‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 87 sur 130 · DROITS DE SOUVERAINETÉ · texte numérisé non relu

DROITS DE SOUVERAINETÉ

bien compris. Il est hors de doute néanmoins, qu'ils furent d'un grand secours pour la colonie dans laquelle ils répandirent plus de 2,000 volumes pour l'inslruclion du peuple; bienfait d'autant plus appréciable que les dissidents ne surent point s'honorer d'une pareille initiative '.

Les luttes de sectës'ét de parfis trouvèrent à peine une diversion dans-les-esc^j^iouches qui eurent lieu alors, comme contre-coup des guerres existantes en Europe entre l'Angleterre d'une part, et la France et l'Espagne de l'autre ; car les tentatives faites par les Caroliniens sur la Floride, aussi bien que celles des Français sur la Caroline ne furent d'aucune conséquence sérieuse, et surtout n'amenèrent aucun changement territorial. Mais on ne vit pas sans inquiétude les établissements français s'augmenter et se rapprocher de la Caroline, du côté du Mississipi (1716). Celait un puissant voisin de plus, et l'on connaissait son habileté à s'emparer de l'esprit des Indiens dont le voisinage se faisait tant redouter.

On était h la veille d'im grave mouvement qui devait beaucoup alarmer les Caroliniens. Quelques tribus indiennes quoique toujours pacifiques, ne pouvaient voir d'un œil indifférent la marche envahissante des blancs, elles se résolurent à une grande démonstration qui mit en péril les deux Carolines, et leur imposa de grands sacrifices d'hommes et d'argent. J'en parlerai plus au long dans un chapitre séparé qui traitera uniquement des rapports des deux races. Je me limiterai à dire ici, que les colons ne recevant de secours ni des Propriétaires ni de l'Angleterre pour repousser les violentes agressions des Yamassees au Sud, et des Tuscaroras au Nord, redoublèrent d'efforts et de courage, et chassèrent à toujours ces tribus enoMfiies. D'après le droit public, les territoires conquis appartenaient au souverain, mais les Caroliniens du Sud qui, parleurs seules forces, s'étaient emparés des terres

' Carroll, p. 169. — Hildreth, 2' vol , p. 252.

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des Yamassees, crurent pouvoir seuls en disposer pour mettre leurs possessions à l'abri de nomellcs attaques. L'assemblée passa donc en 1716 deux actes par lesquels elle offrait ce territoire aux immigrants qui viendraient s'y établir et prendraient en main la défense de ce cdtë de la frontière. Cette proposition était de nature à séduire les aventuriers de ce temps, et ils étaient nombreux. Cinq cents Irlandais entré autres se présentèrent et prirent possession du sol aux conditions proposées. Mais à peine établis, ces malheureux furent inhumainement expulsés par les Propriétaires qu'aveuglait un intérêt sordide et inintelligent, et qui refusèrent leur ratification aux actes de 1716. Cette politique où la mauvaise foi le disputait à la cruauté, eut le sort qu'elle méritail : la frontière perdant ses défenseurs naturels,' resta ouverte, au grand dommage de la colonie. Quant aux Irlandais, leurs minces ressources furent bien vite épuisées : les uns périrent de misère et les autres se dispersèrent. La colonie perdit en eux une excellente pépinière de travailleurs.

C'est de cette époque que date une sérieuse réforme dans l'organisation intérieure. Précédemment, il n'existait daulre centre d'élection que Charleston. C'était un foyer d'intrigues et de perturbation que les Propriétaires tenaient à éteindre. Déjà ils avaient essayé de substituer à cette centralisation une répartition des électeurs de la province, par comtés. Mais ils éprouvèrent une opposition invincible, bien que cet arrangement fut plus rationnel et plus commode pour les habitants. Les chefs de la résistance avaient compris que c'était seulement en formant un faisceau étroitement lié, qu'ils pouvaient assurer et maintenir leurs droits. Cependant avec l'accroissement de la population, les intérêts se modifièrent, les rivalités locales se firent jour, et en 1716 l'assemblée générale se prêta à la division de la province en plusieurs centres électoraux, à chacun desqyels on attribua la nomination d'un nombre délerminé de députés pourcon-

