, reprit les rênes du gouvernement et se hdta de convoquer une nouvelle assemblée.

Les recrues faites par le puritanisme devaient leur rendre favorable le résultat de cet" appel au pays, surtout si l'on remarque que la population était encore fort peu nombreuse, et que les puritains de Providence furent autorisés à envoyer deux députés à l'assemblée générale. Lors de la réunion de la législature (1650), la chambre des Bourgeois n'était composée que de quatorze membres dont huit protestants. On procéda k ' l'élection du président et ce fut le puritain Cox député de Providence, qui fut élu ' , Les catholiques étaient donc en minorité, mais ils avaient une force de cohésion dont manquaient leurs adversaires parmi lesquels se trouvaient des épiscopaux . Unis aujourd'hui, ceux-ci pouvaient se diviser demain. Cette considération ne fut pas étrangère sansdouie à la modération qui prévalut dans les délibérations.

< Bozmiin, p. 3S5.

88 MAKÏLAND.

L'assemblée passa en revue divers objets d'importance, sur la proposition du lord-Propriétaire lui-même : certaines lois tendaient à consolider la situation de celui-ci, d'autres au contraire, confirmaient e( augmentaient môme les droits du peuple. Dans cette catégorie on remarquait plusieurs garanties sérieuses déjà acquises en partie par l'usage, mais qui furent confirmées explicitement. Ainsi on établit 1° qu'aucune taxe de quelque nature que ce fût, ne serait jamais levée que du consentement de l'assemblée générale '■; 2' et que si le souverain de la colonie s'engageait dans une guerre hors du territoire, sans le consentement de l'assemblée, il n'aurait le droit de demander aux colons aucun secours en hommes et en argent.

la loi martiale ne pourrait être appliquée que dans les moments d'exercice de la milice, ou pour établir des garnisons, au besoin.

On reprit quelques projets de loi présentés dans une précédénie session, et l'on créa* des registres publics destinés à la constatation régulière de l'état civil des individus, ce qui compi-enait l'inscription des naissances, mariages, et décès.

Les questions politiques n'j furent point agitées, comme si les événements d'Angleterre ne dussent avoir aucun contrecoup dans la province. Cependant la démonsti'ation de Greene qui n'avait point été désapprouvée par les colons, mécontenta le Prolecteur qui envoyait alors en Amérique des commissaires chargés de réduire à l'obéissance la Virginie et autres possessions récalcitrantes. Au nombre de ces agents ligurait Clayborne, cet ennemi acharné du Maryland, qui n'aspirait qu'après sa ruine. Quoique celte province ne fût pas nommément indiquée dans leurs instructions, les commissaires ne s'en crurent pas moins autorisés k agir contre elle. Ils firent acte d'autorité, en destituant le gouverneur

' Story, i" vol , p. 97.

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