‹ Histoire du peuple américain. États-UnisChapitre 90 sur 130 · IMMIGRATION IRLANDAISE · texte numérisé non relu

IMMIGRATION IRLANDAISE

bords de la rivière Saolee dont le nom rappelle l'un des premiers établissemenls français '. Le mouvement d'émigralion était tellement prononcé, que les propriétaires irlandais commencèrent à s'alarmer, et cherchèrent les moyens d'arrêter cette dépopulation. Cependant le gouvernement anglais qui ne perdait jamais de vue son commerce, bien loin d'arrêter cet élan vers l'Amérique, te favorisa au contraire; mais il prit de telles proportions, qu'en Irlande les terres furent sur le point de rester incultes, et les manufactures menacèrent ruine faute de bras pour donner la vie aux unes et aux autres. Une fois la route tracée, l'émigration continua en se régularisant, et l'on sait que dans les trois années qui précédèrent 1775, c'est-à-dire longtemps après cette première impulsion, la Caroline reçut 1600 émigrants de cette même origine *.

Versl'époqueà laquelle nous somme3arrivés(1737}, cette province se recruta encore d'habitants de la Géoi^e, colonie naissante qui était loin d'offrir alors les mêmes avantages que sa voisine. Ces émigrants se posèrent sur le côté nord de la rivière Savanoah, dépendant de la Caroline.

L'état des esprits s'était de beaucoup modifié. Une nouvelle génération s'élevait dans un grand dénûment d'instruction, avec une certaine tiédeur religieuse, et au milieu des pratiques peu édifiantes de la vie commune. La faveur longtemps accordée à la piraterie, la chasse aux Indiens destinée à alimenter le commerce des esclaves, la traite des noirs, l'abus des liqueurs, surtout du rhum, l'un des principaux articles d'échange avec les Indes occidentales ; tout concourait à abaisser le sentiment moral, et à faire prévaloir les intérêts sur les principes. La forme du gouvernement était sans influence en pareil cas. Tout au Contraire, chacun de ces faits,

Ramsay's History ofSoulh CaroUna, i" vol., p. 20, et 2" vol., p. 25 et 518.

Baird, p. 151. — Holmes's AnnaU, 3* vol., p. U5.

si j'en excepte la traite des noirs, était blâmé et réprouvé par l'autorité supérieure. Cependant la société anglaise de propaga lion de l'Évangile multipliait ses efforts pour maintenir le zélé religieux : elle s'y intéressait d'autant plus, qu'agissant seule, elle iie pouvait manquer de faire des prosélytes aux dépens des sectes dissidentes dont les moyens d'action étaient circonscrils. Les préjugés religieux avaient bien perdu do leur énergie, et l'Église anglicaneavec toutes les ressources et les moyens d'influence dont elle disposait, attira à elle el enveloppa dans son giron, une grande partie de la population, ceux surtout qui n'hésitèrent point à sacrifier leurs convictions à certains avantages de fortune.

Il y avait toutefois une secle nombreuse qui se prêtait moins aisément à ces conversions intéressées : les Presbytériens, pour la plupart d'origine écossaise et du nord de l'Irlande, restaient fermement attachés à leurs croyances et à leur culte. Pour eux la lutte était laborieuse, car pendant longtemps ils manquèrent de secours, et il leur fallait des ministres instruits et dévoués pour combattre les doctrines de leurs adversaires. Ils attachaient une grande importance aux conditions d'admission de ces conservateurs et propagateurs ' de leur foi, et en vue de prévenir l'intrusion d'hommes de la classe inférieure et de peu de savoir dans ces fonctions, ils formèrent une "association dont le but était de dissuader ceux-ci d'aborder le ministère. Ces précautions répondaient aux mauvaises tendances de quelques hommes de cette condition, qui se répandaient partout en prêchant le mépris de toute règle civile et religieuse. Mais avec le temps, les ressources de la secte s'augmentèrent et lui permirent de se conserver sur un pied respectable.