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sliluer la deuxième chambre de ta législature. Mais les Causes d'éloignement entre les colons et les Propriétaires augmentant toujours, ceux-ci refusèrent à leur tour, leur sanction à la loi des circonscriptions. Il leur semblait que cette réforme devait accroitre les forces de la démocratie, et  ce titre ils la repoussaient absolument'. La province s'était imposé de lourdes charges pour mener à bonne fin la guerre contre les Indiens, mais elle ne pouvait en soutenir le poids qu'à l'aide d'un papier- monnaie. C'est alors que la législature pour en opérer le rachat, créa une taxe de dix livres sur chaque létc de nègre importé de l'étranger. Cette loi comme les précédentes fut frappée d'un veto, parce qu'elle était nuisible au commerce de l'Angleterre. On peut juger par ces revirements d'idées, à quels tiraillements intérieurs la Caroline du Sud était condamnée !

Les diverses colonies anglaises avaient toutes pris une consistance réelle et elles se développaient par des voies diverses. Leur organisation intérieure et les réformes accomplies clieï Tune d'elles ne restaient point ignorées des autres, quels que fussent leur éloignement et la difficulté des communications. Les Carolinlens avaient appris que les Pensylvaniens s'étaient affranchis du veto des héritiers de Penn, en objectant que l'adoption d'une loi par le gouverneur de leur choix, contenait leur ratification implicite. Ils voulurent aussi faire triompher ce principe chez eux, et un agent expédié à Londres fut chargé de soutenir cette prétention de manière à faire disparaître les obstacles mis à l'exécution des mesura rapportées plus haut. Mais les Propriétaires, influencés par Trott qui ne pouvait plus se soutenir que par l'intrigue, rejetèrent les demandes qu'on leur adressait et maintinrent leur veto. Ils n'épargnèrent pointle blâme au gouverneur pour avoir donné son adhésion aux actes qu'ils repoussaient ; de plus ils lui

' llildrclh, a* vd.. p. fl85. — Bancroft, p. 508.

intimèrent l'ordre de s'en tenir strictement à ses inslmclions et de convoquer une nouvelle assemblée d'après l'ancien mode, c'est-à-dire au moyen d'élections faites à Charleslon seulement et non par districts séparés (17i9).

Les Propriétaires frappés d'aveuglement couraient à leur ruine et ne voyaient point le précipice creusé sous leurs pas. Leur Incurie les empêchait de bien connaître l'opinion publique, aussi ne savaient-ils rien prévenir, et attendaient-ils qu'un malaise fût devenu intolérable pour y porter remède. Aucune vue d'ensemble ne présidant à leurs résolutions, a peine sortis d'un pas difficile, ils s'engageaient dans un autre. Des questions de prérogatives surgissaient à tout moment, et comme leur résidence était en Angleterre, il s'écoulait un Jong temps avant d'arriver à la solution des difficultés. L'état incertain de la législation causé par l'application momentanée quoique imparfaite du grand modèle, ouvrait la porte •à tous les doutes et encourageait tous les empiétements. Les résistances constantes des colons usèrent promptement les ressorts de ce gouvernement. Il n'y avait pas jusqu'aux partisans de l'autorité qui ne vissent d'un œil jaloux ses tendances toujours envahissantes. L'irritation était devenue générale et les instructions rigoureuses envoyées récemment au gouverneur allaient provoquer une explosion.

