‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 89 sur 130 · IMMIGRATION SUISSE · texte numérisé non relu

IMMIGRATION SUISSE

Le chef de justice se récria sur cette usurpation d'autorilé, cl se pourvut devant le Conseil pour en obtenir le redresseinenl, eu prétendant qu'elle ne tendait k rien moins qu'à l'annulation de la prérogative royale et à la dissolution du gouvernement. Mais le Conseil envisageant les choses d'un autre point de vue, approuva la conduite de l'assemblée qu'il déclara investie des mêmes privilèges que la Chambre des communes d'Angleterre'. C'était la première fois que pareille doctrine se proclamait, et il ne fallait rien moins que le désir de maintenir la paix, pour que la Couronne ne la Ht point infirmer (1755).

Déjà on avait jeté les premiers fondements de la Géorgie dont on voulait faire un rempart à la Caroline du Sud contre les Espagnols et les Indiens. Cet accroissement de sécurité était un attrait de plus pour les émigranls qu'on appelait dans la Caroline. C'est dans ces circonstances que 370 individus généralement pauvres et^ appartenant à la nation suisse, se présentèrent sous la direction d» Pierre Pury de Neufchâtel, pour profiter des avantages offerts par le gouvernement anglais. Outre les 40,000 acres de terre qui leur furent concédés, on leur promit une forte somme d'argent destinée à leur venir en aide, vu leur étal d'indigence. Malheureusement les rigueurs du climat, les déceptions des premiers temps de la colonisation, des secours insuffisanls dans leur détresse, la maladie, tout vint porter le découragement parmi eux. Cette petite colonie s'affaissa sur elle-même, et il n'est resté qu'une trace très-peu accusée de son origine. Cependant les Caroliniens s'ingéniaient par eux-mêmes à augmenter les ressources de leur immense territoire. Rohert Johnson étant décédé (1750), le gouvernement passa aux mains du lieutenant gouverneur Th. Broughton, homme faible et Irè^peu propre à lutter contre les tendances enva-

' CaiToIl, f'ïol., p. 299.

liissantes dont il était environné. La soif des richesses allait toujours croissant, et l'on eut dans te premier tiers du dixhuilièmc siècle, le triste spectacle d'hommes trés-intluenfs de la province, employant les manœuvres les plus déloyales afin d'arracher à la faiblesse du gouverneur des concessions énormes de terres trés-fertiles, au mépris du plan primitif qui visait à un grand morcellement du territoire dans l'espoir de multiplier les habitants. Ces hommes cupides perdant de vue l'intérêt général , ne s'occupaient que d'agrandir leurs fortunes particulières, et pour y réussir, il leur suffisait d'acheter un plus grand nombre de nègres dont le travail leur permettait d'accaparer une partie notable du pays. Dès 1733, on y comptait 22,000 Africains esclaves, et en faisant la statistique comparative des deus races, on trouvait alors trois nègres pour un blanc '. Disproportion considérable qui n'était pas sans alarmer les hommes prévoyants, et qui cependant ne devait point s'arrêter de sitôt.

Les avantages offerts par l'Angleterre aux émigranls de tous pays et publiés partout, déterminèrent un grand accroissement de population. L'Irlande, la Suisse, la Hollande, l'Allemagne, surtout le Palatinat, y contribuèrent largement. Le mouvement de l'émigration allemande vers la Caroline du Sud commence dès 1730, et il continue annuellement à peu près jusqu'en 1750.

Quant auxlrlandais, c'est en 1737 surtout qu'ils arrivent en plus grand nombre. Ils se composaient d'une multitude de petits cultivateurs et d'ouvriers probablement de race anglosaxonne, qui étaient opprimés par les seigneurs et les évèques, et ne pouvaient malgré un travail opiniâtre, subvenir à leur existence et à celle de leurs familles. Séduits par la perspective de bien-élrc que leur offrait la Caroline, ils s'embarquèrent par masses pour cette colonie, et se fixèrent sur les

' Carroll, 1" vol., p. 306.

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