INSURRECTION llE NËtiRliS. 319

Insurrection de nègrea. — Prospérilé générale. — Immigration,

Uugiienols, — Associalioii des RéguUleurs.

La colonie voyait s'accroître sa prospérité, mais elle n'était pas sans alarmes. I,.e8 rivalités constanlestle l'Aiiglelerre et de l'Espagne malgré letraitéd'Utrccht, et dont le conire-coup s'étendait à l'Amérique, faisaient craindre une invasion d'Espagnols de la Floride et de Cuba. Les Indiens de leur côté, n'étaient que trop disposés à former des alliances hostiles aux Caroliniens. Enfin, les nègres devenus trés-nombreus, laissaient percer des idées de révolte dont la réalisation était fort à craindre, car ils pouvaient se compter et savoir que la grande supériorité du nombre était de leur cAtë. En 1738, il y en avait 40,000, chilTre double de celui des nègres existants en 1733 (cinq ans seulement aupara\'ant). On cherchait à les attirer en Floride en leur promettant la liberté. Beaucoup d'entre eux s'y étaient enfuis, et le gouvernement espagnol en avait formé un régiment destiné à combattre leurs anciens maîtres. Les nègres restés dans la colonie n'ignoraient point ces circonstances, et des instigateurs secrets, par des manœuvres habiles, achevaient ce travail de dissolution. Enfm l'insurrection éclata, non point une insurrection générale, car la dissémination des plantations en rendait l'exécution impossible, mais toute partielle qu'elle fut, elle se montra cruelle, impitoyable, massacrant et incendiant tout ce qui se trouvait sur son passage. On ne compta guère cependant qu'une vingtaine de victimes, grâce à celte circonstance que la population se trouvait alors réunie dans une église presbytérienne d'où les hommes seuls s'échappèrent pour poursuivre et châtier les insurgés dont ils ne tardèrent pas à tirer une vengeance exemplaire {1738) '. Cet avertissement fut mis à profit : on organisa des patrouilles sur la fron*

' CarroU, 1" vol., p. 335 et sdév.

tiôre et l'on prit des mesures sévères pour empêcher la fuite des esclaves et prévenir une nouvelle révolte. L'année suivante, la guerre ayant éclaté de nouveau entre l'Angleterre et l'Espagne, les colonies furent appelées aux armes. Les Carolines et la Géorgie étant les plus rapprochées des possessions espagnole^, tentèrent l'invasion de la Floride sous ie commandement d'Oglethorpe ; mais soit que les plans de ce général fussent mal combinés, soit qu'ils aient été paralysés par l'indiscipline de ses troupes, l'expédition avorta, sans cependant essuyer de revers.

Avec de si pauvres éléments de résistance, tout était à craindre. Glen nommé gouverneur, chercha d'abord à entretenir de bons rapports d'amitié avec les Indiens; puis il obtint de l'Angleterre un renfort de troupes, qui resta à la charge de celle-ci. Les colons trouvèrent ce secours insuffisant, car il ne se composait que de deux compagnies qui s'ajoutaient h celle primitivement envoyée. Ils soumirent au roi leurs remontrances dans une pétition qu'ils lui adressèrent en 1742. Mais le Conseil privé refusa toute force auxiliaire, par le motif que la Caroline était déjà protégée contre les Indiens et les Français par les montagnes Apalaches, et contre les Espa gnols, par la Géorgie et par le port de Charleston qu'on avait sutûsamment pourvu de moyens de défense. Quant aux nègres, on objecta aux Caroiiniens qu'ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-mêmes, du nombre considérable de ceux attachés à leurs plantations.

