ARRIVES DE TROUPES ANGLAISES
dérations, car son intérêt personnel se trouvait môle à l'intérêt général. Il se montra fa\orable aux chefs du mouvement dans ses choix comme dans ses autres mesures, notamment pour la nomination des membres du Conseil. Puis, il convoqua une nouvelle assemblée dont on pouvait pressentir les dispositions (1721). A peine réunie, son premier soin fut de reconnaître l'autorilé du roi, et de confirmer tous les actes de la convention pour la mise en vigueur des lois rejetées par les Propriétaires. Elle régularisa l'action de la justice, opéra des réductions sur les dépenses ; et pour faire face aux charges publiques, elle établit un impôt sur les liqueurs et autres marchandises ainsi que sur les iraportalions de nègres. Mais, défiante par expérience, elle confia l'application de ces impôts, à un trésorier nommé par elle. Elle ne se prononça pas moins énergiquement, en refusant d'allouer les émoluments du gouverneur et des autres fonctionnaires pour plus d'une année.
L'esprit inquiet des populations des colonies que rien ne contenait, donnait à l'aulorité une existence précaire qui, tolérée dans la première période de formation, ne paraissait pas devoir être plus longtemps acceptée. Déjà le gouverneur royal de New-York s'appuyait sur une force armée anglaise qu'on pouvait de la, diriger sur les provinces voisines. Les Carolines étaient trop éloignées pour qu'on pât invoquer ce secours, et cependant l'état incessant des troubles au milieu desquels elles avaient grandi , pouvait faire ci'aindre au gouverneur royal les mômes épreuves qui avaient agité la précédente administration. Nicliolson amena donc avec lui une compagnie de soldats pour assurer la sécurité intérieure et extérieure des deux provinces. Mais afin d'échapper sans doute au contrôle de l'assemblée, la solde de ces troupes resta à la charge de la Ck)uronne '.
' HUdrstb, 9< vol., p. 389.
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La colonie on l'a vu, avait eu déjà recours au papier-monnaie pour faire face à des besoins pressanis. Des circonstances non moins impérieuses exigeaient une nouvelle émission, mais la dépréciation qu'elle devait entraîner provoqua des représentations à l'assemblée par des marchands de Charleston. La forme sévère de la pétition la fit qualifier de libelle scandaleux, et les vingt-huit signataires furent jetés en prison pour atteinte portée à la considération de ce corps délibérant. Une mesure si violente dans un pays où l'on paraissait faire tant de cas de l'indépendance personnelle, et où cependant tes hommes coniinés n'étaient point admis à se défendre, montre dans quel état de confusion l'on se trouvait encore après cinquante ans d'existence. Ni le gouverneur ni le Conseil n'osèrent élever la voix, et les malheureux marchands furent obligés pour regagner leur liberté, de confesser leurs torts et de payer une forte somme sous le titre mensonger de frais de justice. L'assemblée que rien n'arrêtait, passa le bill d'émission, mais il fut rejeté par la couronne, avec défense au gouverneur de donner son consentement à aucune résolution de cette nature qui pourrait être proposée par la suite, comme aussi à aucune disposition du fonds d'amortissement. Pour se rendre bien compte de la résistance des marchands et de la Couronne, il faut savoir que pendant le court gouvernement de Nicholson, il avait été émis pour quarante mille livres sterling de billets de crédit outre les émissions antérieures, et qu'il en était résulté dans une seule année, une surélévation du prix de toutes les denrées, dans la proportion de cinq à six cents pour cent '.
L'assemblée témoigna son mécontentement du refus de la Couronne en harcelant ie gouverneur sur des questions de prérogatives, malgré la condescendance dont il avait déjà
' Carroll. t"vol.,p. 268.
donné tant de preuves. Celui-ci à bout de patience résigna ses fonctions, tout en se lamentant sur la tendance croissante de la colonie vers les habitudes républicaines, tendance qui, suivant lui, était provoquée par les gens de la Nouvelle-Angleterre avec lesquels Charleston entretenait un commerce très-actif. A son départ, il laissa l'administration h Middlcton alors président du Conseil (1725).
