‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 86 sur 130 · LES PARTIS. S · texte numérisé non relu

LES PARTIS. S

eût dit que les nègres étaient insutîisants pour satisfaire la cupidité des blancs : ceux-ci continuaient à faire la chasse aux indigènes, pour en trafiquer comme de toute autre espèce de marchandise. Les mœurs publiques n'avaient point gagné sous ce rapport, et en rapprochant ce dernier fait, du patronage qu'ils donnaient aux pirates, on n'aura pas une haute idée des principes religieux d'une bonne partie de cette population protestante.

La Vie privée reçut aussi une grave atteinte, de l'introduction du rhum qu'on acceptait en payement de partie des exportations. L'usage de cette liqueur se propagea, l'ivrognerie s'en suivit et fit des progrès alarmants. Ce- fut le premier châtiment de la vente des Indiens dont il était le prix. Et telle est la puissance des habitudes premières, que ce vice est devenu endémique dans la province, et s'y est continué jusqu'à nos jours dans de funestes proportions, môme dans la classe qui devait y échapper davantage.

La Caroline du Sud était divisée en deux camps qui se différenciaient par de profondes divergences en politique et en religion. On y voyait renaître les discordes qui avaient si longtemps tourmenté l'Angleterre, parce que dans la Caroline plus qu'ailleurs, des hommes appartenant aux deux partis, y avaient émigré dans des proportions qui, pour n'être pas tout k fait égales, se tenaient cependant en échec. Ces deux sectes, les Épiscopaux et les dissidents, rie se mettaient d'accord que sur un seul point : l'intolérance absolue envers les Calholiques, intolérance qui n'était pas seulement dans leur cœur, mais qu'ils eurent le soin d'inscrire dans une loi de 1697 '. Les Huguenots qui avaient été tenus si longtemps éloignés de la vie publique, ne pouvaient exercer aucune influence pour pacifier les animosïtés qui mettaient dans un constant éveil les fractions prépondérantes d'origine anglo-

' Baocroft, p, 5S3.

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saxonne. Le moment approchait cependant où ils allaient prendre part à la lutte, mais leur concours aux affaires fut plutôt nominal qu'ttutremenl, ainsi qu'on le verra par la suite, car pendant longtemps encore, ils devaient se considérer en pays étranger, malgré leur naturalisation.

Les Ëpiscopaux, quoique ne formant pas le tiers de la population, cherchèrent cependant à s'emparer du pouvoir en se créant une majorité factice dans les élections (1704). Leur premier soin fut de s'attacher un homme très-influent dans le parti contraire, nommé Trolt. Cet ambitieux se laissa gagner par l'appât d'une fonction élevée, et comme prix de sa défection, il hit nommé attorney-général. Il apportait h ses nouveaux amis l'intluence de sa parole, de son habileté ; et ce n'était pas de peu de conséquence, dans un pays où tout était à faire pour élever l'intelligence et la moralité. Bientôt les freemen furent convoqués pour procéder aux élections des doutés, et tous les moyens furent mis en œuvre pour emporter le succès, de haute lutte. Charleston était encore le seul lieu affecté k ces opérations : ce fut un malheur, car eu égard à la nature de sa population variée, la fraude était facile. Celte ville fut en effet le témoin de scènes déplorables qui pouvaient faire préjuger le résultat des élections. Au lieu de n'admettre au vole que les tenanciers suivant les précédents, on appela a y concourir toute espèce de personnes: des matelots, des domestiques, des étrangers, même des mulâtres. On insultait, dans le but de les éloigner du scrutin, les tenanciers qui faisaientopposition, et rien n'était épargné pour réussir à quelque prix que ce fût. Malgré ces coupables manœuvres, la majorité pour les Épiscopaux ne fut qiie d'une voix. Les Huguenots quoique étrangers à ces intrigues, contribuèrent au succès par l'appoint de leurs suffrages qu'ils crurent ne pouvoir refuser aux Propriétaires, en reconnaissance de l'appui qu'ils en avaient toujours reçu, au temps où ils luttaient si énergiquement pour obtenir leur naturalisa-

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tton. Peut-êlre aussi en se portant du câté des Ëpiscopaux qu'ils fortifiaient, voulaienl-ils établir une espèce d'équilibre qui obligeait chaque parti à f-ompter avec eux.