La prospérité de la Caroline du Sud marchait d'un pas ferme et assuré. Les mers jouissaient enfin d'une sécurité depuis longtemps inconnue. Les pirates avaient disparu, ou plutôt s'étaient transformés en faisant la traite des nègres qui leur donnait de gros bénéfices sans leur faire courir aucun risque. Les rapports de commerce avec l'Angleterre avaient pris de grandes proportions, et communiqué une forte impulsion à la marine marchande, à ce point qu'en

lOUVEUENT DE LA COLONIE. 531

1744, deux cent trente navires prirent leur chargement à Charleston. Tous les bras trouvaient de l'emploi, el les salaires des ouvriers blancs s'élaient de beaucoup améliorés. La défaite de Jacques H à Culloden, en 1745, donna un nouvel aliment à l'émigration, et la Caroline du Sud se recruta d'un grand nombre d'Écossais qui, de servitetars engagés, s'élevèrent par leur intelligence et leur travail, et devinrent des citoyens très-considérés. Les concessions de terre faites à des conditions très-avantageuses convenaient à toutes les situations : les défrichements en se multipliant, tendirent à l'assainissement du pays et à l'affermissement de la santé générale. La culture de l'indigo nouvellement introduite et trés-protégée par l'Angleterre, ajoutait encore aux ressources. Les taxes étant peu élevées, tous les planteui's qui résistaient au climat et pratiquaient l'ordre el l'économie avaient la presque certitude de doubler leur capital en trois ou quatre ans'. Lorsque la richesse peut s'obtenir aussi aisément par l'agriculture et le commerce, il n'y a point de place pour l'industrie, et en supposant même que quelques essais de ce genre eussent été tentés, la métropole fût bie^ vite intervenue pour les décourager. Mais le commerce sutlisait pour les besoins réciproques, et Ton voitqu'en 1740, les importations d'Angleterre montaient à une valeur de plus de cent-cinquante mille livres sterling. Ce mouvement s'est toujours maintenu depuis, car on a constaté qu'en 1754, ce chiffre s'était élevé à deux cent quarante-deux mille cinqcent vingt-neuf livres'.

La plus grande part de cette prospérité se rattachait au travail. esclave qui ne laissait pas d'inquiéler les planteurs, non point par !e remords qui honore, mais par la crainte de la dépossession violente qui ajoute encore à l'abaissement du maître. En un mot, la peur qu'inspirait te nègre était passée à l'état de maladie endémique. On calculait qu'en 1765 la

• Carroll, 1" vol., p. 575, et Hildrelh, 2' vol., p. 417. ■ GaiToll, p. 435.

3S3 Caroline; du sud.

population blanche montait à environ quarante mille âmes dans toute la province, tandis que le nombre des n^res n'était pas de moins de quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille '. Beaucoup d'efforts furent tentés pour rendre moins considéi-able cet écart enlre les deux races, car il pouvait être de la plus grave conséquence en cas de guerre avec les Indiens.

En 1764, on provoqua de nouvelles émigralions d'Europe par des primes offertes surtout aux Irlandais et aux Allemands dont on appréciait comme elles le méritaient, les qualités précieuses réunissant l'ordre au travail. De nombreux émigrants se présentèrent pour profiter de ces avantages : ils venaient non-seulement d'Irlande, d'Ecosse et d'Allemagne, mais aussi des autres colonies anglaises plus au Nord, oîi des considérafioris d'intérêt faisaient abandonner aisément le foyer domestique. Parmi ces nouveaux venus s'en trouvaient de principes relâchés, qui débutèrent par des déprédations difficiles à réprimer, car alors, même après un siècle de colonisation, il n'existait point encore de cours de justice hors de la ville de Charleston. Là où la société est sans protection, l'homme en est réduit à se défendre lui-même, triste expédient assurément qui révèle l'état rudinientaire d'un peuple, et ne peut prétendre au nom de justice. Mais dans ces circonstances le sentiment de conservation prédomine, et les exécutions sommaires faites dans certaines formes, peuvent se faire accepter encore si elles n'ont qu'une courte durée. Cesl ce qui arriva dans la Caroline. Bon nombre des plus importants habitants formèrent une association dite des Régulateurs : leur objet était de punir sommairement tous individus qui se rendraient coupables de délits ou crime-s, et particulièrement les gens faisant métier de voler des chevaux *. Cette usurpation de l'autorité souveraine ne pouvait passer sans prolesta-

• Carroll, p. 503.

• flildFcth, ii"vol.,p. 568.

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