Battue sur le chef d'une nouvelle création de papier-monnaie, rassemblée frappée du succès de l'amurlissement qui avait déjà réduit la dette publique à quatre-vingt-sept mille livres sterling, songea à appliquer aux besoins courants les ressources qui y étaient affectées, sans égard aux lois existantes, et en violation des droits des tiers. Mais cette tentative resta sans effet, non moins qu'une nouvelle proposition d'émission tentée en 1726. Les chefs du mouvement auxquels une résistance opiniâtre avait toujours assuré le succès, s'engagèrent'de plus en plus dans cette voie. Ils formèrent une association de planteurs dans le but de refuser l'impôt sous prétexte d'insuffisance de ressources, jusqu'à ce que les moyens leur en aienlété facilités par une émission de billets de crédit. Le nouveau gouverneur crut sans douta qu'en faisant un exemple il arrêterait l'effervescence qui gagnait les esprits, et il ordonna l'arrestation de Smith qui, quoique membre du Conseil, était un des plus avancés dans ces menées antigouvernementales. On le mit en prison, et la liberté sous caution lui tut refusée sur le motif qu'il y avait de sa part, acte de haute trahison, crime qui ne comportait pas le privilège de l'/iatefls cor;i«s. Mais à la première nouvelle qu'en eurent ses amis, ils coururent à sa délivrance. Deux cent cinquante cavaliers armés venant de la campagne, entrèrent à Charleston pour se faire justice à eux-mêmes. Us se portèrent sur la maison de détention et exigèrent la remise du prisonnier dont ils obtinrent ainsi l'élargissement.
• Hildreth,2*vol., p.291.
SIO CABOLINE DD SUD.
le Conseil crut devoir faire une concession dans l'espoir, d'une conciliation : on convoqua une nouvelle assemblée générale, mais, composée de planteurs elle ne pouvait servir qu'à donner plus d'autorité aux griefs, car les mêmes causes subsistaient toujours. Le premier acte de ce pouvoir fut de mettre en jugement te chef de justice; et d'entrer dans des débats violents avec le Conseil. Cette chambre s'ajourna de sa propre autorité, et quand elle fut convoquée de nouveau, elle refusa de se réunir '.
Aucun gouvernement n'était possible au milieu de celte anarchie systématique. Le Conseil Gt ses représentations au comité du commerce en Angleterre, et lui signala l'impossibilité de conduire un peuple qui, à la moindre résistance, ne voulait devoir le succès de ses demandes qu'à la force matérielle. Il fallut néanmoins céder encore et autoriser la création de billets de crédit réclamée avec tant d'insistance. Toutefois dans la Caroline du Sud comme dans les provinces du Nord, la circulation immodérée de papier-monnaie, si elle favorisa les débiteurs, fît beaucoup de victimes parmi tes détenteurs de cette valeur qui allait toujours se dépréciant, et servait de moyen d'agiotage, aux dépens du véritable peuple (1727- 1728).
Gouvernement rojal, — Les Huguenots reuleut éinigrer. Prime d'iramisration. — Ëtoit des esprits.
L'action en déchéance se poursuivait contre les Propriétaires, mais l'affaire en traînant en longueur, contribuait à entretenir le désordre et à affaiblir davantage encore le principe d'autorité. Les ministres de la couronne parurent enfin le comprendre et voulant mettre un terme au procès engagé, ils traitèrent de gré à gré de l'achat des chartes de la Caroline. C'est en 1729 que la cession se trouva conclue et réalisée
' Hildreth, S-toI., p. 291.