Conformément à ses instructions, Robert Johnson alors gouverneur convoqua les électeurs de la province à Charleston suivant l'ancien mode, pour la nomination des membres de l'assemblée générale. Le sentiment public était si indigné, que les députés élus acceptèrent tous le mandat impératif de renverser le gouvernement. Mais avant la réunion de la législature, la guerre ayant été déclarée entre la Grande-Bretagne et l'Espagne, un projet dthvasion de la (Caroline fut préparé à la Havane. Déjà il était assez avancé lorsque Johnson en reçut l'avis par voie d'Angleterre. Il fallait se hâter pour la défense de la colonie, mais il n'y avait

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aucun fonds disponible, ni aucune troupe réunie. Le gouverneur pressentit l'opinion de quelques liommes influents, et il ne larda pas à s'apercevoir que toute allocation lui serait refusée, même par voie de souscription volontaire comme il le proposait. Il se borna alors à convoquer la milice sur la- ' quelle seule il croyait pouvoir s'appuyer. Mais celle force armée était composée de citoyens qui tous, étaient entrés dans une association secrète dont robjet était de prêter main-forte à l'assemblée dans ses mesures révolutionnaires, et de repousser l'agression des Espagnols. Le secret fut si bien gardé, que le gouverneur qui vivait à la campagne, ignora le complot jusqu'au dernier moment.

Cependant il était à craindre qu'une fois averti, le chef de la colonie ne prit quelques mesures propres à détacher les esprits irrésolus toujours nombreux en pareille conjoncture. L'assemblée se réunit donc promplement, et pour prévenir toute dissolution précipitée, elle proclama solennellement dés l'abord : i" que le veto dont les Propriétaires avaient frappé certaines lois était nul, et que ces lois avaient force obligatoire ; 2* que ceux-ci, en nommant un plus grand nombre de conseillers que celui indiqué par la ctiarle, l'avaient violée, et que tous les actes émanés d'eux étaient entachés d'ill^Uté, comme émanant d'un pouvoir irrégulier; 3° que dans cette situation, le seul parti à prendre par l'assemblée jusqu'à ce que le roi eût signifié sa volonté, était de se constituer en convention pour empêcher la destruclion complète du gouvernement, el peut-être la période la province; 4° que les Propriétaires, par l'ensemble de leurs actes, avaient encouru la déchéance de tous leurs droits sur elle ; 5° et que le présent gouverneur Robert Johnson serait invité à continuer l'administration, mais au nom du roi qui seul, était apte à les protéger et à les défendre.

Johnson ne pouvait accepter un pareil état de choses. Il protesta contre les usurpations de l'assemblée, et en pro-

nonça immédiatement la dissolution. Il sauvait ainsi sa position, mais il était trop tard pour arrêter la marche envahissante de ce pouvoir révolutionnaire. La Convention désormais souveraine, soutenue par la milice, s'empara du fort qui était ■ le siège du gouvernement, et y installa James Moore à titre de gouverneur de la province, aux acclamations de la multitude. Puis elle nomma un Conseil, révoqua certains fonctionnaires et agents, et adopta des résolutions énergiques pour la défense de la colonie. Elle publia une proclamation au peuple pour justifier sa conduite, et dépécha en Angleterre un agent spécial pour obtenir la déchéance régulière des Propriétaires, et la prise de possession par la royauté (1719) '.

La révolution eut un plein succès : d'une part, l'expédition espagnole fut dispersée par une affreuse tempête qui lui causa de grands dommages, et découragea toute entreprise nouvelle. D'autre part, les faits graves qui s'étaient accomplis dans la colonie, autorisèrent la couronne à intenter une poursuite en déchéance de la charte, et elle nomma en attendant l'issue du procès, un gouverneur provisoire du nom de Francis Nicholson, On pouvait critiquer cette mesure, car elle pri^ugeait en quelque sorte la décision à intervenir. Cependant les Propriétaires étant impuissants à faire accepter leur autorité, mieux valait encore que le gouverneur tint ses pouvoirs du roi que d'une convention, surtout quand celle-ci réclamait le patronage du souverain.

Nicholson avait passé une partie de son existence aux colonies, et quoique d'un caractère entier et peu porté aux concessions, il avait acquis en vieillissant beaucoup d'expérience, et il n'ignorait plus que pour se rendre le peuple favorable il faut compter avec lui, e( qu'en lui marquant de la condescendance on en obtient aisément des subsides. Son état de pauvreté le rendait encore plus accessible à ces consî'

' Carroll, i" vol., p. 240-3W.

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