Quoiqu'il en soit, l'assemblée sortie de ces frauduleuses Élections débuta par un acte de grande portée : elle ordonna que tout membre éltt de cette brancbe de la législature serait tenu dès maintenant et à Pavenir, de se soumettre par serment, à l'observation des règles de l'Église anglicane, notamment de recevoir la communion suivant les rites établis. C'était d'un seul coup, frapper d'incapacité politique tous tes dissidents,

L'^t de dénûment de la colonie pour faire face aus besoins de l'instruction et de la propagation des idées religieuses, appelait la sollicitude des gouvernants. Une société s'était formée en Angleterre pour la propagation de l'Évangile parmi tes païens (Indiens), il était désirable qu'elle pdt étendre son action bienfaisante aux colons eux-mêmes. Pour mieux préparer le terrain, on imagina de diviser la province cfl paraisses, et de déclarer l'Église anglicane religion d'État (1705). Tel fut l'objet d'un acte spécial de la nouvelle assemblée. On prétendait que cet arrangement se prêterait mieux à l'œuvre des missionnaires, mais c'était plutdt un prétexte qu'on motif sérieux. Les Proprîélaires et leurs adhérents en commettant cette faute, perdaient de vue que les deux tiers des habitants étaient dissidents, et que leur combinaison rencontrerait une résistance invincible. Cependant on créa un comité de vingt membres, chargé d'exercer une surveillance active sur la discipline ecclésiastique et sur les mœurs publiques, avec des prérogatives très-étendues, que l'évêque de Londres considérait comme un empiétement sur son autorité. Ces mesures, qui avaient une saveur très-prononcée d'inquisition, passèrent non sans difficulté, à la chambre basse; mais elles furent acceptées avec grande joie par la chambre haute qui était pleine d'anglicans.

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Dans Jes premiers lemps de la colonie un fait de cette impoi'tance eût soulevé toutes les passions, mais aujourd'hui, soit que la vérilable ferveur religieuse se fût refroidie, soiE que les dissidents eussent davantage conscience de leur force réelle, ils n'eurent recours qu'aux voies régulières de redressement. Une première pétition adressée aux Propriétaires fut écartée par eux. ils avaient provoqué ce mouvement rétrograde, ils tenaient à conserver le succès obtenu. Mais il restait une autorité souveraine à invoquer : on n'eut garde de la négliger. D'autres pétitions furent adressées à la chambre des lords, où un meilleur accueil leur était réservé. Les griefs articulés examinés de prés, démontrèrent que les lois nouvelles renfermaient une violation flagrante de la charte royale, et se trouvaient nulles de plein droit. La chambre opina dans ce sens. Sa délibération mise sous les yeux de la reine fut approuvée par elle, et les infractions signalées servirent de point de dépari à une demande en déchéance intentée aux Propriétaires; mais cette fois encore, on laissa sommeiller l'action Judiciaire, et les choses restèrent dans le statu gjio. Cependant l'assemblée coloniale de 1706 rapporta les lois qui avaient provoqué ces démonstrations, en sorte que les dissidents protestants continuèrent à jouir d'une tolérance complète comme par le passé, et des avantages politiques assurés à tous sans distinction. Toutefois la religion anglicane resta religion d'Étal, et à ce titre, elle fut soutenue par une contribution générale levée sur la province. Les dissidents reçurent encore d'autres atteintes : ils se fractionnèrent, et en se divisant ils s'affaiblirent, L'Église anglicane se maintint au contraire avec une certaine supériorité, en absorbant successivement ceux qui faisaient défection. Les missionnaires qu'envoyait la société pour la propagation de l'Évangile ne ' furent pas étrangers à ce succès, soit que leurs efforts tendissent à l'obtenir, comme le prétendirent les dissidenls,soit au contraire que ce fut le résultat naturel de leur enseignement

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