LES HDGUENOTS HÉCONTENTS. 311
mais pour les sept huitièmes seulemenl. Lord Carteret l'un des Propriétaires réserva son huitième des rentes et propriélés communes, mais il renonça comme les autres, au droit de souveraineté et de juridiction qui fit définitivement retour à la Couronne '.
Avant d'aller plus loin, disons qu'à l'époque où Nicholson prit au nom du roi, le gouvernement de la colonie (i721), elle ne comptait encore que quatorze mille habitants blancs, y compris femmes et enfants. C'était bien peu depuis la fondation qui remontait déjà à plus d'un demi-siécle, La cause peut en élre attribuée à l'action énervante du climat, à l'insalubrité du pays, aux fléaux qui vinrent fondre sur la population et surtout aux troubles incessants qui l'agitèrent depuis l'origine.
(3elte dernière considération ne fut pas étrangère à la résolution que prirent tes Huguenots de quitter ta colonie. A l'époque où Robert Johnson, premier gouverneur royal organisa la nouvelle administration (1731), les colons d'origine française n'avaient guère d'influence, si l'on en juge par les noms du lieutenant-gouverneur et des membres du Conseil qui tous appartenaient à la race anglo-saxonne'. Les luttes que les réfugiés français eurent à subir pour obtenir leur naturalisation, l'isolement dans lequel ils vivaient, la grande différence d'habitudes et d'idiome entre eux et leurs voisins, l'état précaire de la colonie qui les obligeait à considérer leur situation plutât comme une étape que comme un asile définitif et une patrie d'adoption; tout les portait à tourner les yeux vers la France I Aussi, dès que Louis XIV eut jeté les premiers fondements de la Louisiane, ils se rapprochérentpar la pensée de cet établissement naissant. Ils se persuadaient qu'en s'y transportant, ils Feraient une chose utile non-seulement pour eux, mais encore pour la France dont la colonie
' Hiidrelli, 2- vol., p. 336, ' Carroll, i" vol., p. 284.
recevrait inslarilanéinent un grand accroissement, lorsque cette idée se fui répandue parmi eux, elle râunit tous les suffrages, et dans une pétition promptement couverte de signaturcs, ils sollicitèrenl du gouverneur de la Louisiane l'autorisation de venir s'y établir sous l'autorité du roi de France ; mais la voix de leur conscience leur imposait le devoir de réclamer en même temps la liberté religieuse dont ils jouissaient dans la Caroline. Ils ne supposaient point qu'à si grande distance de la métropole, cette garantie pût constituer un obstacle sérieux à l'accomplissement de leurs désirs. La démarche avait quelque chose de grave et de solennel, car le mémoire portait les signatures de quatre cents chefs de famille. Mais tel était l'aveuglement de Louis XIV, qu'il repoussa l'occasion qui s'ofTrit à lui de fortifier une possession de si grande conséquence'. Quelle différence de conduite avec l'Angleterre qui était heureuse de laisser s'échapper de son sein les dissidents, dans l'espoir de les voir planter ie drapeau national dans le nouveau monde, et d'agrandir sa fortune et sa renommée !
La Couronne maintenant maîtresse des Carolines à lilre défînitif, lit cesser l'administration provisoire, mais sans rien changer a la structure intrinsèque du gouvernement général. Les affaires de la colonie furent remises ans mains d'un gonverneur et d'un Conseil nommés par le roi, et à une assemblée élue par le peuple. Les prérogatives de chacune de ces branches de l'autorité avaient pour types celles des autres gouvernements royaux. En fait, les colons avaient peu gagné à la révolution, mais les luttes de parti et de sectes allaient. s'affaiMissant, les intérêts prenaient la première place dans les préoccupations, les situations de gouvernant à gouverné étaient mieux comprises, et l'avenir paraissait plus satisfaisant pour tous. Le premier gouverneur royal nommé à titre
• Cil. Weiss, 1" vol., p. 587-
INUIGRATION PhVORlSËE. SIS
définilif fui Robert Johnson, le même qui occupait ce poste pour les Propriétaires lors de la révolution de ITIQ. 11 n'avait point démérité de la population, rien ne s'opposait donc à son retour en qualité de gouverneur royal (1750). 11 signala son arrivée par l'abandon des arrérages dus des quitrents, et par la concession de certains avantages destinés h favoriser le commerce. Il consentit surfout à une nouvelle émission debilletsdecrédit,quelescolons considéraient comme urgente. Leux forts furent commencés poui- la protection efficace du pays, l'un à Port-Royal, l'autre sur la rivière Alatamaha ; et le roi prit des mesures militaires en vue d'une sérieuse défense par teiieet par mer. Ce haut patronage releva les Carolines, et celle du Sud en profita tout particulièrement. Les marchands anglais prenant enfm confiance dans ce pays, établirent des comptoirs à Charltjston et étendirent beaucoup leurs rapports d'affaires. Toutes les valeurs reçurent un grand élan, l'agriculture multiplia ses produits, l'aisance se répandit pat-tout : ce fut comme le point de départ de la fortune publique'.
L'immigration était un objet de sollicitude particulière pour le gouvernement anglais. Afin de la rendre plus attrayante, il fit préparer vers la fin de 1753, un travail cadastral dont l'objet était d'assurer à chaque nouvel arrivant un terrain ayant une assiette fixe, dans une circonscription communale déterminée à l'avance. Cette prévoyance si contraire aux mœurs anglaises, prouve le soin qu'on mettait à complaire aux idées des autres peuples qui n'avaient pas la même initiative et qu'on cherchait à attirer, en leur sauvant ces premières difficultés si redoutées des émigranis. On créa donc sur les terres de la Couronne bordant les rivières, onze communes dont chacune comprenait 20,000 acres qu'on fractionna par lots de 50 acres. On n'exigeait pour la conces-
' Garroll, 1" vol., p. 285 et suiv.
iU CAROLINE DU SUD.
sion de 100 acres, qu'une rente annuelle et perpétuelle de quatre shillings dont les arrérages ne commenceraient h courir que 10 ans après la prise de possession. Le gouvernement octroyait à chaque commune deux représentants dans l'assemblée générale, aussitôt qu'elle serait parvenue à réunir 100 ramilles résidentes. Cette pensée était pleine de sagesse, car elle associait intimement le colon dès l'abord, à la fortune de son pays d'adoption ; mais des passions sordides s'empressèrent d'en atténuer la portée.
En effet, l'agriculture étant très-productive grâce au travail des nègres qu'on importait en grande quantité, la convoitise des planteurs s'abattit sur tes terres qu'ils purent se procurer è l'aide de collusions pratiquées entre eux, et le géomètre en chef nommé Saint-John. Quoique le gouverneur averti eût limité les pouvoirs de cet agent, l'assemblée générale, saisie d'une pétition dénonçant les fraudes commises en violation du règlement qui réservait ces terres aux nouveaux immigrants, lança de son autorité privée, un mandat d'arrêt contre un des individus inculpés et contre le géomètre. Le premier obtint aisément du chef de justice, un ordre de mise en liberté. Quant à Saint-John qui s'était permis des invectives contre l'assemblée, son arrestation parait avoir été maintenue. C'est à cette occasion que cet envahissant Pouvoir crut devoir faire une déclaration d» principes en opposition avec l'ordre de mise en liberté prononcée par le chef de justice. Sa résolution portait entre autres choses : 1" que c'était le privilège indiscutable de la chambre, de faire renfermer quiconque lui paraissait mériter cette peine ; 2' qu'en jetant du doute sur la validité des séquestrations ordonnées par elle on violait un de ses droits essentiels; 5° qu'aucun writ d'habeas coiyus ne pouvait être légalement délivré à quiconque avait été emprisonné par ses ordres, et que tout officier était tenu de refuser son concours à l'exécution d'un tel mandat.